Aujourd'hui à 8h21, rue de la Pompe, la circulation a été interrompue quelques secondes par une petite fille qui avait perdu sa chaussure droite au moment de traverser, dans le passage protégé, sous le regard bienveillant de deux agents bloquant le passage avec les bras en croix.

Comme sa maman et sa sœur étaient déjà engagées lorsque la petite s'est aperçue qu'il lui manquait un soulier, il y a eu un temps d'hésitation. On revient sur ses pas, on se sépare pour dégager la voie ? La petite fille avait déjà réagi et tentait de rechausser dans le caniveau, mais ce ne fut pas si simple. Elle arrêta donc son numéro d'équilibriste, saisit cette chaussure décidément peu commode, la posa sur le bord du trottoir, l'enfila puis traversa au galop.

En géneral, au moindre temps mort, le matin, les automobilistes s'exapèrent, et il y en a toujours au moins un pour signaler son mécontentement d'un bref coup d'avertisseur, parfois deux très secs. Dans une rue systématiquement encombrée comme la rue de la Pompe, c'est assez fréquent.

Et pourtant, pendant que cette petite fille bataillait avec sa chaussure, pendant que ce petit pied blanc tatonnait, rien ne s'est passé.

Les agents de la circulation, un peu embarrassées, n'ont pas baissé les bras ni cherché du regard la maman, surprise et déjà bien gênée.

Aucun reproche. Comme si, soudain, personne n'était pressé...

Ou comme si cet empressement à aller travailler ne justifiait pas de déranger une petite fille qui remet sa chaussure.

Ce fut un moment de pause insignifiant dans la vie de chacun, rapidement oublié. Un moment de silence. De contemplation. Pas désagréable...