Que feriez-vous si vous étiez chef d'entreprise ?
Seriez-vous capable de prendre les bonnes décisions, celles qui assurent la
survie ou la prospérité de votre société ?
À l'heure des comptes, par exemple, seriez-vous capable de précipiter un
départ, d'influencer une femme enceinte pour faire commencer son arrêt maladie
assez tôt pour économiser une partie de sa paye, aux frais de l'assurance
maladie ? De retenir un employé en lui promettant une augmentation, mais
de retarder l'échéance, de laisser filer les semaines, d'attendre qu'il vous
relance et, s'il finit par s'agacer du délai, de le sermonner en lui expliquant
que les temps sont durs pour tout le monde ?
Seriez-vous capable de demander à un cadre à qui vous avez accordé une prime
confortable de signer une reconnaissance de dette du montant acquis, de manière
à faire passer la somme comme un prêt fictif, pour ne régulariser la
transaction qu'au cours de l'année suivante ? La manipulation permet à
votre employé de toucher la somme convenue sur le champ (il l'attend depuis des
mois), mais elle n'apparaît pas dans les comptes de l'année en cours :
l'employé ne paie pas d'impôts pendant un an, et la somme n'apparaît sur les
registres que l'année d'après.
Pas très légal, tout ça…
Mais alors, seriez-vous un patron légal ? Un bon payeur ? Un
patron honnête et dévoué pour vos employés ?
Ou bien, pour gagner quelques milliers d'euros, vous montreriez-vous capable
de faire pression sur des gens plus faibles, influençables ?
Une entreprise peut-elle bien fonctionner avec un gentil patron ?
Combien de patrons, dans l'ensemble, sont complètement irréprochables et
efficaces à la fois ? La question se pose, car il est toujours plus facile
d'identifier un patron douteux que de prouver la totale transparence d'un
patron parfaitement honnête.
Au bout du compte, entre les scandales financiers de très grandes
entreprises comme Enron, et les témoignages des employés d'une PME parisienne,
le nombre d'affaires douteuses est tel qu'on finit par se demander qui est
irréphochable, et qui est à deux doigts de se faire coincer.
Car le pire, dans tout cela, c'est qu'il ne s'agit pas fatalement de
gangsters à part entière; certains sont juste un peu filous (ce qui n'excuse
rien). Il suffit, au fond, de quelques subtilités d'écriture pour faire le pas
fatidique.
Alors, finalement, est-ce vous avez vraiment la trempe d'un
patron ?