Bercy n'était pas comble ce mercredi 17 mars pour le concert Star Wars à 16h. Événement particulier, places un peu chères, horaire délicat, les raisons semblent évidentes. Et pourtant, c'était top, les absents ont décidément toujours tort… car la Force était bien au rendez-vous.
Pas évident de réunir du monde autour de la musique de John Williams dans une salle comme Bercy. Les mélomanes eurent préféré une salle plus adaptée à la dimension d'un orchestre symphonique, les parents n'ont pas posé leur journée pour amener leurs enfants malgré l'écran géant et la promesse d'images sublimes (c'est bien connu, les gamins et la Culture…). Du coup, il y avait beaucoup de geeks à Bercy cet après-midi, et logiquement, de nombreux sabres lasers ont illuminé la salle après l'entracte. L'ambiance était électrique, le public largement acquis faisant honneur au Royal Philharmonic Orchestra, saluant les interventions de l'acteur Anthony Daniels et applaudissant respectueusement la performance.
Pour être tout à fait honnête, on se demande un peu ce qu'on fait là, quand on arpente les abords de Bercy à quelques minutes du début du concert. On a aimé les films, on les revoit fréquemment en DVD et on se régale. On connait quelqu'un qui a les CDs de la bande originale du film, on a téléchargé quelques titres sur internet, comme la Marche Impériale. Mais assister à un concert de la musique du film, n'est-ce pas pousser le bouchon trop loin ?
Eh bien non. Dès les premières notes, plus de doute ! Une telle musique, ça ne souffre pas l'approximation du mp3, le casque mal posé sur les oreilles dans le métro, ça prend tout son sens au cinéma, ça reprend vie grâce à un orchestre symphonique, c'est une expérience. Ce concert, c'est une célébration. À un moment, on tombe sous le charme, on vit le mythe, on hésite parfois entre l'écran géant et l'orchestre à la fois proche et éloigné, on ne sait plus vraiment si on est au concert ou au cinéma… on oublie ses aprioris, on se contente donc de vivre le moment, de se laisser porter, griser…
La présence de l'acteur ? Mythique ! Orateur un peu timide par moments, mais très juste et professionnel dans un exercice difficile de présentateur entre deux morceaux, récitant son texte avec une présence honorable et un accent très british, Anthony Daniels a su faire chavirer l'auditoire en reprenant une unique fois son rôle de C3PO (diction et gestuelle), sous forme de clin d'œil, à la fin d'une phrase particulièrement longue, caractéristique du droïde de protocole souvent trop subtil. Ce n'était pas Harrison Ford, mais ce n'était pas plus mal, car l'acteur, seul présent dans les 6 films (et probablement plus abordable), représente parfaitement la "série". Et il y a eu une grande émotion quand, au moment de se séparer, l'acteur a lancé à la communauté de fans une déclaration particulièrement juste et presque solennelle : "Que la Force soit avec vous, toujours." En contexte, après 1h30 de musique, habité par la magie de l'univers des Jedi, c'était sincère, chaleureux et vibrant. Touchant. Car au-delà du récit et de la musique, une fois le spectacle (et le film) terminé, il reste un esprit, un élan, une inspiration. On peut en ressortir transcendé.
Même si ces histoires de droïdes et de guerre intergalactique peuvent paraître bien futiles, même si la commercialisation du phénomène Star Wars peut inspirer scepticisme et cynisme, il y avait de quoi rêver, s'enthousiasmer, apprécier de la grande musique, dans un lieu sans doute pas idéal pour la qualité acoustique, mais propice à une expérience enrichissante. Ce spectacle atypique avait bien un sens. Il fallait prendre le temps, prendre le risque, se laisser tenter. C'est ça aussi, le plaisir de la Culture.