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lundi 22 février 2010

Carrefour, le positif est de retour

La grande distrib' qui s'affiche, c'est généralement de la promo, du -30% sur une sélection d'articles, le nombre écrit en très très gros au centre.

C'est donc du nombre négatif, même si c'est positif pour vous, le consommateur perpétuel et peut-être futur client de Carrefour. Et positif pour l'annonceur, en termes de vente, de marges, puisqu'il fera des marges considérables quoiqu'il arrive, quitte à répercuter sur ses fournisseurs les réductions qu'il vous accorde.

Le positif est de retour. Le plus, ce qui manquait dans votre vie, il revient enfin, chez Carrefour.

Rappelez-vous les vieilles pubs : avec Carrefour, je po-si-ti-ve. Eh bien rebelotte. Finie la misère. Vous pouvez enfin revoir la vie du bon côté, en rouge et bleu, remettre du beurre bio dans vos épinards pas chers.

Et puis "de retour", ça rime avec Carrefour. Alors c'est bien.

Il fallait bien mettre quelque chose sous le logo, toutes les marques le font maintenant. C'est une "baseline". Le message qui accompagne la marque, pour ceux qui ne comprennent pas les valeurs exprimées par le graphisme du logo.

Chez Monoprix, "on fait quoi pour vous aujourd'hui".

Nike, qui n'écrit plus son nom, a longtemps affiché son slogan-clé, le fameux "Just do it", remixé parfois en "Do it just". De "juste fais-le (te pose pas de questions)", on glisse alors vers "fais-le bien".

Carrefour, mise aujourd'hui sur le retour. Carrefour, marque sur le retour ?

En période de crise globale soutenue, on peut y voir un retour de la méthode coué. C'est toujours la misère dans votre vie, on va essayer de repenser à autre chose, on va de nouveau po-si-ti-ver. Plus que jamais.

Vous ne serez pas plus heureux, mais au moins vous aurez de nouveau le sourire, le temps d'une promotion.

C'est que c'est en temps limité, les opés promo qui s'affichent. Payez-vous du beurre tant que c'est moins cher, après ce sera trop tard.

Carrefour ne rimerait-il pas avec toujours ?

samedi 26 juillet 2008

Socialiste ?

La communication, c'est un secteur très chantant.

En parallèle des concepts publicitaires, slogans, accroches, il y a une production constante de petites phrases qui n'arrivent jamais dans les annonces presse ou dans les présentations à la clientèle, mais qui circulent bien dans les couloirs.

Avant les 35 heures, on entendait fréquemment : "On n'est pas des fonctionnaires ici !"

Quand on n'était pas encore aux 35 heures, c'était : "Oh, eh, on n'est pas aux 35 heures ici !"

Puis on est passés aux 35 heures, et ça a calmé un peu tout le monde. Comprenez que ces 35 heures, ça a permis de passer pas mal de choses, en bien et en mal, alors silence radio ! On ne communique pas sur les coups en douce.

Et soudain, dès qu'on tentait de respecter un peu le code du travail, on entendait ceci : "Dis donc, tu serais pas en train de devenir syndicaliste ?" Allez expliquer que vous essayez simplement de jouer le jeu, de respecter les règles, et ce faisant, les personnes…

Ces petits slogans, déjà bien pratiques par leur étonnante concision, sont encore trop longs. Si on veut, en cas d'urgence (c'est à dire tout le temps, dans la com), on peut effectivement résumer toute l'activité de l'entreprise en un seul mot : rentabilité. On lui fait tout dire. On menace des gens avec. Parfois, sur un malentendu, un coup de gueule, une personne qui se défend bien mal, on licencie…

Eh oui. Un mot, un seul, terrorise tout le monde : est-on rentable ?

Dans la com, on rend des comptes tout le temps. On ne fait pas n'importe quoi. Sauf quand on fait n'importe quoi, mais si on ne s'en rend pas compte, c'est différent, car on ne risque pas la prison quand on est incompétent. La connerie, ça passe en frais généraux…

On facture, on passe même un temps fou à deviser, ajuster les devis, faire des remises commerciales, on se serre carrément la ceinture, entre un pot de départ et la célébration d'un nouveau budget déficitaire dès l'ouverture d'une bouteile de Champagne. Mais c'est pas le même calcul, appelez ça de la réthorique, le Champagne passe en notes de frais…

On flippe. Pour garder son client, celui qui ne fera jamais gagner de l'argent à l'entreprise, mais dont la perte entraînerait sans doute une perte de crédibilité personnelle ingérable, on flingue l'entreprise pour ne pas se faire flinguer. On appelle ça un client stratégique. Celui qui figurera sur le prochaine plaquette, éditée à la va-vite juste avant de perdre le budget. Celui dont on espère qu'il fera décrocher un autre client, rentable, cette fois. C'est dire si on rêve…

Dans la comunication, on commence la journée à 10h. Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, mas ils ne briefent pas avant 18h…

On se rattrappe : comme on ne sait jamais à quelle heure on va finir, on s'adapte. Si l'opportunité se présente de partir à 18h quand même, on fonce. On prend ses provisions de liberté car demain, ce sera forcément terrible.

Et puis dans la com, la crise, ça ne dure jamais plus d'une semaine. Le vendredi après-midi, c'est fini, on est déjà en weekend, on ne peut plus redresser l'entreprise en quelques heures, alors on attérit en douceur pour ne pas être trop crevé, les clients sont déjà sur la route, le téléphone ne sonne plus, la vie peut enfin reprendre. C'est lundi matin, quand tout le monde sera là, vers midi, que ce sera l'enfer.

mardi 25 décembre 2007

News à 2 vitesses

Si Kennedy se faisait assassiner aujourd'hui, il n'y aurait pas une vidéo comme celle de Zapruder, mais au moins 5 sous des angles différents, en haute définition, avec des couleurs impeccables et une image stabilisée. En comptant les téléphones portables, une bonne trentaine de films amateurs pourraient être exploitées sur internet ou à la télévision. Et s'il y avait effectivement plusieurs tireurs, au moins deux d'entre eux seraient identifiés en quelques heures…

Désormais, avec internet, le pouvoir (l'information) est plus que jamais entre les mains du peuple : les institutions sont complètement dépassées. Les images vont plus vite que le son, le mail a remplacé le téléphone arabe, plus personne n'attend le journal de 20 heures pour avoir des nouvelles du monde entier. La censure existe, tardive et maladroite, pour ne pas dire inefficace. Pour un site fermé, combien ouvrent dans la minute qui suit, combien de mails diffusent à la vitesse de la lumière les quelques pixels qui font désormais l'actualité, l'événement ?

Au réveillon cette année, il y avait deux versions de chaque histoire : celle d'internet, toujours à la pointe, et celle de la télévision, avec ses 2 temps de retard (un pour le traitement de l'information et un pour la censure).

Alors que l'ancienne génération se demandait si Miss France allait devoir rendre sa couronne après la publication de photos embarrassantes (mais jolies, cela dit), la jeune génération savait déjà qu'un autre scandale avait éclaté, mettant en cause la transparence de l'élection elle-même, "apparemment" truquée pour relancer le tourisme dans une région touchée par le virus Chikungunya.

Alors que les premiers se demandaient si Laure Manaudou serait en forme pour les prochains Jeux Olympiques, les autres pouvaient attester de sa forme physique impeccable grâce à des images qui ne passeront jamais à la télévision.

Dans quel camp êtes-vous ? Surinformés ou dépassés ?

Même si vous n'aviez pas internet, si vous saturez, si l'actu people ne vous intéresse pas, il y a forcément quelqu'un dans votre entourage qui surfe allègrement, et qui vous appellera pour vous donner de biens meilleurs scoops que Claire Chazal.

samedi 15 décembre 2007

C'est ma plus belle réunion

La réunion, c'est ma nouvelle passion.

Pendant la réunion, je suis injoignable. Le téléphone peut toujours sonner, je l'entends à travers la porte en contre-plaqué de la salle de réunion qui jouxte mon bureau.

Laissez-moi tranquille ! Je brainstorme.

Mon autre téléphone, celui dont seul mon chéri a le numéro, vibre dans ma poche. D'une main, je lui envoie un message - je suis devenue experte, ce n'est pas ma première réunion.

Dans les grosses boîtes, ils font des réunions. Alors dans ma PME, si on veut partir à l'assaut des grosses boîtes, il faut faire des réunions.

Logique, non ?

Moi, ça me plait.

On ne fait jamais rien, en réunion, mais ça nous responsabilise.

Et désormais, quand j'oublie un truc, j'ai l'excuse en or : j'étais en réunion.

Vous comprenez, on est quelqu'un, en réunion. Surtout quand on en sort. On peut enfin dire : "Je sors de réunion !". Même s'il ne s'y est rien passé, comme d'habitude.

Bon, c'est vrai, on débute, en réunion. On est à deux de tension, on pige que dalle, mais on est là.

Mais on ne pourra pas nous reprocher de n'avoir rien fait…

jeudi 13 décembre 2007

Le roi est fou !

On peut passer des mois à chasser une bonne recrue. On peut chercher pendant des années l'idée géniale qui remettra une entreprise sur les rails (sans jamais la trouver). Et parfois, on peut tout simplement tomber nez à nez, au détour d'un couloir, sur la cause essentielle de tous les maux d'une entreprise.

C'est une expérience unique.

Un moment de cinéma, le dénouement d'un terrible scénario.

Voilà l'homme qui prend les décisions que les autres regrettent, qui opère les changements à ne surtout pas opérer, qui recrute et finit par promouvoir au détriment de ceux qui triment les incompétents les plus aboutis de la profession - une classe d'élite.

Le voilà, triomphant en petit comité, parmi ceux qui comptent, célébrant sa dernière trouvaille avec une satisfaction d'une rare pureté.

Au milieu de ce petit discours informel, une phrase, une seule, à retenir, un contre-sens caractérisé. L'expression d'une certitude dénuée de réalité.

Il ne s'agit même pas de favoritisme, du moins pas à ce moment-là, peut-être quelques semaines plus tôt.

Ce moment-là, c'est la grande illusion. La magie. Le charme agit. L'employeur se fait prestidigitateur, il change l'incompétent en travailleur qualifié, adoubé par la direction, doublement certifié.

Cet homme-là a fait son choix, à la tête de l'employé qui lui plaît bien, avec qui il a partagé à peine quelques phrases, les siennes; la personne qui a eu le bon goût de l'écouter parler sans l'interrompre, qui n'a pas eu le temps ni l'occasion de démontrer ses nombreux défauts, sera son atout, son champion, son legs à l'entreprise, frappé de son sceau.

Cet homme-là ne se trompe jamais. Certains savent qu'il se trompe mais ne peuvent pas le contrer-dire; ceux qui peuvent le contre-dire ne savent pas.

Dans une entreprise qui se cherche, cet homme-là est le plus dangereux de tous, car il ne se contente pas d'être incompétent : il recrute les incompétents, les garde, les multiplie. Il cultive la médiocrité, récompense au pif, et s'indigne des mauvais chiffres de l'entreprise, qu'il explique très bien : le marché, le 11 septembre (2001, ça date quand même, non ?), les clients, le numérique (qui n'est donc pas un progrès ?)…

Et cet homme est chef d'entreprise…

vendredi 30 novembre 2007

Rien ne va plus à Cap Canaveral

Vous avez déjà vu plusieurs fois les images du lancement d'une fusée, réussi ou non.

Compte à rebours. Décollage. Scène de joie incroyable dans la salle de contrôle.

Curieusement, je n'y avais jamais réfléchi. Comme souvent à la télé, on prend ce qu'on nous donne sans discuter, ça passe ou ça casse, pas le temps de réfléchir qu'on se retrouve dans le Vaucluse pour l'ouverture du Beaujolais. Pas le temps de voir que l'ombre de Buzz Aldrine déconne complètement lors de son premier pas sur la Lune.

Cette joie dans la salle de contrôle, les tapes dans tous les sens, les gens qui s'embrassent, à chaque lancement réussi chez des professionnels du lancement de fusée, c'est quand même lourd de sens. On imagine la pression ressentie par chaque collaborateur, qui sait très bien que le bâtiment a des chances de ne jamais arriver à destination, équipage avec. Quand on revient sur les causes d'accident dans ce secteur, on comprend que bien peu de choses peuvent tout faire rater, coûter des vies, des millions de dollars et d'heures de travail; c'est un projet de plusieurs années qui peut partir en fumée en quelques secondes sous le nez de centaines de milliers de téléspectateurs. On ne se cure pas le nez le jour du lancement, à Cap Canaveral, sous peine de finir au Zapping.

On parle de pression.

Quel rapport entre Cap Canaveral et la communication ?

Tout. Sauf la fusée.

Le lancement, la pression de résultat, les délais de malade, l'impression que toute la planète vous regarde et que c'est le drame à la moindre erreur. Dans la communication, on ne lance pas des fusées (mais ça ne saurait tarder, elles seront rouges et jaunes, on sait tout faire dans la com, on n'a peur de rien). On lance des opérations promotionnelles, des campagnes publicitaires, à tire-larigo, et on brasse des budgets colossaux.

Bon, j'exagère. Il y a bien des petites différences.

Le chef de projet, à la NASA, ne retarde pas un lancement pour grossir le logo sur la fusée à la dernière minute. Claire Chazal et CNN attendent !

Il ne viendrait pas à l'idée du pilote, même en proie à une forme de fatigue mélée de dépression, d'expédier la fusée dans un champ de patates uniquement parce qu'il en a plein le dos.

Le préposé au contrôle de pression des turbines ne se permettrait pas, par peur de tout faire foirer, de ne pas dire qu'il y a un gros voyant rouge qui clignote alors que le lancement se prépare.

"Je m'en fous, c'est pas ma fusée !", ça n'existe pas à Cap Canaveral.

Quand on participe à un lancement avec des vies en jeu, on est toujours lucides et responsables.

Enfin, j'espère…

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