Quidamned !

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jeudi 13 mars 2008

Guide de la coke - en vente partout

Dans l'Express, cette semaine, le guide de la consommation de coke !

Grâce à sa couverture-affiche, vue partout dans Paris ce matin, l'Express ne se contente pas de faire sa propre pub. C'est traditionellement un moyen comme un autre d'augmenter la visibilité de certains partis politiques, et c'est aujourd'hui une nouvelle forme de promotion des ventes, au service des toxicomanes. Bien sur, on essaie d'effrayer un peu la population avec un point d'exclamation, on cherche vaguement à dénoncer quelque chose… Dénoncer, vraiment ? Ou tout simplement communiquer ?

Le problème du trafiquant était de taille : comment communiquer sur ce type de produit sans attirer l'attention des autorités ?

Comment se faire connaître du grand public, au grand jour, et surtout accéder à des gens jusque-là inaccessibles, par leur milieu, leur position sociale ou leur âge ?

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la coke, sans savoir à qui le demander.

Le message est singulier : on ne parle pas de fléau, de drogue. On dirait presque une promo classique, un peu agressive. Opération coup de poing ! Alerte : prix en baisse !

Comme dans toute pub qui se respecte, on présente le produit. De la poudre blanche, pensez-donc. Pas de sang. Pas de toxico en pleine overdose. Rien que le produit, à faire transpirer un consommateur en manque, prêt à sniffer l'affiche.

La coke se démocratise. Les nouveaux consommateurs, dit-on. Pourquoi pas vous ?

Au prix où est le beurre, qui grimpe sévèrement, pourquoi pas un petit rail ?

On imagine bien qu'à l'intérieur du magazine, on n'y fait pas l'apologie de la sustance. Vous ne trouverez pas de coupon-promo, il n'y a pas de poudre offerte avec l'abonnement. Mais ce n'est pas l'intérieur qui s'affiche…

Faut-il crier à la faute ? De goût, sans doute.

dimanche 9 décembre 2007

Toujours la même histoire

La misère fait vendre, de temps en temps, les journaux par milliers. Une bonne "une" avec un gardien de la paix en tenue de combat de nuit devant une tour HLM, avec un hélicoptère et sa torche ou devant une voiture qui brûle, voilà la formule. Ambiance Terminator, ce n'est pas une guerre contre les machines, mais entre hommes.

L'histoire est toujours la même : après des années de galère, des jeunes finissent par laisser éclater leur colère en mettant à sac leur propre quartier pour attirer l'attention des autorités.

Comme si une cause unique, la lutte contre la pauvreté et l'exclusion, rassemblait tous ces individus, comme si on pouvait trouver un sens à des actes de barbarie incontrôlée.

Ne vous inquiétez pas, ce sont des jeunes qui s'énervent. Il faut bien que jeunesse se passe. Tout rentrera dans l'ordre dans quelques jours. Circulez !

Qui veut croire une telle histoire ? Un bric-à-brac assez pratique qui englobe tout dans un seul et même problème : les banlieues.

Vous comprenez, les banlieues, c'est la séremi, la drogue, à croire que l'air est plus lourd à mesure qu'on s'éloigne de la capitale, on respire mal, on perd tout espoir.

Chaque année, on en remet une couche. La banlieue c'est la mort.

Qui raconte ces histoires ? Le journal de 20h, les quotidiens gratuits et payants, la grand-mère qui ragote en prenant son chien.

Pourtant, on en connaît, des gens qui survivent en banlieue. Il y en a même pas mal qui mènent une vie paisible, figurez-vous, avec un travail, une famille, une communauté. Des familles où les enfants de moins de 14 ans se couchent avant 22h, font leurs devoirs, aident leurs parents comme ils peuvent en allant faire les courses, en sortant les poubelles. Des gens qui se rendent à la fac tous les jours malgré 1h30 de trajet, et qui cartonnent. Des gens qui réussissent. Des gens heureux, même. Des gens qui ne passeront jamais à la télévision.

Mais alors, il y a banlieue et banlieue ?

La banlieue, ce n'est pas un endroit où les voitures brûlent tous les jours ?

On nous ment par omission. Un fait divers, c'est au moins trois jours de couverture : le lendemain des faits, le jour de la reconstitution, la marche commémorative dans la semaine qui suit. On appelle les victimes par leur prénom. Et ça coûte moins cher qu'une interview de Paris Hilton.

A quand un grand reportage au journal de 20h sur une communauté qui va bien ? A quand un magazine consacré à toutes les success stories de gens issus de quartiers dits défavorisés, un article en première page du Monde ou du Figaro sur une chef d'entreprise qui a fait sa scolarité dans une Zone d'Éducation Prioritaire ?

Trop démago ? Ou pas assez vendeur ?

samedi 10 novembre 2007

Eureka : la télé éduque !

Pour ceux qui n'ont pas fait attention, une révolution annoncée depuis des années, sans cesse retardée, a eu lieu dans le calme absolu.

C'est officiel, la télévision remplit enfin sa mission éducative.

Pendant que certaines grandes chaînes déclinaient à volonté la télé-réalité bétifiante, réinventaient le show-business en recrutant des inconnus à moindres frais, c'est France 3 qui a lancé la bonne émission au bon moment, remportant un succès impressionnant, et dont les retombées sont assez délicates à évaluer. Une belle manière de prouver qu'il est possible de réaliser des émissions à caractère éducatif.

Cette émission s'appelle "C'est pas sorcier !", un titre décidément approprié. Au départ, une petite production bien faite, sans grande prétention - comment prédire ce qui va marcher ou pas à la télévision ? Jamy et Fred (et leur équipe) ont réussi à trouver le ton juste, le bon angle pour aborder des sujets aussi complexes que le big bang ou l'évolution. Et attention : il ne s'agit pas de vagues notions à moitié expliquées, dénaturées ou simplifiées à l'excès, pas de langue de bois ou de discours minimal. C'est de la vraie science, expliquée à tous, dans un language simple, avec des maquettes et des exemples précis. Cela parait tout bête, mais c'est très compliqué. Un bel exemple de pédagogie.

Si vous avez des enfants, mettez-les devant le poste, regardez quelques émissions avec eux, prenez le temps de leur expliquer ce qu'ils ne comprennent pas. Et pendant que vous y êtes, perfectionnez vos connaissances. C'est le principe : dans chaque émission, il y a forcément quelque chose que vous ne savez pas, une notion que vous pensez connaître sans vraiment la maîtriser.

C'est ce qu'on appelle le nivellement vers le haut.

Et ça dure. D'émission en émission, quel que soit le thème abordé, la qualité du travail reste constante, et le résultat est là. Tout est clair, on ne s'ennuie pas, on passe même un bon moment, seul ou en famille.

Et cette initiative ne vient pas d'un quelconque ministère, d'un patron de chaîne, d'une star hypermédiatique. C'est le plus bel exemple de réussite, sans tambours ni trompettes. Ce n'est pas Jean-Marie Cavada, avec la cinquième et sa fameuse campagne publicitaire ("Eduquons, c'est une insulte ?"). Finis les discours ésothériques, la bonne volonté, sans réel résultat. Pas de public, pas d'applaudissements, pas de chauffeurs de salle, pas de stars, pas de paillettes.

Une bonne émission éducative, c'est possible. La preuve est faite.

Il faut reconnaître à la direction des programmes, sans qui rien de tout cela ne serait arrivé, deux bonnes idées : la programmation de "C'est pas sorcier !" à des plages horaires appropriées, puis la déclinaison du concept avec des passages en prime time. Il faut du flair pour tenter de tels paris.

On a vu Jamy et Fred revisiter l'Histoire de France. Faut-il leur demander de relooker la messe, avec des passages en latin ?

Une révolution à la fois. Aujourd'hui, la télévision éduque en divertissant - un progrès inespéré.

Lien vers le site C'est pas sorcier
Lien vers le site de France 3