Quidamned !

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 15 avril 2008

99 francs : à voir 99 fois

Ce n'est pas tous les jours qu'on regarde un divx qui vous donne envie d'acheter le DVD.

Un divx, le plus souvent c'est un fichier pirate. Le principe, contrairement à la loi, c'est de le faire tourner entre copains pour éviter de payer. Et ça nuit clairement à la création artistique. Par définition.

Jan Kounen avait abordé le sujet au moment de la sortir de Blueberry, en mettant en avant un point assez juste, déclinable à l'envi : pourquoi regarder un film d'une qualité extraordinaire sur un écran 15" avec une compression sauvage ?

Aujourd'hui, avec les écrans 24 à 30", les cartes graphiques grand public avancées et les codecs de compression aboutis, la qualité des fichiers piratés est excellente. Mais le problème se pose toujours. Un film à la maison, c'est bien, mais ça n'a rien à voir avec un écran de 30 mètres de large et de 10 mètres de haut. Réagir tout seul dans son salon ou au milieu d'une foule, c'est très différent. C'est bien aussi. Mais pas nécessairement pour découvrir un film. Nécessairement pas, devrais-je dire.

99 francs, il fallait le voir en salles. Enfant de la pub, partie prenante du système, employé dune boîte de com, je n'ai pas souhaité me replonger dans cet univers si familier en dehors de mes heures de travail.

Et j'ai eu tort.

Parce que c'est Kounen. Ce n'est pas du cinéma américain, dont il emprunte quelques codes. Ce n'est pas du cinéma français. C'est un monde à part. De la mise en scène juste, extrêment juste. Pointilleuse. On n'imagine pas la tension sur le tournage, parce qu'on oublie que tout ça a été tourné; mais en y réfléchissant après coup, on se dit que M. Kounen, il doit vraiment emmerder ses acteurs entre deux claps. Pour les pousser à l'excellence. Regardez bien : tous sont justes. Pas une seconde de relâchement. Pas de faute. Nickel.

Parce que Jean Dujardin ne fait pas du OSS117 ou du Jean Dujardin. Il est Octave Parango, il n'est pas vraiment Beigbeider, il est quelque chose d'autre. Il est authentique, sans être caricatural.

Même le point qui me fache encore un peu, que le réalisateur explique très bien, et qui doit agacer tout le monde par sa longueur (j'essaie de ne pas en dire trop), je crois que je vais finir par l'apprécier. Un auteur, ça se respecte. Surtout quand il sort le grand jeu, dans un exercice pas évident, qui consiste à s'approprier l'œuvre d'un autre, et à en faire son propre chef d'œuvre.

99 francs : à voir absolument, à revoir passionnément, à faire des pauses, des retours, à consommer sans modération.

Actuellement en prix vert à la Fnac. J'y cours.

vendredi 28 mars 2008

Votre milieu à vous, il est juste ?

Quand on dit le juste milieu, on pense plutôt à quoi, au juste ?

Au milieu ou au juste ?

Le juste milieu, c'est pas forcément au milieu. On ne rajouterait pas le mot "juste". Le milieu tout court, c'est au milieu, tout le monde le situe.

Le juste milieu, en principe, c'est pas pile au milieu : c'est mieux que le milieu, c'est plus juste.

Mais du coup, c'est pas au milieu.

Enfin pas pile.

Alors faut pas s'étonner si la plupart des gens ne le trouvent pas.

C'est déroutant.

Et c'est dommage.

Parce qu'un solution qui parait simple, qui règle une majorité des problèmes relationnels, mais que la majorité des gens ne trouvent pas, c'est quand même vicieux.

Cela fait beaucoup de malheureux pour pas grand chose.

Alors ?

Le juste milieu, c'est pas juste ?

vendredi 14 mars 2008

Quand le système plante

Après deux semaines d'exploitation en salles, affichant un succès phénoménal (8 954 863 d'entrées, source allocine.fr), Bienvenue chez les Ch'tis est déjà disponible en divx.

Je le sais. J'ai le fichier.

Et pourtant, je ne suis pas pirate ! Je ne le cherchais même pas, puisque je l'ai déjà vu au cinéma - je compte bien y retourner, du reste. Je ne l'ai pas téléchargé, je me suis contenté de tendre le bras quelque part, au bon endroit, au bon moment. C'est facile, il circule.

Un copain d'un copain d'un copain… vous connaissez le système, qui échappe à toute traçabilité informatique, et donc à toute tentative de contrôle.

Attention ! Pas question de prendre le public à parti, cette fois. Pas question de se lancer dans une chasse au téléchargement. Le téléchargement n'est un problème qu'à partir du moment où il y a quelque chose à télécharger. Si Bienvenue chez les Ch'tis est disponible, c'est qu'il y a un problème évident de sécurité dans le système de distribution des films en France aujourd'hui.

Le fichier, de qualité passable, n'est pas un "screener", un film piraté en salle à l'aide d'un camescope par un spectateur; le screener se distingue par une variation de luminosité ou un scintillement de l'image, ainsi qu'une prise de son au micro qui produit un écho. Ce divx est issu d'un support original, d'une fuite sur la chaîne de production. Sa qualité n'est pas optimale car il est destiné à circuler, il a donc été compressé et ne supportera pas une diffusion sur grand écran ; mais cela suffit amplement pour un écran d'ordinateur. Et en amont, il existe probablement des versions HD, comparables à un DVD ou même un disque blu-ray. Ces versions VIP pourraient parfaitement être au centre d'un traffic de "galettes" assez lucratif, grâce au succès phénoménal du film.

Cela signifie que dès la deuxième semaine d'exploitation, peut-être même avant, le film a déjà perdu des spectateurs et des potentiels acheteurs du DVD, qui ne sortira pas avant 6 mois, selon une loi destinée à protéger l'exploitation en salles, rendue obsolète et même contre-productive avec l'arrivée du divx ! Le manque à gagner est déjà quantifiable. Le DVD se vendra bien, car l'outil informatique reste abscon pour une grande majorité de français, et une part d'internautes apprécient le DVD en tant que support. Mais il sera difficile d'évaluer les pertes importantes liées au piratage.

Enfin, même si le film bat effectivement tous les records de box-office, il faudra ajouter une astérisque à ses chiffres, puisqu'il s'agit probablement du premier grand film français à n'avoir pas pu bénéficier d'une exploitation "propre". Il sera dorénavant impossible de comparer les chiffres des films sortis avant 2008 et après.

Le Cinéma français a un gros problème, lié au numérique mal maîtrisé. C'est une honte pour l'ensemble de la profession. Et ce n'est pas un problème de fréquentation, puisque les spectateurs se précipitent en salles actuellement. C'est un problème de structure, de circuit de distribution, c'est d'abord et avant tout un problème technique au niveau professionnel. Il faut absolument revoir l'ensemble de la chaîne, employer les grand moyens pour assurer la sécurité des œuvres. Faute de quoi, il ne faudra pas venir se plaindre si le Cinéma français s'enfonce dans une crise comparable à celle de l'Industrie du disque.

jeudi 13 mars 2008

Guide de la coke - en vente partout

Dans l'Express, cette semaine, le guide de la consommation de coke !

Grâce à sa couverture-affiche, vue partout dans Paris ce matin, l'Express ne se contente pas de faire sa propre pub. C'est traditionellement un moyen comme un autre d'augmenter la visibilité de certains partis politiques, et c'est aujourd'hui une nouvelle forme de promotion des ventes, au service des toxicomanes. Bien sur, on essaie d'effrayer un peu la population avec un point d'exclamation, on cherche vaguement à dénoncer quelque chose… Dénoncer, vraiment ? Ou tout simplement communiquer ?

Le problème du trafiquant était de taille : comment communiquer sur ce type de produit sans attirer l'attention des autorités ?

Comment se faire connaître du grand public, au grand jour, et surtout accéder à des gens jusque-là inaccessibles, par leur milieu, leur position sociale ou leur âge ?

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la coke, sans savoir à qui le demander.

Le message est singulier : on ne parle pas de fléau, de drogue. On dirait presque une promo classique, un peu agressive. Opération coup de poing ! Alerte : prix en baisse !

Comme dans toute pub qui se respecte, on présente le produit. De la poudre blanche, pensez-donc. Pas de sang. Pas de toxico en pleine overdose. Rien que le produit, à faire transpirer un consommateur en manque, prêt à sniffer l'affiche.

La coke se démocratise. Les nouveaux consommateurs, dit-on. Pourquoi pas vous ?

Au prix où est le beurre, qui grimpe sévèrement, pourquoi pas un petit rail ?

On imagine bien qu'à l'intérieur du magazine, on n'y fait pas l'apologie de la sustance. Vous ne trouverez pas de coupon-promo, il n'y a pas de poudre offerte avec l'abonnement. Mais ce n'est pas l'intérieur qui s'affiche…

Faut-il crier à la faute ? De goût, sans doute.

mardi 11 mars 2008

Poker style

Est-ce que vous l'avez ? La bonne idée, la bonne main. Est-ce que c'est la meilleure ? Est-ce que vous seriez prêt à miser toutes vos économies dessus ?

Ou bien est-ce qu'un voisin, un concurrent, pourrait avoir mieux ? Ou encore, est-ce que la situation est bien favorable à votre projet ?

En un mot, est-ce que le succès est garanti ?

Si vous vous posez toutes ces questions, vous pourriez probablement jouer au poker. Devenir entrepreneur. Ou même producteur de films pour le cinéma.

Prenons l'exemple de Thomas Langmann, qui vient de lancer sur les écrans un des grands films français (ou Européens) de l'année, Astérix aux Jeux Olympiques (3ème de la série). Le pari est de taille, puisque la mise est la plus grande attribuée à un film français, de tous les temps (à part peut-être Le 5ème élément, de Luc Besson, estimé entre 75 et 90 millions d'euros, selon la source). Avec 3 millions d'entrées lors de la première semaine d'exploitation, la partie semblait bien engagée, malgré des critiques atroces.

Seulement voilà, depuis la sortie de "Bienvenue chez les ch'tis", qui cartonne encore plus, la partie a pris une toute autre tournure. Ce deuxième film ne risque-t-il pas de couper le second souffle que cherche le premier ?

D'aucuns argueront que les deux films ne touchent pas exactement le même public (l'un affiche clairement une ambition européenne, avec 6000 écrans à sa sortie, tandis que l'autre s'adresse à un public national), mais il faut reconnaître une certaine limite à la population française qui se déplacera en salles pendant une période donnée. On peut ainsi se demander s'il était opportun de faire sortir pratiquement en même temps deux aussi grosses productions, ce qui forcera sans doute certains foyers à choisir.

Cependant, étant donné le lien de parenté entre les producteurs des deux blockbusters (Thomas Langmann est le fils de Claude Berri, lui-même producteur du précédent Astérix, dirigé par Alain Chabat), on aurait tendance à penser que c'est mûrement réfléchi. Cela implique alors une stratégie d'émulation : la compétition entre les deux géants ajouterait un intérêt. Que l'un ou l'autre fasse déplacer une certaine population, allant rarement au cinéma, peut ainsi profiter à l'autre, dont les affiches rarement très éloignées peuvent inciter à revenir. La pari, commun, serait peut-être de faire déplacer deux fois, et non une seule, les plus réfractaires au grand écran. L'appétit vient en mangeant.

De plus, l'espace occupé par la couverture médiatique des deux projets permet d'élargir la vitrine du cinéma français. C'est l'événement !

Au poker, le fait d'avoir deux pointures qui misent gros peut inciter les autres joueurs à dépenser leurs jetons. C'est la surenchère. La table est plus vivante, les probabilités s'affolent, le jeu est lancé. Et, c'est bien connu, les requins ne se mangent pas entre eux. La "compétition" ne tournera donc pas au pugilat.

Au bout du compte, la production, vous l'aurez compris, c'est une histoire de gros sous. L'investisseur, le producteur, tout ce petit monde joue forcément au poker ! L'aspect financier de ces projets est encore mal perçu en France, comme si le Septième Art pouvait échapper à tout considération économique. À tort ? Pas toujours. On se demande parfois à quel moment, en voulant faire de l'argent, les responsables finissent par oublier de faire du cinéma…

dimanche 9 mars 2008

Avant-avant-première

Entre amis, même si ce n'est pas du goût des majors, on s'échange les CD, les cassettes, depuis qu'on est tous petits.

Les DVD n'y font pas exception, d'autant qu'en tant que grand consommateur honnête et régulier, abonné à la Fnac mais aussi à la grande surface du coin quand je suis en province au moment de la sortie de Spiderman 3, je ne pense pas qu'on vienne un jour me reprocher ces échanges à vertu culturelle.

Je fais découvrir un film à un ami qui ne l'aurait jamais acheté de toutes façons, et il me rend la pareille.

Notre cause est donc à l'avantage des distributeurs, puisque nous jouons le rôle de commerciaux de proximité, avec le meilleur argumentaire de vente : le produit lui-même.

Seulement voilà, cette activité n'est pas sans risques.

Tout récemment, j'ai découvert un film que j'avais déjà aperçu dans les colonnes du magazine britannique Empire, l'été dernier. Le DVD en main, persuadé de l'avoir manqué lors de sa sortie en salles, reconnaissant que je ne serais probablement pas allé voir un western, même avec Russel Crowe et Christian Bale, je ne me suis pas méfié. J'ai donc vu 3:10 to Yuma dans mon salon, par une nuit sans lune courant février. Pas mal. Satisfaisant. Quelques petits détails fâcheux, des petits problèmes de cohérence, mais de la performance d'acteur, une réalisation soignée, du rythme. Un bon film.

Le bémol, c'est que je n'ai pas encore raté ce film au cinéma, puisqu'il ne sortira pas en France avant un bon mois.

Mince.

Mais alors, je suis fraudeur ? Au lieu de payer ma place pour voir ce film, je n'ai fait qu'emprunter un DVD à un ami, lésant au passage le distributeur, expliquant en partie l'éternelle crise du cinéma en France ? Je me serais permis de voir un film avant que les distributeurs de ma région ne décident de le présenter ! Sacrilège. Crime de lèse-distributeur.

Bon, pas de panique.

Le distributeur, je ne sais pas, mais l'Industrie du cinéma, je l'aide à prospérer. En quelques jours, j'ai vu 2 fois Astérix aux Jeux Olympiques, puis Jumper, Bienvenue chez les ch'tis et Le dragon des mers. J'ai même consommé du popcorn et de l'eau plate, à un tarif défiant toute concurrence puisqu'il n'y a pas de concurrence à l'intérieur d'un cinéma.

L'industrie du DVD, mon ami la fait prospérer à lui tout seul, et je l'aide un peu, avec une collection de 400 titres qui augmente au rythme de 4 DVDs par mois.

Et ce n'est pas la première fois que je vois un film en avant-avant-première dans mon salon : il y a quelques années, pour découvrir un film de Spike Lee qui n'est sorti sur les écrans français que 3 ans après sa sortie américaine, He got game, j'ai dû commander le DVD sur un site américain (DVD express à l'époque).

Quand un distributeur estime que le public français n'a pas à voir certains films, clairement, je n'ai aucun scrupule à lui couper l'herbe sous le pied, évitant au passage le rebranding à la française, comme M6 l'a imposé sur une série comme Prison Break, au générique relooké par Faf Larage.

Et puis si ça se trouve, j'irai effectivement voir 3:10 to Yuma en salles, quand il plaira aux distributeurs de le sortir, car j'adore le cinéma.

Et quant à la crise du Cinéma, dont les tarifs augmentent aussi vite que le prix du ticket de métro (métro ou ciné, il faut désormais choisir), le succès logique d'un film bien fait comme Bienvenu chez les Ch'tis donne une excellente base d'analyse : travaillez bien, les gens ne demandent qu'à venir au cinéma, il faut tout simplement arrêter de se moquer d'eux.

mardi 4 mars 2008

Lost in translation

Qui sévit encore, de nos jours, en s'adonnant librement à la traduction des titres de films ? Un ancien étudiant en LCE à Nanterre, avec qui je discutais au fond d'un amphi, et qui expliquait son manque criant de style par une trop grande spécialisation en linguistique ? Ou alors un authentique ponte de la traduction littéraire, aujourd'hui incapable de rendre en quelques mots un titre de film digeste, agréable à prononcer ?

Véritable terroriste de la langue française, cette personne a encore rendu une bien médiocre copie en signant la traduction française du dernier film des Frères Coen, primé aux Oscars.

No country for old men est devenu en France ceci : Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme.

Un titre de film, c'est un exercice de traduction délicat, aux difficultés variées et contradictoires. Cela demande donc un effort tout particulier. Il faut trouver le bon équilibre :

  • En tachant de rester proche du texte, il faut bien comprendre et exprimer les idées contenues - ce n'est donc pas une traduction littérale, mot à mot, mais bien une interprétation.
  • C'est un titre de film, et non une manchette de journal : il faut qu'il ait du style, de la grâce. Un film, on en parle, le titre doit glisser.

Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, c'est lourd. "Lourdingue", disait mon prof de version. Traduire en français, c'est écrire en français courant, en évitant les expressions vieillottes (le vieil homme) et les redondances - "non" + "n'…pas". Il faut affiner !

Que nous dit l'anglais ?

"No country for old men". Ce n'est pas une phrase, mais une expression. C'est du langage parlé. Et pour restituer la phrase, il faut rajouter un élément sous-entendu, le groupe verbal : This is no country for old men.

En français, pas besoin de doubler la négation, le "No" n'est pas ici un "non !". Commencer le titre par "Non", c'est ajouter quelque chose qui n'existe pas, c'est un abus qui alourdit le style.

En français, nous dirions donc plus simplement : "ce n'est pas un pays pour les vieux".

"No country for old men : ce n'est pas un pays pour les vieux".

C'est pratiquement littéral, et ça sonne juste. Tout le sens est là.

Ceci dit, ce n'est pas encore du grand spectacle. En ajoutant une touche freestyle, en prenant ainsi le risque de dénaturer un peu le texte original, mais en donnant un peu de punch et en gardant le concept-clé, on aurait pu aussi dire :

Pas de vieux dans ce pays.

Oui, le cinéma est un art, un film est comme un livre, c'est une œuvre qui se traite avec respect. Mais il faut aussi qu'un film vive, qu'on en parle, qu'on le recommande, et le traducteur responsable de "Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme" a tout fait pour interrompre les conversations, encourageant certainement les cinéphiles à employer le titre original pour éviter tout malentendu.

A quoi bon salir une affiche de film avec une traduction qui ne servira pas ?

C'est trop tard pour les affiches, mais avant la sortie du film en DVD, avec un peu de chance, l'entreprise chargée de la conception de la jaquette francophone aura eu le temps de lire cette page…

dimanche 10 février 2008

Parole de critique

Les critiques de cinéma sont au goût du spectateur ce que les sondages représentent par rapport aux intentions réelles de vote : un indice farfelu.

Dernier exemple en date : Astérix aux Jeux Olympiques, descendu par les critiques, pratiquement à l'unanimité (à l'exception de 20 Minutes, qui lui accorde 3 étoiles sur 4). Peu importe que le film réussisse un carton dès sa première semaine d'exploitation avec 3 millions d'entrées. Un film se juge en salle, pour soi-même, et selon les réactions du public. De ce point de vue, Astérix aux Jeux Olympiques remplit son contrat.

Ce n'est pas un grand film, et c'est là que le bat blesse, eu égard à son budget pharaonique de 78 millions d'euros. Mais le spectateur n'est pas actionnaire, et même si d'aucuns dénoncent une débauche déraisonnable, à la différence des véritables scandales financiers, le public ne paiera pas la facture. Nous ne sommes pas producteurs.

Ce n'est pas du Chabat. Difficile de passer après Mission Cléopâtre, le second volet si réussi d'Alain Chabat. On s'en remet, cependant, l'interprétation du fameux Nul restant très personnelle, parfois même critiquée pour ses écarts par rapport à la BD. Et il est bien rare qu'un même réalisateur enchaîne tous les épisodes d'une série.

Il y a du déchêt. Tout le début du film est parsemé de petits gags inoffensifs, parfois difficiles à identifier - on sourit après coup, mais on rit difficilement. Le pari de Stéphane Rousseau, peu connu en France, semble manqué. Il faut attendre l'apparition de Benoit Poelvoorde pour arracher les premiers éclats de rire à une salle acquise d'avance un samedi soir. Ce qui rate au début finit par réussir, et si ce n'est pour la présence inexplicable d'un Frank Dubosc hors de forme, le film trouve son rythme, les bonnes séquences s'enchaînent.

Alain Delon reste Alain Delon. Pas toujours juste, l'acteur est parfois desservi par une écriture à tendance scolaire : gags convenus, références littérales à sa filmographie, la performance est loin d'être parfaite. Mais, dès le premier plan, la présence est palpable : il s'agit bien du grand acteur français, parfait dans le rôle de César, lui donnant une dimension unique, particulièrement fidèle à la BD. La grande réussite du film. Face à lui, Brutus, craint de tous, redevient un garnement. Chabat en César, mine de rien, était loin du compte.

Du Poelvoorde juste. On l'a vu dans tant de films qu'on eut pu redouter une sensation de réchauffé. Classique dans le Boulet, surprenant dans Podium, le comédien belge trouve le ton juste avec un Brutus méchant, autoritaire et pourtant tout petit devant papa. Courtisan malchanceux, convaincu de sa domination mais dépassé par les événements, Brutus est constamment à côté de la plaque, mais sans en faire trop. Ridicule, mais la tête haute. Qui d'autre pouvait déclamer des vieux succès français ("Besoin de rien / envie de toi") en guise de poésie avec autant d'aplomb ? La plupart de ses scènes fonctionnent parfaitement.

Des invités, c'est la mode, et ce n'est pas toujours bien senti. L'intégration de stars, si elle n'est pas parfaite, revient à un simple exercice de promotion. L'apparition de Danny Brillant, testeur de miroir, eut été excellente si le chanteur ne s'était pas contenté de livrer tel quel le refrain de son tube le plus connu - un petit effort d'adaptation aurait sans doute mieux ancré la scène dans le film, et fait rire davantage. Idem pour l'apparition furtive d'Amélie Mauresmo, joueuse de tennis à la ville et dans le film, ni plus ni moins.

Des invités, c'est la mode, mais c'est franchement mythique quand c'est bien fait : l'apparition de Jean Todt, qui palpe la terre de la piste avant la course de chars, restera dans les mémoires. Zinedine Zidane avec des cheveux, Tony Parker qui dribble Jamel Debbouze, Michael Schumarrer dans son char Ferrari, apportent clairement un plus. Le dernier quart d'heure est, comme le dit si bien 20 Minutes (!), savoureux.

Les amateurs avertis de cinéma ne se retrouveront probablement pas dans Astérix aux Jeux Olympiques, et ne se déplaceront peut-être même pas. Mais il faut reconnaître que c'est un film divertissant, populaire, grand public. Il attirera certainement en salles des gens qui ne s'y trouvent qu'une fois par an, alléchés par une affiche de stars à la française, et c'est une très bonne chose. On rit, on s'amuse, on passe un bon moment. Pas de message sous-jacent, pas de Sarkozy, rien que du divertissement (le timing ne devait pas être bon pour espérer voir une Carlabrunix). Et cela fonctionne. Parfois, les critiques demandent trop à un film, à un réalisateur. Le public, lui, devrait s'y retrouver.

jeudi 7 février 2008

La NBA, c'est fantastique !

Pourquoi est-ce que les produits made in USA sont-ils aussi glamour ?

L'IPOD, les séries comme Lost ou Prison Break, et le sport, comme le Superbowl ou la saison NBA ?

Avant tout, c'est fun.

Les américains ne se trompent pas de cible.

Prenez par exemple le systèle d'échanges de joueurs en NBA. Aujourd'hui, l'un des plus grands joueurs de l'Histoire du basket pro américain vient de changer de maillot, en cours de saison, traversant le pays d'Est en Ouest pour aller rejoindre l'Arizona.

A lire l'article dans le Miami Herald, on a l'impression d'assister à une partie de cartes. On évoque les deux équipes, leur actualité sportive et l'impact de cette décision. Il s'agit d'un échange de joueurs, ce qui est aussi une histoire de gros sous. Ne vous y trompez pas, il s'agit toujours de billets verts, mais curieusement, l'argent passe souvent au second plan. Il s'agit d'abord de sport, d'équipes, de villes. Phoenix se renforce pour mieux se positionner pour le titre de champion, tandis que Miami acquiert un élément important pour se reconstruire, après un début de saison cataclysmique. On parle des joueurs majeurs, du banc de touche, de tout ce qui change dans l'organisation du club.

En Europe, lorsqu'un joueur fait l'objet d'une transaction, on parle surtout du montant du transfert, qui bat souvent un record, mais il s'agit d'un achat, un échange de joueur contre des espèces. On évoque vaguement les équipes, en commençant par le nom d'un sponsor, et on parle rarement de l'impact sportif sur les différentes parties. Il s'agit surtout d'un coup de pub, telle équipe montrant davantage sa capacité à dépenser de l'argent qu'à assembler une équipe.

En l'occurrence, les Phoenix Suns viennent d'abattre une carte majeure, en échangeant un joueur mécontent contre le pivot dont les fans ont toujours rêvé, Shaquille O'Neal. Et c'est une excellente nouvelle pour tout le monde. C'est donc du bon business, mais sans avoir l'air d'y toucher.

La NBA, c'est fantastique !

jeudi 31 janvier 2008

Woman power

N'écoutez pas ce qui se dit sur Britney Spears.

Elle a des soucis, elle vit de manière assez singulière sa célébrité, elle fait sans doute des choix assez discutables dans la vie courante et pour sa carrière, elle éduque ses enfants à sa manière…

Mais une femme qui mobilise presque instantanément et sans vraiment le vouloir plus d'une douzaine de policiers à moto, voiture et hélicoptère, un camion de pompiers, une trentaine de photographes semi-professionnels, des équipes de télévision, des vidéastes amateurs et qui captive l'attention de millions d'internautes avant de faire couler plus d'encre dans les journaux du monde entier que Sylvester Stallone pour son dernier Rambo, c'est forcément une femme qui a un potentiel économique énorme.

En revanche, vous, les contribuables et consommateurs (contribuables assez directs) qui financez tout ce monde-là, pour avoir une video où on ne voit rien et des photos floues et mal cadrées d'une pseudo-Marilyn Monroe en pleine déprime, vous avez du souci à vous faire car vous dépensez très mal votre argent et votre temps !

C'est le public, avec sa curiosité malsaine, qui finance et motive deux ou trois industries - la Presse, le Spectacle (les agents, les familles des victimes… heu, des artistes), la Télévision…

Est-ce qu'on peut en vouloir au paparazzo, avec son matos à 5000 euros, de chercher par la fenêtre d'un camion de pompiers le portrait d'une jeune star en détresse qui lui rapportera, peut-être, assez de sous pour faire réparer son objectif endommagé dans la bousculade et, éventuellement, payer des nouvelles chaussures à son rejeton ?

Britney, c'est du business, de l'or en barre, qu'elle chante ou qu'elle se laisse aller, qu'elle soit gentille ou méchante.

Tant de gens attendent qu'elle fasse tomber son mioche sous le regard des caméras, dommage que son garde du corps soit une ancienne gloire locale du football américain.

Elle le sait bien, et comme tant d'autres avant elle (Kurt Cobain peut-être?), elle n'a pas vraiment les moyens de s'en sortir.

Pas avec son agent, qui palpe sévère en ce moment, quand elle va mal. Pas l'agent de son agent, qui a du mal à épeler son prénom. Pas son psychologue à 500 dollars de l'heure, qui n'a aucun intérêt à la guérir rapidement.

Alors, Britney, est-ce que tu vois seulement le bout du tunnel ?

Elle ne peut pas m'entendre, la pauvre.

Pourvu qu'elle ne prenne pas l'issue de secours…

samedi 26 janvier 2008

Cherchez le cliché

C'est dans le sport américain qu'on trouve les plus beaux clichés.

En particulier dans les articles de presse, aussi bien du côté des journalistes que des joueurs.

Il faut les comprendre. La saison de basket NBA, par exemple, s'étend d'octobre à juin, à raison de quelques 120 matches pour l'équipe championne, incluant une saison régulière de 82 sorties, une pré-saison de 5-6 matches et les play-offs.

Il y a 30 équipes, dont 4 à six prétendants sérieux au titre de champion, une quinzaine de trouble-fêtes qui se satisferont d'une place en play-offs, et une dizaine de misérables qui jouent leur recrutement de la saison suivante - notamment la fameuse "draft" universitaire au mois de juin, qui attribue le meilleur choix théorique au plus mauvais club, d'après le classement et un système de loterie.

Mettez-vous à la place d'un joueur qui vient de perdre un match que tout le monde a vu sous tous les angles à la télévision. Les temps morts sont nombreux, il faut environ 2 à 3 heures pour disputer une rencontre de 48 minutes, ça laisse tout loisir aux commentateurs de décrypter le moindre action.

Et pourtant, à chaque match, 10 minutes après le coup de sifflet final, la presse est autorisée à venir s'agglutiner dans les vestiaires des deus équipes, dictaphone au poing, pour recueillir de précieuses informations.

C'était le cas des Lakers, vendredi soir, après une défaite assez banale, sur un score convaincant mais pas catastrophique (105-112) contre Dallas, équipe plutôt respectable. (Source : LA Times)

Deux détails importants : primo, les deux ailiers sont passés au travers (3/10 aux shoots, c'est peu pour des titulaires); secundo : tout s'est joué dans le 3ème quart-temps, à la sortie des vestiaires.

Le reporter médusé : "Que s'est-il passé ?"

Phil Jackson (entraîneur, 9 titres de champion) : "Je ne sais pas. Nos ailiers n'ont pas été efficaces dans ce match."

Merci Phil. Quelle expertise.

Lamar Odom (ailier, 2/9 aux shoots) : "En ce moment, nous manquons de rythme tous les deux. C'est une attaque qui repose sur le rythme, il faut s'attendre à des matches comme ça."

Le reporter inquiet : "Pouvez-vous y remédier ?"

Lamar Odom : "Il faut aller à la salle, et simplement continuer à s'entraîner au shoot. En match, il faut continuer à shooter. Juste continuer à shooter."

La réponse est un peu facile, le joueur le sent, il a le bon cliché qui va bien. En fait, il en a deux, et il va les mixer dans une même phrase, pour changer un peu. On appelle ça une variation.

Lamar Odom : "Je vais simplement continuer à jouer au basket comme il faut, jusqu'à ce que l'entraîneur me donne d'autres instructions."

Jouer comme il faut, la bonne méthode, c'est le basket bien académique : faire circuler la balle, jouer en équipe, respecter le système mis en place, bien défendre.

Traduisons.

En gros, si Lamar Odom a mal joué, c'est parce qu'il a appliqué le système de l'entraîneur, dans lequel il n'est pas à l'aise, car ça l'oblige à bouger sans ballon et de manière coordonnée avec le reste de l'équipe, en attendant qu'un coéquipier veuille bien lui faire une passe; il doit shooter quand le système le lui permet et non quand il en a envie.

Alors, Lamar Odom est bien gentil, mais il a passé une salle soirée, il en a raz la casquette du système, il aimerait bien avoir la balle et jouer à sa manière, mais tant que l'entraîneur ne veut pas, il faut s'attendre à des contre-performances de temps en temps.

Derek Fisher, son coéquipier, qui a déjà remporté le titre de champion avec les Lakers (3 fois d'affilée entre 2000 et 2003) est le plus sage de l'équipe.

Derek Fisher : "Je ne pense pas que nous sommes assez concentrés au début du troisième quart-temps. C'est comme si nous avions oublié ce qui nous a permis d'être encore dans le match, avec juste un point d'avance ou un point de retard."

Ah bon. Ils sortent du vestiaire où le staff technique leur a fait le résumé du match, mais ils ne savent plus où ils en sont ? Soit ils ne pigent rien, soit ils n'écoutent pas, soit c'est le staff qui doit revoir son discours ! Une autre précision, Derek ?

Derek Fisher : "C'est peut-être dû à la fatigue, nous avons peut-être encore du mal à jouer les 48 minutes du match."

Pour mémoire, personne ne joue 48 minutes, pas moins de 10 joueurs se partagent les 5 postes, mais le cliché magique, c'est de dire que l'équipe joue bien pendant 46 minutes et que c'est la foire pendant les 2 minutes restantes, ce qui coûte le match ! On joue bien, mais pas longtemps.

Fatigue en sortant du vestiaire ? On se demande à quoi sert la mi-temps…

Le mot de la fin revient à la star du club, Kobe Bryant. Après deux matches à l'extérieur, les Lakers rentrent à Los Angeles.

Kobe Bryant : "Nous serons bien meilleurs. Je ne pense pas que les joueurs doivent s'inquiéter. Nous sommes venus jouer dans deux salles difficiles, et à part ces petits passages à vide dans le troisième quart-temps, nous avons plutôt bien joué. Il est temps de rentrer à la maison, de se rassembler et de se préparer."

Un discours parfaitement consensuel pour une star qui a été surprise, l'été dernier, par un videaste amateur dans un parking en train de dénigrer le management du club pour n'avoir pas transféré un de ses coéquipiers quand l'occasion s'était présentée.

Pendant ce temps-là, une star universitaire qui devrait passer pro l'an prochain, a frôlé la correctionnelle : risquant une suspension, OJ Mayo a dû s'acquitter de 460 dollars, c'est-à-dire la valeur faciale de deux places pour un match des Lakers qui lui avaient été offertes par Carmelo Anthony (un joueur NBA qui n'avait probablement pas payé ces places lui-même). C'est le règlement poussiéreux de la NCAA appliqué à la lettre, à l'américaine : les joueurs "amateurs" ne doivent pas recevoir le moindre sou (à moins de travailler) ou la moindre faveur ayant une valeur financière quantifiable pendant la durée de leurs études (offertes par le biais d'une bourse). Pour info, le basket universitaire génère près de 2 milliards de dollars de recettes en droits télé et merchandising chaque année, notamment grâce à des stars comme… OJ Mayo !

Un commentaire, OJ ?

OJ Mayo : "Je suis heureux que cette affaire soit terminée. Je me concentre toujours sur mon basket à l'université. Cette expérience m'a ouvert les yeux. J'ai essayé de faire attention au règlement depuis mon arrivée à l'université (USC). Je remercie les gens qui m'ont aidé à résoudre ce problème et je me concentre pour le match de demain contre Oregon." (Source : LA Times)

Clairement le communiqué tout préparé, bien officiel.

Je joue au basket, ne me demandez pas autre chose, je n'ai pas conscience d'avoir une vie en dehors du basket, je prépare en ce moment même le match de demain. J'aurai une personnalité l'année prochaine, quand je serai pro et que les sponsors auront besoin de moi pour une pub de céréales ou d'assurances. Je suis quelqu'un de sain et je n'écoute du rap que pour mieux me motiver à jouer au basket.

Quel sens du divertissement !

lundi 21 janvier 2008

Savoir, par tous les moyens

Avant de se lancer dans un projet, à moins d'être bénévole, on pose la question de l'intérêt, mais aussi du coût de renoncement. Souvent, on n'a pas le temps, le personnel, les finances ou les outils nécessaires. On jette alors l'éponge.

Cependant, dans le cadre d'une enquête, ces questions deviennent bien futiles. L'espoir semble balayer tout considération financière; il justifie même le recours à des ressources pratiquement illimitées. Il faut réussir… par tous les moyens.

Il suffit d'une découverte inhabituelle dans les bois de Fort Myers, en Floride, pour déclencher un impressionnant dispositif. Agents de Police, consultants anthropologues et bon nombre de petites mains, de laboratoires, se sont ainsi retrouvés autour de 8 squelettes dépourvus de chair et de vêtements avec une certitude : il s'agit de huit meurtres.

L'analyse de l'ADN a permis d'identifier deux victimes, dont le décès remonte à 1995. Les 6 autres restent anonymes, leur décès remontant jusqu'à 1980. Pas moins de 50 familles se sont soumises à l'épreuve de l'ADN afin de savoir si un de leurs membres, disparu de longue date, se trouvait parmi ces restes. En vain.

L'enquête continue. Le temps s'arrête.

Toutes sortes de techniques sont mises à profit.

Un tueur en série, dont l'une des victimes avait été retrouvée non loin, aurait été interrogé s'il n'avait pas été lui-même victime du système judiciaire, condamné à la peine de mort en 1999. S'il avait été incarcéré à perpétuité, cet homme aurait pu répondre, avec le temps, d'au moins 5 autres meurtres encore jamais élucidés.

Les crânes de 6 victimes non identifiées ont été envoyés à un sculpteur dans le Wyoming chargé de reconstituer les visages. Des portraits ont ainsi pu être diffusés par la Police, dans l'espoir qu'au moins quelqu'un, quelque part, ayant connu un jour l'une de ces personnes, reconnaisse ses traits reconstitués, se souvienne et se déplace pour donner un nom, clore un dossier et ainsi achever officiellement une vie.

Il ne s'agit plus de trouver une personne vivante (comme le fameux soldat Ryan). Il y a peu de chances que cette enquête amène un jour quelqu'un au tribunal pour répondre de ces crimes. La Police cherche à retracer les derniers moments de la vie de ces victimes, à déterminer les circonstances de leur mort, identifier leur assassin, établir son mobile, autant d'éléments nécessaires pour répondre à une question : pourquoi a-t-on retrouvé 8 squelettes dans les bois de Fort Myers ?

Chaque année, des affaires tout aussi insolites trouvent un élément de réponse, l'indice qui permet de retrouver une piste, jusqu'au dénouement improbable. L'appareil judiciaire est en marche. Si cela peut permettre à une famille de comprendre, de savoir ce qui est arrivé à l'un de ses membres, le jeu en vaut sans doute la chandelle. Si cette détermination peut faire hésiter un criminel, c'est certainement un bon investissement.

mercredi 16 janvier 2008

C'est mon idée

Qu'ils sont têtus.

Vous en connaissez certainement.

Il y a des gens qui voudraient absolument imposer leur volonté un peu partout, de manière souvent impulsive, abusive et à tort !

Face à la réalité ils résistent, contre l'évidence ils persistent, rien ni personne ne pourra leur faire admettre que leur idée est mauvaise.

Et pas juste un peu mauvaise. Totalement. Débile. Sans fondement.

Enfin, sans autre fondement que leur propre volonté.

La volonté d'être reconnu comme quelqu'un de génial, de son vivant. Et pour être génial, ils échafaudent des idées franchement tordues; car c'est bien connu : si l'idée est trop simple, elle ne sera pas considérée comme géniale. Adieu la gloire. C'est si logique.

C'est leur idée, ils la gardent, ils ne la partagent pas, ils ne se contentent pas d'en assumer la paternité, ils la revendiquent !

Ils se battront jusqu'au bout pour qu'elle devienne, improbablement, réalité.

Et c'est une très mauvaise idée, mais ils ne le reconnaîtront jamais, ni le jour même ni la semaine d'après.

Des années plus tard, ils vous rappelleront cette histoire, ne changeront pas un détail et continueront à dire que c'était, pourtant, une bonne idée.

Ils ne sont pas vraiment stupides. Pas méchants non plus. Ils sont têtus.

Et ils ont des très mauvaises idées.

S'ils avaient un jour du pouvoir, ils entraîneraient plein de gens dans leurs projets débiles.

Mais fort heureusement, cela n'arrivera pas. À moins qu'ils n'aient, au bon moment, peut-être, enfin, la bonne idée.

samedi 5 janvier 2008

Le fantasme du refus personnalisé

Est-ce que l'on prend mieux un refus quand il vous est adressé personnellement ?

Dans le cadre d'une candidature, c'est la loi de la jungle, il y a un élu pour 12 à 450 déçus. La plupart sont froissés, vexés ou blessés, ou les trois à la fois.

Je le sais, j'en veux toujours à la société Virgin Megastore de n'avoir pas retenu ma candidature au siècle dernier car je n'avais pas le profil recherché, disait une lettre standard comme on les déteste tant.

Un refus, c'est un refus, que ce soit standard ou sur mesure, quelle différence ?

Confronté au problème régulièrement depuis que je suis passé de l'autre côté de la barrière et que mon employeur me fait confiance pour décider des entrées dans mon service, j'ai d'abord tenté de jouer le jeu. Lors de mon premier recrutement, ayant mal formulé mon annonce, j'ai dû répondre à une centaine de candidatures souvent mal cadrées, parfois juste un peu décalées, et de temps en temps pas faciles à départager. Eh bien à moins de décider d'y passer ses nuits, puis d'arrêter carrément de travailler pour ne se consacrer qu'au courrier, on finit par se rendre à l'évidence : il n'y a pas moyen de paraître humain quand on refuse une candidature.

Il faut répondre rapidement pour que les gens passent à autre chose, sachent qu'on s'est occupé d'eux, on ne fait pas attendre bêtement un demandeur d'emploi. Il a autre chose à faire et surtout, ce n'est pas la peine de laisser planer le doute, de donner de faux espoirs. Le recruteur vous doit bien ça.

Le refus doit comporter 5 aspects incontournables :
1 - on s'est intéressé à la candidature, on cite un passage du CV
2 - on signale très vite si la candidature cadrait avec l'annonce - si c'est non, on a trouvé une sortie qui ne froisse personne, on la prend et on abrège
3 - on explique très clairement qu'il s'agit d'un refus - pas d'euphémisme, de style ou de poésie, c'est non, ne rappelez pas
4 - on est désolé, mais on ne peut pas prendre tout le monde
5 - on encourage à poursuivre les démarches et on souhaite bonne chance, on n'est pas là pour décourager les gens.

On ne fait surtout pas d'humour. Votre meilleur copain vous embaucherait, nous ne sommes donc pas votre ami, mais bel et bien cet employeur qui n'a pas besoin de vous. Faire de l'humour ou du calembour dans un tel courrier, ce serait de la provocation.

Au bout du compte, on retombe très vite dans les mêmes schémas, et à moins d'être un écrivain qui s'ignore, on finit par écrire les mêmes lettres. En voulant personnaliser mais dire les mêmes choses à tout le monde, par souci d'équité et surtout par trouille d'oublier un détail crucial (le fait qu'il s'agit d'un refus, par exemple), on obtient des courriers très semblables à des lettres standard; il y a peu de chances que le destinataire croit une seule seconde que vous y avez passé du temps.

De toutes façons, une mauvaise nouvelle reste une mauvaise nouvelle. Candidats malheureux, essayez donc de ne pas vous formaliser : la plupart du temps, le recruteur est aussi malheureux que vous de n'avoir pas pu satisfaire votre requête. Bon courage pour la suite de vos démarches…

jeudi 3 janvier 2008

Quand le patron fait peur

Que feriez-vous si vous étiez chef d'entreprise ?

Seriez-vous capable de prendre les bonnes décisions, celles qui assurent la survie ou la prospérité de votre société ?

À l'heure des comptes, par exemple, seriez-vous capable de précipiter un départ, d'influencer une femme enceinte pour faire commencer son arrêt maladie assez tôt pour économiser une partie de sa paye, aux frais de l'assurance maladie ? De retenir un employé en lui promettant une augmentation, mais de retarder l'échéance, de laisser filer les semaines, d'attendre qu'il vous relance et, s'il finit par s'agacer du délai, de le sermonner en lui expliquant que les temps sont durs pour tout le monde ?

Seriez-vous capable de demander à un cadre à qui vous avez accordé une prime confortable de signer une reconnaissance de dette du montant acquis, de manière à faire passer la somme comme un prêt fictif, pour ne régulariser la transaction qu'au cours de l'année suivante ? La manipulation permet à votre employé de toucher la somme convenue sur le champ (il l'attend depuis des mois), mais elle n'apparaît pas dans les comptes de l'année en cours : l'employé ne paie pas d'impôts pendant un an, et la somme n'apparaît sur les registres que l'année d'après.

Pas très légal, tout ça…

Mais alors, seriez-vous un patron légal ? Un bon payeur ? Un patron honnête et dévoué pour vos employés ?

Ou bien, pour gagner quelques milliers d'euros, vous montreriez-vous capable de faire pression sur des gens plus faibles, influençables ?

Une entreprise peut-elle bien fonctionner avec un gentil patron ?

Combien de patrons, dans l'ensemble, sont complètement irréprochables et efficaces à la fois ? La question se pose, car il est toujours plus facile d'identifier un patron douteux que de prouver la totale transparence d'un patron parfaitement honnête.

Au bout du compte, entre les scandales financiers de très grandes entreprises comme Enron, et les témoignages des employés d'une PME parisienne, le nombre d'affaires douteuses est tel qu'on finit par se demander qui est irréphochable, et qui est à deux doigts de se faire coincer.

Car le pire, dans tout cela, c'est qu'il ne s'agit pas fatalement de gangsters à part entière; certains sont juste un peu filous (ce qui n'excuse rien). Il suffit, au fond, de quelques subtilités d'écriture pour faire le pas fatidique.

Alors, finalement, est-ce vous avez vraiment la trempe d'un patron ?

mardi 1 janvier 2008

Fortifications de fête

_MG_5741_palissades_02.jpg

Cette année, une nouvelle mode a fait son apparition sur les Champs-Élysées.

Les touristes, on a l'habitude. Les autochtones éméchés qui viennent s'embrasser à Minuit, c'est une tradition. Les appareils photo se multiplient, mais ne sont pas nouveaux.

La dernière mode, le grand chic, c'est la palissade.

Nombre de grands magasins ont organisé dans l'après-midi, en prévision de l'imprévisible, la fortification de leurs vitrines, comme la boutique Hugo Boss ci-dessus. On pouvait voir des ouvriers poser à la tombée de la nuit des planches de couleur sobre, un bleu nuit sur notre photo, qui donnent à la plus belle rue de la capitale une allure de bidon-ville.

Pour les grandes enseignes qui payent si cher le droit de se montrer sur l'une des artères les plus visitées de Paris, l'heure n'est plus à la pub, mais à la sauvegarde.

À l'origine de cette protection, sans doute une astuce perdue entre deux paragraphes d'un contrat d'assurance.

La Mairie de Paris avait déjà mis en place un service redoutablement efficace pour ramasser les tessons de bouteille par millions qui jonchent chaque année la chaussée entre l'Étoile et le carré Marigny, autant de bouteilles jetées par les badauds bien nigauds qui s'embrassent et se débarrassent, ivres à plus d'un titre dans la célébration du nouvel an.

L'escalade continue.

Désormais, il faut prévoir le pire, l'étape qui précède la guerre civile, le chaos ordinaire d'une fin d'année bien arrosée.

Aujourd'hui, la simple palissade en bois. Demain, le rideau de fer ?

lundi 31 décembre 2007

C'est mon plus beau lundi

Le lundi, c'est toujours très dur.

Pour peu qu'on ait réalisé trop tard dans la soirée de dimanche qu'il fallait retourner au travail le lendemain, l'angoisse du sommeil à 1h du matin, l'insomnie parfaitement logique qui suit, la nuit trop courte et trop perturbée, on se réveille rarement en pleine forme.

On se lève à moitié, on rampe jusqu'au frigo, on s'asperge le torse de jus d'orange parce qu'on a raté la bouche, et la semaine est lancée (le jus d'orange froid, c'est un peu comme une chute d'eau dans les films de kung-fu, ça réveille). Du coup, on commence la semaine en passant la serpillère dans sa cuisine, et on est déjà en retard.

Mais ce matin, c'est très différent. C'est le meilleur lundi de l'année. C'est le dernier.

Demain, 1er janvier, jour de l'an, repos forcé pour tout le monde (sauf les commerçants).

Tout l'effort d'un début de semaine pour une journée de travail avant de repartir en weekend (j'ai posé ma journée de mercredi pour commencer l'année en beauté).

C'est donc mon plus beau lundi, une semaine d'un jour, un instant précieux.

Un lundi-vendredi.

À peine arrivé, déjà reparti.

Bon weekend !

dimanche 30 décembre 2007

Gérer sa connexion au monde

Faut-il être trentenaire pour comprendre tous les aspects des moyens de communication ?

Faut-il avoir connu le téléphone à cadran, avec sa sonnerie standard, imposée à tout le monde par le constructeur, pour vous réveiller du sommeil le plus profond en pleine nuit à travers 3 cloisons ?

Il semble que pour beaucoup de gens, les nouveaux moyens de communications ne soient absolument pas maîtrisés : ils sont littéralement subis.

Et pourtant, comme tout objet, tout bien de consommation, ces merveilles technologiques sont étudiées pour s'adapter au consommateur, et non l'inverse.

Le volume de la sonnerie est modulable depuis des années. Le choix de la sonnerie est plus ou moins restreint, d'aucuns ne savent même pas qu'ils entendent l'hymne national hollandais à chaque appel. Le vibreur, en particulier, est une merveille : discret, relativement efficace, c'est généralement la meilleure option pour être prévenu d'un appel sans assourdir ses voisins avec une version polyphonique de la Marseillaise.

Ensuite, et c'est plus compliqué, le téléphone, portable ou fixe, tout comme internet, le fax, ont une fonction essentielle trop souvent oubliée du fait de leur autonomie toujours plus longue et de la généralisation de l'illimité : toutes ces merveilles peuvent être éteintes à tout moment, aussi longtemps que vous le souhaitez.

Si vous souhaitez vous adonner à une activité sans être dérangé, déconcentré ou interrompu, il suffit de mettre tout votre matériel hors-tension. Vous retournez ainsi au Moyen-Âge, en termes de télécommunications. Vous devenez soudain injoignable, déconnecté du monde. Vous n'êtes plus disponible que pour l'activité que vous avez choisie, pour la personne qui vous accompagne dans ces instants exquis, où seule la perceuse du voisin peut vous atteindre.

Un ami n'avait jamais réalisé qu'il pouvait décrocher son téléphone pour ne plus être dérangé dans ses moments les plus intimes. Il n'y avait jamais pensé. Et pourtant, quelle nuisance. Un cas typique de coïtus interromptus a telephono.

Est-ce si difficile ? Cela vous parait-il stupide, désuet, inutile ? L'électronique serait-elle addictive ? Seriez-vous devenu sans le savoir un maniaque de la communication ?

Au-delà de l'aspect purement technologique, qu'est-ce qui pousse les gens à se rendre disponible en permanence ?

Il y a ceux qui considèrent que c'est ça le progrès, qu'il faut nécessairement être joignable en permanence, parce que c'est écrit dans le manuel. Si on a besoin de moi, je suis là. Qu'on se le dise.

Il y a ceux qui veulent qu'on les appelle. Qui appellent les autres pour leur demander pourquoi on ne les a pas appelé. Qui s'inquiètent d'un intervalle trop long entre deux sonneries. Les appeler, c'est s'intéresser à eux. Les appeler, c'est un peu les aimer. En plein dîner, ils s'éclipsent de table, mais pas trop loin, pour qu'on entende vaguement la conversation, les éclats de rire, sans pouvoir réellement écouter; au retour à table, on a droit au CV de la personne qui a appelé, le sujet de la conversation, la bonne nouvelle… Forcément, pour ces gens-là, la fin du forfait est une fatalité, la panne de batterie un drame.

Enfin, il y a les pros. Ceux dont le portable est payé par l'entreprise, qui doivent répondre à tout prix, leur mode de vie est réglé autour du portable. Mais ils échappent peut-être désormais à la catégorie des êtres humains. Ils sont en service commandé 24h sur 24h. Se méfier des imitations : le semi-pro à qui son entreprise n'a rien demandé, mais qui s'est si mal débrouillé dans son travail qu'il reçoit des alertes à tout moment, qu'il doit réparer ses errements à distance, son job n'en dépend pas vraiment, mais il aime à le penser et à le faire croire aux autres. Cet animal-là est le roi du coïtus interromptus a job. Reviens vite mon chéri; va sauver le monde !

Pour avoir fait le tour de la question, des irréductibles soucieux de leur bonheur et fâchés par l'attitude abusive des opérateurs de téléphonie mobile en France, avec des forfaits en légère augmentation sur 10 ans et des terminaux invariablement inabordables. Joignables par mail ou par ligne fixe, au prix d'une sonnerie si douce qu'on ne l'entend pas toujours.

Rater un appel, est-ce si grave ?

Mon entourage le sait : si vous avez un problème de santé, appelez une ambulance, le numéro est plus court. Un incendie ? Attrapez un extincteur, appelez les Pompiers, mais ne me dérangez pas. Un danger ? Appelez la Police !

Et si Jean-Pierre Foucault appelle pour me faire gagner des millions (improbable puisque je suis sur liste rouge), je risque fort de passer à côté de la fortune.

Ne dit-on pas, après tout, que le silence est d'or ?

A quoi sert d'être jeune si on n'est pas dynamique ?

Quoi de pire qu'un jeune blasé ?

Un jeune, c'est frais. Il a la vie devant lui. La France compte sur lui !

We want you !

Alors pourquoi est-ce qu'il arrive chaque année sur le marché du travail des jeunes pas frais ? Des gens fatigués par leurs études qui pensent trouver du réconfort et du repos en entreprise.

Ah oui, un jeune, c'est mal payé. Parfois, même pas payé du tout (ça s'appelle un stagiaire ou un apprenti).

D'un autre côté, en entreprise, on rémunère des compétences. De l'expérience. Un apport.

Quel que soit le côté, du reste, une entreprise exploite. Et si possible, elle abuse. Alors quand elle tient un jeune sans expérience, le moins qu'elle puisse faire, c'est le faire turbiner pour pas trop cher, échange de bons procédés : on te prépare une place pas trop mal, on te réserve un bureau, du matériel, mais il faut que tu nous montres de quel bois tu te chauffes pour un salaire misérable dans un premier temps. Tout le monde passe par là, et certains se surpassent. On appelle cela "faire ses preuves". Chaque seconde compte, il ne faut pas ménager son effort.

Le problème n°1, c'est quand le jeune arrive au raisonnement suivant : vu que je ne suis pas payé, je ne vois pas pourquoi je me fatiguerais. Il oublie qu'il ne travaille pas proportionnellement à son salaire (une modique compensation à ce stade), mais pour se développer et acquérir des compétences sur le terrain, au contact de professionnels qualifiés, en situation réelle. C'est une opportunité qui lui est donnée, une chance, en vertu de son potentiel, et non de sa valeur réelle pour l'entreprise à son arrivée, quasi-nulle malgré ses diplômes. C'est fou le nombre de jeunes qui perdent de vue cette partie de la réalité.

Le problème n°2, c'est quand le jeune pose la question de la motivation (la sienne en particulier). C'est même une trilogie : boulot chiant, clients pas sympas, patrons tyranniques. On a beau essayer de leur expliquer (phase de rééducation prioritaire) qu'un travail est nécessairement un peu pénible, sans quoi on ne paierait pas les gens pour le faire; que le client n'est pas là pour divertir; que le patron est ce qu'il est, dans certaines proportions, ça reste très normal, et c'est tout le bonheur d'être dans le fauteuil du boss, rien n'y fait.

Cela fait beaucoup de problèmes pour quelqu'un qui devrait lutter pour assurer sa place dans une entreprise, quelqu'un qui devrait se battre pour assurer son avenir.

Ainsi, la situation du jeune en entreprise peut très vite devenir problématique. C'est de l'ordre du malentendu. Un vrai dialogue de sourds.

C'est sans doute le propre du marché du travail : personne n'est jamais content.

Prenons un exemple concrêt. Ma petite jeune à moi, celle avec qui je travaille ces temps-ci, a eu une semaine difficile. Tous les matins au moment de se dire bonjour, on démarre la journée en prenant la température, et voilà mon relevé, représentatif de la fin d'année morose (les chiffres sont moyens et les patrons furieux, les clients fatigués et "pas marrants").

Lundi : fatiguée. Mardi : pas bien. Mercredi : malade. Jeudi : saoulée. Vendredi : pas bien.

On finit par se poser la question suivante : qui a dit à nos jeunes tous neufs qu'il fallait faire la gueule en entreprise ? Qui n'a pas rappelé à ces générations de tous-mous qu'ils sont l'avenir de l'entreprise, qu'ils se doivent d'arriver en forme au travail et avec le sourire ?

Jeunes, s'il vous m'entendez, ayez au moins le respect des moins jeunes qui vous entendent, essayez de vous lamenter un jour sur deux maximum, et apportez la seule chose que vous avez et qui fait votre charme : votre jeunesse ! Et pour ainsi dire, votre dynamisme.

On ne devrait pas vous reprocher votre manque d'expérience, mais on ne devrait pas avoir à vous demander d'être motivé et dynamique.

Question de politesse.

jeudi 27 décembre 2007

Sagesse avérée des professionnels de la Prévoyance

Il y a des lectures qui amusent, qui saisissent ou qui divertissent. Il y a aussi certaines lectures qui émeuvent, qui consternent ou qui bouleversent. La lecture attentive et constructiviste d'un contrat d'assurance englobe tout cela, et va même plus loin.

On dira ce qu'on voudra des professionnels de l'assurance (les assureurs et leurs collaborateurs), il y a deux choses qu'on ne peut pas leur retirer, que vous soyez sinistré en attente prolongée de dédommagement ou grand veinard à qui il n'arrive jamais rien : ils ont le sens du détail et de la formule, double compétence qui n'est pas donnée à tout le monde.

Un paragraphe suffit à poser les bonnes questions, à définir les limites de l'inconnu et peut-être à faire trembler le cosmos.

Il s'agit des exclusions communes à toutes les garanties.

En langage courant, ce sont les cas où vous n'avez aucune chance de vous faire rembourser, quel que soit votre contrat d'assurance. Même dans un pays développé assez stable politiquement comme la France, vous allez voir que ce n'est guère rassurant. Pour qui possède, on comprend mieux pourquoi il faut à tout prix éviter les conflits en tous genres - et inversement, pour qui ne possède pas, pourquoi le recours au conflit ne pose pas de problème a priori.

Deux cas assez pratiques montrent à quel point la tâche d'assureur est délicate. D'une part, vous avez les conséquences de la guerre civile ou étrangère ou d'insurrection ou de confiscation par les autorités. En clair, si ça chauffe, votre matériel n'est pas assuré. D'autre part, les conséquences de la désintégration du noyau de l'atome. En cas de problème lié au nucléaire, on pense notamment à l'explosion d'une bombe atomique entrainant un dysfonctionnement de votre matériel (la fameuse impulsion électro-magnétique, par exemple), celui-ci ne sera pas couvert. L'assurance, dûment payée et enregistrée, ne donne pas droit à un quelconque remboursement. Sécurité zéro.

En tant que citoyen, on s'imagine mal être confronté aux conséquences de la désintégration du noyau de l'atome. Et pour reprendre l'expression de Jerry Seinfeld, en cas de conflit, si votre foyer se trouve dans le rayon d'une explosion nucléaire, l'assurance de vote baladeur MP3 n'est sans doute pas votre principal problème. Vous venez de prendre une bombe sur la figure, votre maison est en ruines, le quartier est dévasté, vous respirez des gaz hautement nocifs, votre vie ne tient qu'à un fil, et votre assureur refuse de couvrir les frais de réparation de votre console ! Quel juriste est à l'origine de ce point précis ? Qui donc prévoit, en cas de conflit armé induisant une attaque atomique, de ne pas assumer le coût de réparation de votre console de jeu portable ? Il suffisait de prévoir un cas aussi improbable, d'écrire noir sur blanc que c'était éliminatoire, et le tour est joué. Un pied délivre l'autre, comme à chat perché.

Dans un pays où l'électricité est en partie assurée par des réacteurs nucléaires, que se passe-t-il en cas de sur-tension fatale ? N'est-ce pas là, au bout du compte, une conséquence (franchement indirecte) de la désintégration du noyau de l'atome ?

Allons un peu plus loin. Attardons-nous une minute sur le sort du soldat, de faction dans une zone de conflit a priori sous contrôle quelque part au Moyen-Orient, après des mois de surveillance sans la moindre coup de fusil. Pour tuer l'ennui, il réussit à se procurer une petite console portable, et souscrit une assurance vol-casse. Si son camp finit par essuyer une attaque, en plus du risque pour sa vie, sait-il que son matériel ne sera pas couvert ? Qui est le mieux couvert, d'ailleurs ? Lui ou sa console ? Est-ce que cela risque d'influencer ses décisions ?

Une chose est sûre, l'assureur ne se soucie pas de Dieu. Nulle mention sur les conséquences d'une intervention divine. Oubli de juriste ? Preuve ultime de l'absence de Dieu ? Bien sur que non ! Cela rejoint tout simplement un autre point, la Perte par suite d'un événement de force majeure (Perte provoquée par un événement irrésistible, imprévisible, extérieur, empêchant la récupération physique de l'Appareil garanti). Si, un jour, la colère de Dieu détériorait votre console portable, il vous faudrait récupérer l'objet pour montrer les dégâts, prouver que Dieu existe, et que c'est lui qui a détérioré votre matériel.

L'assurance, au fond, c'est une question de bon sens et de précision.

- page 1 de 6