Moi, j'ai la baraka.
J'ai 450 amis sur Facebook, 670 followers sur Twitter, 35 filles qui me veulent sur un site de rencontres à but exclusivement sexuel, 92 demandes de mise en relation sur Viadeo… grâce à l'internet, je suis partout. C'est la gloire.
Bon, j'exagère un peu.
Je n'ai que 45 amis sur Facebook, c'est très peu. Et c'est surtout la famille, quelques vrais amis, des relations. On ne se voit jamais car on est tous très occupés.
Les 67 followers sur Twitter, à part 4 amis, ce sont surtout des strip-teaseuses qui se fichent éperdument de ce que je raconte. Allez savoir pourquoi…
Les 35 filles qui veulent mon corps, c'est un mail automatique qui collecte des profils bidons avec des phrases racoleuses pour me faire cliquer sur le site et ainsi augmenter l'audience, qui permet de négocier des tarifs publicitaires pour des bannières ringardes. La honte du web. Pas de quoi être fier. Mais je ne me désinscris pas, parce que j'aime bien qu'on me dise que des dizaines de filles pensent à moi, me veulent dans leur lit. C'est flatteur. Illusoire, bien entendu, car je n'ai pas le temps de satisfaire 35 femmes, voyons…
Je n'ai pas 92 demandes de contact sur Viadeo, à peine quelques unes. Elle ne reflètent pas une volonté avérée des membres de ce réseau à caractère professionnel de me rencontrer ou de travailler avec moi, ne rêvons pas. C'est juste le résultat d'une routine qui fonctionne bien : quand on se connecte, le site propose une sélection aléatoire plus ou moins ciblée de "contacts potentiels" : ce sont généralement des gens qui connaissent les gens qu'on connait déjà. C'est l'opportunité d'étendre son réseau, de tisser sa toile. Il parait que c'est bon pour le business, pour trouver un job, d'avoir un réseau ; c'est ce qu'on dit, en tous cas, et ça ne coûte rien d'essayer, ou presque. Vous connaissez le slogan : 100% des gagnants ont tenté leur chance. Le networking, c'est un peu comme le loto…
Du coup, on prend l'habitude d'ajouter des inconnus dont on ne saura jamais rien. Avoir 200 contacts professionnels, ça ne rapportera probablement jamais le moindre copeck, mais c'est une fin en soi. Avoir un carnet de relations fourni, ça flatte. On a plein de relations. C'est cool.
Raconter sa vie, ça génère du buzz. Plus besoin de passer à la télé, exister sur internet, c'est déjà être une star. Pourvu qu'il y ait des commentaires !
Voilà donc la nouvelle bulle internet, increvable. Du rien à profusion. Du rien qui ne rapporte rien, qui ne sert à rien. Et du rien qui coûte.
Ben oui, ça coûte. Et pas seulement du temps, mais aussi de l'argent. Par faiblesse, je me suis laissé tenter par le pack premium de viadeo pour savoir qui consulte mon profil, quand, où, tout ! La plupart du temps, ce sont des collègues, des gens que je connais déjà, avec qui je ne travaillerai jamais en dehors de l'entreprise où je me trouve à l'instant T, c'est du networking redondant, inutile, une perte de temps.
Mais ce n'est pas important. Moi, en ce moment, j'ai plein d'amis.