Quidamned !

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mardi 15 avril 2008

99 francs : à voir 99 fois

Ce n'est pas tous les jours qu'on regarde un divx qui vous donne envie d'acheter le DVD.

Un divx, le plus souvent c'est un fichier pirate. Le principe, contrairement à la loi, c'est de le faire tourner entre copains pour éviter de payer. Et ça nuit clairement à la création artistique. Par définition.

Jan Kounen avait abordé le sujet au moment de la sortir de Blueberry, en mettant en avant un point assez juste, déclinable à l'envi : pourquoi regarder un film d'une qualité extraordinaire sur un écran 15" avec une compression sauvage ?

Aujourd'hui, avec les écrans 24 à 30", les cartes graphiques grand public avancées et les codecs de compression aboutis, la qualité des fichiers piratés est excellente. Mais le problème se pose toujours. Un film à la maison, c'est bien, mais ça n'a rien à voir avec un écran de 30 mètres de large et de 10 mètres de haut. Réagir tout seul dans son salon ou au milieu d'une foule, c'est très différent. C'est bien aussi. Mais pas nécessairement pour découvrir un film. Nécessairement pas, devrais-je dire.

99 francs, il fallait le voir en salles. Enfant de la pub, partie prenante du système, employé dune boîte de com, je n'ai pas souhaité me replonger dans cet univers si familier en dehors de mes heures de travail.

Et j'ai eu tort.

Parce que c'est Kounen. Ce n'est pas du cinéma américain, dont il emprunte quelques codes. Ce n'est pas du cinéma français. C'est un monde à part. De la mise en scène juste, extrêment juste. Pointilleuse. On n'imagine pas la tension sur le tournage, parce qu'on oublie que tout ça a été tourné; mais en y réfléchissant après coup, on se dit que M. Kounen, il doit vraiment emmerder ses acteurs entre deux claps. Pour les pousser à l'excellence. Regardez bien : tous sont justes. Pas une seconde de relâchement. Pas de faute. Nickel.

Parce que Jean Dujardin ne fait pas du OSS117 ou du Jean Dujardin. Il est Octave Parango, il n'est pas vraiment Beigbeider, il est quelque chose d'autre. Il est authentique, sans être caricatural.

Même le point qui me fache encore un peu, que le réalisateur explique très bien, et qui doit agacer tout le monde par sa longueur (j'essaie de ne pas en dire trop), je crois que je vais finir par l'apprécier. Un auteur, ça se respecte. Surtout quand il sort le grand jeu, dans un exercice pas évident, qui consiste à s'approprier l'œuvre d'un autre, et à en faire son propre chef d'œuvre.

99 francs : à voir absolument, à revoir passionnément, à faire des pauses, des retours, à consommer sans modération.

Actuellement en prix vert à la Fnac. J'y cours.

vendredi 14 mars 2008

Quand le système plante

Après deux semaines d'exploitation en salles, affichant un succès phénoménal (8 954 863 d'entrées, source allocine.fr), Bienvenue chez les Ch'tis est déjà disponible en divx.

Je le sais. J'ai le fichier.

Et pourtant, je ne suis pas pirate ! Je ne le cherchais même pas, puisque je l'ai déjà vu au cinéma - je compte bien y retourner, du reste. Je ne l'ai pas téléchargé, je me suis contenté de tendre le bras quelque part, au bon endroit, au bon moment. C'est facile, il circule.

Un copain d'un copain d'un copain… vous connaissez le système, qui échappe à toute traçabilité informatique, et donc à toute tentative de contrôle.

Attention ! Pas question de prendre le public à parti, cette fois. Pas question de se lancer dans une chasse au téléchargement. Le téléchargement n'est un problème qu'à partir du moment où il y a quelque chose à télécharger. Si Bienvenue chez les Ch'tis est disponible, c'est qu'il y a un problème évident de sécurité dans le système de distribution des films en France aujourd'hui.

Le fichier, de qualité passable, n'est pas un "screener", un film piraté en salle à l'aide d'un camescope par un spectateur; le screener se distingue par une variation de luminosité ou un scintillement de l'image, ainsi qu'une prise de son au micro qui produit un écho. Ce divx est issu d'un support original, d'une fuite sur la chaîne de production. Sa qualité n'est pas optimale car il est destiné à circuler, il a donc été compressé et ne supportera pas une diffusion sur grand écran ; mais cela suffit amplement pour un écran d'ordinateur. Et en amont, il existe probablement des versions HD, comparables à un DVD ou même un disque blu-ray. Ces versions VIP pourraient parfaitement être au centre d'un traffic de "galettes" assez lucratif, grâce au succès phénoménal du film.

Cela signifie que dès la deuxième semaine d'exploitation, peut-être même avant, le film a déjà perdu des spectateurs et des potentiels acheteurs du DVD, qui ne sortira pas avant 6 mois, selon une loi destinée à protéger l'exploitation en salles, rendue obsolète et même contre-productive avec l'arrivée du divx ! Le manque à gagner est déjà quantifiable. Le DVD se vendra bien, car l'outil informatique reste abscon pour une grande majorité de français, et une part d'internautes apprécient le DVD en tant que support. Mais il sera difficile d'évaluer les pertes importantes liées au piratage.

Enfin, même si le film bat effectivement tous les records de box-office, il faudra ajouter une astérisque à ses chiffres, puisqu'il s'agit probablement du premier grand film français à n'avoir pas pu bénéficier d'une exploitation "propre". Il sera dorénavant impossible de comparer les chiffres des films sortis avant 2008 et après.

Le Cinéma français a un gros problème, lié au numérique mal maîtrisé. C'est une honte pour l'ensemble de la profession. Et ce n'est pas un problème de fréquentation, puisque les spectateurs se précipitent en salles actuellement. C'est un problème de structure, de circuit de distribution, c'est d'abord et avant tout un problème technique au niveau professionnel. Il faut absolument revoir l'ensemble de la chaîne, employer les grand moyens pour assurer la sécurité des œuvres. Faute de quoi, il ne faudra pas venir se plaindre si le Cinéma français s'enfonce dans une crise comparable à celle de l'Industrie du disque.

mardi 11 mars 2008

Poker style

Est-ce que vous l'avez ? La bonne idée, la bonne main. Est-ce que c'est la meilleure ? Est-ce que vous seriez prêt à miser toutes vos économies dessus ?

Ou bien est-ce qu'un voisin, un concurrent, pourrait avoir mieux ? Ou encore, est-ce que la situation est bien favorable à votre projet ?

En un mot, est-ce que le succès est garanti ?

Si vous vous posez toutes ces questions, vous pourriez probablement jouer au poker. Devenir entrepreneur. Ou même producteur de films pour le cinéma.

Prenons l'exemple de Thomas Langmann, qui vient de lancer sur les écrans un des grands films français (ou Européens) de l'année, Astérix aux Jeux Olympiques (3ème de la série). Le pari est de taille, puisque la mise est la plus grande attribuée à un film français, de tous les temps (à part peut-être Le 5ème élément, de Luc Besson, estimé entre 75 et 90 millions d'euros, selon la source). Avec 3 millions d'entrées lors de la première semaine d'exploitation, la partie semblait bien engagée, malgré des critiques atroces.

Seulement voilà, depuis la sortie de "Bienvenue chez les ch'tis", qui cartonne encore plus, la partie a pris une toute autre tournure. Ce deuxième film ne risque-t-il pas de couper le second souffle que cherche le premier ?

D'aucuns argueront que les deux films ne touchent pas exactement le même public (l'un affiche clairement une ambition européenne, avec 6000 écrans à sa sortie, tandis que l'autre s'adresse à un public national), mais il faut reconnaître une certaine limite à la population française qui se déplacera en salles pendant une période donnée. On peut ainsi se demander s'il était opportun de faire sortir pratiquement en même temps deux aussi grosses productions, ce qui forcera sans doute certains foyers à choisir.

Cependant, étant donné le lien de parenté entre les producteurs des deux blockbusters (Thomas Langmann est le fils de Claude Berri, lui-même producteur du précédent Astérix, dirigé par Alain Chabat), on aurait tendance à penser que c'est mûrement réfléchi. Cela implique alors une stratégie d'émulation : la compétition entre les deux géants ajouterait un intérêt. Que l'un ou l'autre fasse déplacer une certaine population, allant rarement au cinéma, peut ainsi profiter à l'autre, dont les affiches rarement très éloignées peuvent inciter à revenir. La pari, commun, serait peut-être de faire déplacer deux fois, et non une seule, les plus réfractaires au grand écran. L'appétit vient en mangeant.

De plus, l'espace occupé par la couverture médiatique des deux projets permet d'élargir la vitrine du cinéma français. C'est l'événement !

Au poker, le fait d'avoir deux pointures qui misent gros peut inciter les autres joueurs à dépenser leurs jetons. C'est la surenchère. La table est plus vivante, les probabilités s'affolent, le jeu est lancé. Et, c'est bien connu, les requins ne se mangent pas entre eux. La "compétition" ne tournera donc pas au pugilat.

Au bout du compte, la production, vous l'aurez compris, c'est une histoire de gros sous. L'investisseur, le producteur, tout ce petit monde joue forcément au poker ! L'aspect financier de ces projets est encore mal perçu en France, comme si le Septième Art pouvait échapper à tout considération économique. À tort ? Pas toujours. On se demande parfois à quel moment, en voulant faire de l'argent, les responsables finissent par oublier de faire du cinéma…

dimanche 9 mars 2008

Avant-avant-première

Entre amis, même si ce n'est pas du goût des majors, on s'échange les CD, les cassettes, depuis qu'on est tous petits.

Les DVD n'y font pas exception, d'autant qu'en tant que grand consommateur honnête et régulier, abonné à la Fnac mais aussi à la grande surface du coin quand je suis en province au moment de la sortie de Spiderman 3, je ne pense pas qu'on vienne un jour me reprocher ces échanges à vertu culturelle.

Je fais découvrir un film à un ami qui ne l'aurait jamais acheté de toutes façons, et il me rend la pareille.

Notre cause est donc à l'avantage des distributeurs, puisque nous jouons le rôle de commerciaux de proximité, avec le meilleur argumentaire de vente : le produit lui-même.

Seulement voilà, cette activité n'est pas sans risques.

Tout récemment, j'ai découvert un film que j'avais déjà aperçu dans les colonnes du magazine britannique Empire, l'été dernier. Le DVD en main, persuadé de l'avoir manqué lors de sa sortie en salles, reconnaissant que je ne serais probablement pas allé voir un western, même avec Russel Crowe et Christian Bale, je ne me suis pas méfié. J'ai donc vu 3:10 to Yuma dans mon salon, par une nuit sans lune courant février. Pas mal. Satisfaisant. Quelques petits détails fâcheux, des petits problèmes de cohérence, mais de la performance d'acteur, une réalisation soignée, du rythme. Un bon film.

Le bémol, c'est que je n'ai pas encore raté ce film au cinéma, puisqu'il ne sortira pas en France avant un bon mois.

Mince.

Mais alors, je suis fraudeur ? Au lieu de payer ma place pour voir ce film, je n'ai fait qu'emprunter un DVD à un ami, lésant au passage le distributeur, expliquant en partie l'éternelle crise du cinéma en France ? Je me serais permis de voir un film avant que les distributeurs de ma région ne décident de le présenter ! Sacrilège. Crime de lèse-distributeur.

Bon, pas de panique.

Le distributeur, je ne sais pas, mais l'Industrie du cinéma, je l'aide à prospérer. En quelques jours, j'ai vu 2 fois Astérix aux Jeux Olympiques, puis Jumper, Bienvenue chez les ch'tis et Le dragon des mers. J'ai même consommé du popcorn et de l'eau plate, à un tarif défiant toute concurrence puisqu'il n'y a pas de concurrence à l'intérieur d'un cinéma.

L'industrie du DVD, mon ami la fait prospérer à lui tout seul, et je l'aide un peu, avec une collection de 400 titres qui augmente au rythme de 4 DVDs par mois.

Et ce n'est pas la première fois que je vois un film en avant-avant-première dans mon salon : il y a quelques années, pour découvrir un film de Spike Lee qui n'est sorti sur les écrans français que 3 ans après sa sortie américaine, He got game, j'ai dû commander le DVD sur un site américain (DVD express à l'époque).

Quand un distributeur estime que le public français n'a pas à voir certains films, clairement, je n'ai aucun scrupule à lui couper l'herbe sous le pied, évitant au passage le rebranding à la française, comme M6 l'a imposé sur une série comme Prison Break, au générique relooké par Faf Larage.

Et puis si ça se trouve, j'irai effectivement voir 3:10 to Yuma en salles, quand il plaira aux distributeurs de le sortir, car j'adore le cinéma.

Et quant à la crise du Cinéma, dont les tarifs augmentent aussi vite que le prix du ticket de métro (métro ou ciné, il faut désormais choisir), le succès logique d'un film bien fait comme Bienvenu chez les Ch'tis donne une excellente base d'analyse : travaillez bien, les gens ne demandent qu'à venir au cinéma, il faut tout simplement arrêter de se moquer d'eux.

mardi 4 mars 2008

Lost in translation

Qui sévit encore, de nos jours, en s'adonnant librement à la traduction des titres de films ? Un ancien étudiant en LCE à Nanterre, avec qui je discutais au fond d'un amphi, et qui expliquait son manque criant de style par une trop grande spécialisation en linguistique ? Ou alors un authentique ponte de la traduction littéraire, aujourd'hui incapable de rendre en quelques mots un titre de film digeste, agréable à prononcer ?

Véritable terroriste de la langue française, cette personne a encore rendu une bien médiocre copie en signant la traduction française du dernier film des Frères Coen, primé aux Oscars.

No country for old men est devenu en France ceci : Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme.

Un titre de film, c'est un exercice de traduction délicat, aux difficultés variées et contradictoires. Cela demande donc un effort tout particulier. Il faut trouver le bon équilibre :

  • En tachant de rester proche du texte, il faut bien comprendre et exprimer les idées contenues - ce n'est donc pas une traduction littérale, mot à mot, mais bien une interprétation.
  • C'est un titre de film, et non une manchette de journal : il faut qu'il ait du style, de la grâce. Un film, on en parle, le titre doit glisser.

Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, c'est lourd. "Lourdingue", disait mon prof de version. Traduire en français, c'est écrire en français courant, en évitant les expressions vieillottes (le vieil homme) et les redondances - "non" + "n'…pas". Il faut affiner !

Que nous dit l'anglais ?

"No country for old men". Ce n'est pas une phrase, mais une expression. C'est du langage parlé. Et pour restituer la phrase, il faut rajouter un élément sous-entendu, le groupe verbal : This is no country for old men.

En français, pas besoin de doubler la négation, le "No" n'est pas ici un "non !". Commencer le titre par "Non", c'est ajouter quelque chose qui n'existe pas, c'est un abus qui alourdit le style.

En français, nous dirions donc plus simplement : "ce n'est pas un pays pour les vieux".

"No country for old men : ce n'est pas un pays pour les vieux".

C'est pratiquement littéral, et ça sonne juste. Tout le sens est là.

Ceci dit, ce n'est pas encore du grand spectacle. En ajoutant une touche freestyle, en prenant ainsi le risque de dénaturer un peu le texte original, mais en donnant un peu de punch et en gardant le concept-clé, on aurait pu aussi dire :

Pas de vieux dans ce pays.

Oui, le cinéma est un art, un film est comme un livre, c'est une œuvre qui se traite avec respect. Mais il faut aussi qu'un film vive, qu'on en parle, qu'on le recommande, et le traducteur responsable de "Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme" a tout fait pour interrompre les conversations, encourageant certainement les cinéphiles à employer le titre original pour éviter tout malentendu.

A quoi bon salir une affiche de film avec une traduction qui ne servira pas ?

C'est trop tard pour les affiches, mais avant la sortie du film en DVD, avec un peu de chance, l'entreprise chargée de la conception de la jaquette francophone aura eu le temps de lire cette page…

dimanche 10 février 2008

Parole de critique

Les critiques de cinéma sont au goût du spectateur ce que les sondages représentent par rapport aux intentions réelles de vote : un indice farfelu.

Dernier exemple en date : Astérix aux Jeux Olympiques, descendu par les critiques, pratiquement à l'unanimité (à l'exception de 20 Minutes, qui lui accorde 3 étoiles sur 4). Peu importe que le film réussisse un carton dès sa première semaine d'exploitation avec 3 millions d'entrées. Un film se juge en salle, pour soi-même, et selon les réactions du public. De ce point de vue, Astérix aux Jeux Olympiques remplit son contrat.

Ce n'est pas un grand film, et c'est là que le bat blesse, eu égard à son budget pharaonique de 78 millions d'euros. Mais le spectateur n'est pas actionnaire, et même si d'aucuns dénoncent une débauche déraisonnable, à la différence des véritables scandales financiers, le public ne paiera pas la facture. Nous ne sommes pas producteurs.

Ce n'est pas du Chabat. Difficile de passer après Mission Cléopâtre, le second volet si réussi d'Alain Chabat. On s'en remet, cependant, l'interprétation du fameux Nul restant très personnelle, parfois même critiquée pour ses écarts par rapport à la BD. Et il est bien rare qu'un même réalisateur enchaîne tous les épisodes d'une série.

Il y a du déchêt. Tout le début du film est parsemé de petits gags inoffensifs, parfois difficiles à identifier - on sourit après coup, mais on rit difficilement. Le pari de Stéphane Rousseau, peu connu en France, semble manqué. Il faut attendre l'apparition de Benoit Poelvoorde pour arracher les premiers éclats de rire à une salle acquise d'avance un samedi soir. Ce qui rate au début finit par réussir, et si ce n'est pour la présence inexplicable d'un Frank Dubosc hors de forme, le film trouve son rythme, les bonnes séquences s'enchaînent.

Alain Delon reste Alain Delon. Pas toujours juste, l'acteur est parfois desservi par une écriture à tendance scolaire : gags convenus, références littérales à sa filmographie, la performance est loin d'être parfaite. Mais, dès le premier plan, la présence est palpable : il s'agit bien du grand acteur français, parfait dans le rôle de César, lui donnant une dimension unique, particulièrement fidèle à la BD. La grande réussite du film. Face à lui, Brutus, craint de tous, redevient un garnement. Chabat en César, mine de rien, était loin du compte.

Du Poelvoorde juste. On l'a vu dans tant de films qu'on eut pu redouter une sensation de réchauffé. Classique dans le Boulet, surprenant dans Podium, le comédien belge trouve le ton juste avec un Brutus méchant, autoritaire et pourtant tout petit devant papa. Courtisan malchanceux, convaincu de sa domination mais dépassé par les événements, Brutus est constamment à côté de la plaque, mais sans en faire trop. Ridicule, mais la tête haute. Qui d'autre pouvait déclamer des vieux succès français ("Besoin de rien / envie de toi") en guise de poésie avec autant d'aplomb ? La plupart de ses scènes fonctionnent parfaitement.

Des invités, c'est la mode, et ce n'est pas toujours bien senti. L'intégration de stars, si elle n'est pas parfaite, revient à un simple exercice de promotion. L'apparition de Danny Brillant, testeur de miroir, eut été excellente si le chanteur ne s'était pas contenté de livrer tel quel le refrain de son tube le plus connu - un petit effort d'adaptation aurait sans doute mieux ancré la scène dans le film, et fait rire davantage. Idem pour l'apparition furtive d'Amélie Mauresmo, joueuse de tennis à la ville et dans le film, ni plus ni moins.

Des invités, c'est la mode, mais c'est franchement mythique quand c'est bien fait : l'apparition de Jean Todt, qui palpe la terre de la piste avant la course de chars, restera dans les mémoires. Zinedine Zidane avec des cheveux, Tony Parker qui dribble Jamel Debbouze, Michael Schumarrer dans son char Ferrari, apportent clairement un plus. Le dernier quart d'heure est, comme le dit si bien 20 Minutes (!), savoureux.

Les amateurs avertis de cinéma ne se retrouveront probablement pas dans Astérix aux Jeux Olympiques, et ne se déplaceront peut-être même pas. Mais il faut reconnaître que c'est un film divertissant, populaire, grand public. Il attirera certainement en salles des gens qui ne s'y trouvent qu'une fois par an, alléchés par une affiche de stars à la française, et c'est une très bonne chose. On rit, on s'amuse, on passe un bon moment. Pas de message sous-jacent, pas de Sarkozy, rien que du divertissement (le timing ne devait pas être bon pour espérer voir une Carlabrunix). Et cela fonctionne. Parfois, les critiques demandent trop à un film, à un réalisateur. Le public, lui, devrait s'y retrouver.

vendredi 16 novembre 2007

Transformers, un film Hasbro : plus jamais ça !

Comment réaliser un film pour enfants interdit aux moins de 13 ans ? Un film très très long, beaucoup trop long ? Des effets spéciaux étourdissants, avec un scénario ahurissant de bêtise, un mélage insupportable ?

C'était vraisemblablement le pari de Michael Bay, épaulé par Steven Spielberg, pas moins, pour le film de commande le plus cher de l'Histoire du cinéma.

Deux fois, en salle puis en DVD, je me suis endormi devant ce film ! Et encore, la deuxième fois, télé-commande en main, j'ai pris le soin de zapper toutes les scènes mielleuses, chères à Spielberg. Quelle idée, d'associer l'histoire du jeune américain qui achète sa première voiture avec son papa à celle des robots géants intergalactiques camouflés en véhicules qui pourraient détruire la planète !

Et que vient faire l'armée américaine dans cette histoire, à part prendre raclée sur raclée ? Le secrétaire d'État à la Défense, qui n'apporte rien, toute la bureaucratie, tout américain, quand il s'agit de la planète ? Les américains au Qatar, les américains en Amérique, les Américains qui font la découverte majeure du XXème siècle dans le cercle arctique ? Hasbro ne vend-il donc pas de jouets dans le monde entier ?

Et la bimbo qui plaque le champion de football pour le petit minet à la Chevrolet, experte en mécanique, papa taulard mais uniquement par souci d'apprendre la mécanique en bricolant les voitures des autres, et qui au fond, n'est pas si criminel, en cherchant bien ? Les plans sexys en plein milieu d'un film pour gamins ?

Et John Turturro ? L'agent hyper-secret qui se fait laminer comme tout le monde ?

Monsieur Spielberg, reconnaissez qu'il n'y avait pas de place pour l'humain dans cette histoire ! Laissez jouer les machines, évitez le rêve américain, la famille américaine bien typique, faites un pur film d'action mêlé de catastrophe, avec des tout petits humains qui courent partout pour éviter les morceaux de gratte-ciel qui leur tombent dessus. Exit le cube magique de la taille d'une ville qui se transforme en tout petit cube qui tient dans la poche, et qui transforme d'un éclair une téléphone en robot guerrier bagarreur ou pacifiste, selon l'humeur du capitaine. Une heure et demie d'action, de poursuites, de traque, pas plus. Du gros métal bien lourd, de l'explosion, comme on en voit dans la scène extrême du début, où un robot attaque une base militaire. Du grand spectacle !

Mais pas du tac-boum-boum à l'eau de rose, au service de l'humanité de l'amour de l'univers.

Plus jamais d'Independance day ! Plus jamais de Transformers !

Une expérience douloureuse et soporiphique du cinéma définitivement trop américain.

vendredi 2 novembre 2007

Batmania bis

Le deuxième volet du Batman de Christopher Nolan pourrait être un excellent film. Construit sur la base de Batman begins, réincarnation du héros torturé qui se cache derrière un symbole de chauve-souris, ce nouvel épisode mettra en scène le fameux Joker, psychopathe de référence, naturellement fait pour le cinéma.

Comment justifier une nouvelle rasade de Batman, me direz-vous, après les nombreux blockbusters des années 90, de Michael Keaton à George Clooney, de Tim Burton à Joel Schumacher, du demi-succès au navet, une décennie à oublier ?

Tout simplement, il semblerait que ces messieurs de la Warner aient trouvé la bonne formule. Le bon réalisateur, des vrais acteurs, la totale. Silence, respect, on tourne un vrai film, ici !

Il y a du bon dans la bande dessinée. Du très bon parfois. C'est un business comme un autre, avec son public, avide d'histoires, qui pousse les auteurs dans leurs retranchements. Un héros de BD ne vit jamais la même histoire deux fois, et pourtant, il reste fidèle à lui-même. Pas le choix, il faut donc creuser.

Alors, finies les hésitations, les approximations, les doutes. A la tête de la nouvelle franchise, Christopher Nolan sait ce qu'il fait, lui ! Place au héros de BD, place au concept. Il y a une logique sous ce masque à cornes.

Le teaser de The Dark Knight ne fait aucun doute : l'idée de Bruce Wayne en créant son personnage de justicier, son symbole plus difficile à combattre qu'un homme seul, fait des émules. Face à Batman, figure de proue de la justice, se dresse le messie des criminels, seul être capable de rétablir un rapport de forces équitable, le Joker. En voulant garantir la justice, comme le craignait Alfred, son majordome, dès le premier film, Bruce Wayne a provoqué une escalade de la violence.

Plus question de singer bêtement la BD, de tenter une forme de fidélité maladroite. Chaque détail a son importance, sa logique, son histoire. On parle ici d'une interprétation du mythe. Après la génèse de Bruce Wayne, on va enfin savoir ce qui trotte dans la tête du joker. Aura-t-il les cheveux verts ? Du maquillage, comme on a pu l'apercevoir sur le visage bariolé de Heath Ledger, successeur de Jack Nicholson ? Quel est son histoire ?

Patience. On en saura peut-être un peu plus dès la prochaine bande-annonce…

vendredi 14 septembre 2007

Iron man : super, ce héros !

Fans de comics, accrochez-vous. Grand public, déçu par les 3 avatars de Speedeurmanne, réjouis-toi. Marvel va peut-être abattre sa meilleure carte !

Du moins, c'est ce que m'inspire le projet Iron Man, dont la bande-annonce est disponible sur le lien suivant :

http://www.apple.com/trailers/paramount/ironman/

C'est du sérieux.

Tout d'abord, le rôle principal : Robert Downey Jr est un véritable acteur, au parcours inégal mais solide, au répertoire sur-mesure pour explorer les méandres de la personalité de Tony Stark, héros torturé dont les contradictions feraient palir Bruce Wayne. La fortune, la drogue et l'alcool, il connait, Robert…

Ensuite, la transition BD / film qui semble particulièrement réussie. Depuis la fameuse scène de crash aérien dans Superman Returns, et dans la foulée de Transformers, les différentes armures du héros, de l'artisanale-à-la-va-vite au prototype supersonique, ne trahissent pas leur créateur.

Enfin, la BD elle-même. Potentiel dramatique, personnages originaux, rivalités multiples, le tout dans un cadre plutôt réaliste : pas de super-pouvoirs, des intérêts industriels, financiers, géo-politiques, des problèmes réels dont on parle tous les jours dans la presse. De mémoire, quelques épisodes de la BD méritent tout à fait une adaptation cinéma, qui donnerait toute sa dimension au récit, déjà très spectaculaire… Contrairement à Peter Parker, Tony Stark a de vrais problèmes !

Si tout se passe bien, Iron Man pourrait enfin démontrer l'intérêt d'adapter une BD au cinéma, non plus comme un opportunité pour les studios de s'enrichir sur le dos de la BD, mais comme un moyen pour le cinéma d'enrichir la BD.

Prions pour que le scénario soit au rendez-vous !

vendredi 7 septembre 2007

Sympatique Moore

Moore est de retour, avec une cause juste cette fois.

Le constat est simple, mais en aucun cas simpliste, car incontestable : l'une des plus grandes nations au monde a l'un des systèmes de santé les plus stupides de la planète. Tant de puissance, mais si mal répartie.

Avec un tel sujet, le documentaire à la Moore, c'est du sur-mesure.

Et pourtant… franchement lassé de son combat contre George W. Bush, gêné par la Palme d'Or à Cannes pour Farenheit 9/11 (délivrée par Quentin Tarantino, un autre enfant chéri de Miramax, président du jury), j'ai toujours du mal à ne pas voir une forme d'opportunisme dans ses différentes démarches.

Michael Moore est une marque, qui se prétend au service de la vérité, des américains moyens et moins-que-moyens, mais qui profite allègrement de ses "combats". On peut se demander quelle est le part de sincérité, quelle est la part commerciale…

En attendant, on a bien envie de voir ce nouveau film, qui a le mérite de mettre le doigt sur un vrai problème.

Et si son business est de faire réfléchir les américains, qu'il prospère, ce brave homme. La tâche est ardue…

jeudi 6 septembre 2007

De la discipline au cinéma

Progrès au Pathé Boulogne ! Un clip d'une bonne minute avec des grenouilles qui expliquent qu'on n'est pas dans son salon, qu'il ne faut pas donner de coups de pieds dans le fauteuil de devant, qu'il faut éteindre le portable, qu'il faut faire attention à ne pas faire de bruit… Et les parents qui expliquent à leur enfant, du coup, parce que c'est passé très vite. Le tout signé par la direction du cinéma, qui n'a pas peur de vexer certains clients, au nom du respect de l'ensemble de sa clientèle. Ce clip a été applaudi lors d'une autre séance. Enfin !

mercredi 5 septembre 2007

Max menacé

Certaines séries télé à succès ne devraient pas être adaptées au cinéma.

Il y a trop de questions délicates : comment savoir ce qui a fait, au bout du compte, le succès de la série originale ? Comment le reproduire ? Comment résumer x années en à peine 2 heures ? Faut-il moderniser ou au contraire, reproduire l'ambiance d'époque ?

Et les acteurs ? Impossible de reprendre les mêmes acteurs, trop agés pour tenir leur propre rôle. Difficile de prendre des acteurs majeurs et de leur demander de rejouer à l'identique les personnages originaux. Il faut tout reprendre, adapter réellement, avec des acteurs qui redonnent vie aux rôles originaux, en apportant leur touche personnelle. Pas facile…

Vous ne vous souvenez sans doute pas de Chapeau melon et bottes de cuir, réalisé avec un budget exhorbitant et une affiche prometteuse : Ralph Fiennes, Uma Thurman et Sean Connery. Un résultat très décevant, un outrage pour les fans.

Rebelotte.

Construite autour de Steve Carell, nouvelle star comique ricaine aux "succès" déjà nombreux, l'adaptation de Max la Menace (Get Smart) semble s'inscrire dans cette tradition du bide assuré.

L'agent a bien fait son travail. Allo Warner ? Mon client est libre pendant 6 semaines… Vous n'avez pas une série sympa, un scénariste dispo pour nous en tirer 1h30, et un réalisateur en vacances ? Mon client vient de triompher dans "40 ans et encore puceau" puis "Steve tout-puissant", la suite de "Bruce tout-puissant" avec Jim Carrey (je me suis toujours demandé si Carell avait décroché le rôle juste pour son nom, presque homonyme de l'acteur du premier film, un coup marketing ?). Si si, il y a une vraie chance de carton !

Steve Carell doit sa carrière au système. Comme Owen Wilson avant lui (qui a eu le bon goût de devenir drôle de temps en temps), Carell est un pur produit hollywoodien : une fois lancé, on le maintient à l'affiche, de bide en bide, en espérant qu'il devienne bankable. Un investissement à moyen terme, en somme.

Rappelez-vous que le cinéma est une industrie, outre-atlantique. On ne se demande pas pourquoi on fait un film : on fait un film, et on se pose les questions plus tard. Les studios ont un budget annuel, scénario ou pas, les films se feront ! Il y a des acteurs à faire vivre, nom de nom. Des studios à occuper. Des séries cultes qui sortent en DVD.

En tant que fan d'une série kitsch, mais relativement cohérente, je suis déçu de voir un mythe sacrifié à la gloire d'un comique qui n'a pas nécessairement vocation d'être drôle.

samedi 11 août 2007

Movie check : Le Boss.

Ça sentait le navet à plein nez. Le bluff, en la personne de Samuel L. Jackson, n’a pas fonctionné. Dès la bande-annonce, les gags ratés ne trompaient pas. J’ai attendu la diffusion télé pour me faire une idée définitive. J’ai bien fait.

Un talent gaché !

Aucun rythme. Lent, sans relief, le film ne décolle jamais.

Samuel Jackson est bien là, mais il est seul. Personne pour lui donner la réplique, rien à faire, peu de dialogues et sans originalité.

Son partenaire, que je ne citerai même pas, est exactement comme sur l’affiche : aucune expression, aucune émotion, seuls quelques mouvements de sourcils, aussi figé que Robin Williams en Mrs Doubtfire. A sa décharge, ni le scénario ni les dialogues ne lui auraient permis de se transcender…

Le méchant au regard glacé, qui cherche peut-être là son tremplin pour la célébrité – on est très loin d’Alan Rickman dans Piège de Cristal.

En guest, l’ancien cadre de l’OCP dans Robocop, ami d’enfance d’un baron de la drogue dans Traffic, abonné aux figurations alimentaires.

Techniquement, le film est pas mal réalisé : la lumière est belle, les plans bien cadrés, rien de très nouveau mais ça se laisse regarder. Sans le son.

Enfin, comme d’habitude, la version française souffre du surplus de vulgarité : des « putain de merde » ajoutés ici et là quand les acteurs ferment la bouche, du « salopard », qui font penser à la version Nuls de Miami Vice, Deux flics ami-ami.

Beurk !