Changement de cap après des années de carrière dans une entreprise, une période éreintante. On ne sait pas vraiment si on fête un départ sans cesse repoussé ou un nouveau départ âprement négocié… Les collègues ont fait le déplacement, ont participé à un cadeau - même les stagiaires, peu fortunés, ont fait un geste. C'est un véritable moment de bonheur assez rare, mine de rien, dans une entreprise, organisé autour d'une personne.

Et puis soudain, une larme.

Les copains ont préparé un petit show, live ou enregistré, et pendant le refrain d'un bon vieux tube, en pleine euphorie, il se passe quelque chose. Mais que se passe-t-il exactement ?

Tout le monde craque sous la pression. Tôt ou tard. Même les agents secrets les mieux entraînés, qui avouent tout si on les bouscule comme il faut. Alors, on craque, d'accord, on libère ses émotions, on se laisse aller. On n'est plus vraiment sur son lieu de travail, après tout, mais sur une piste de danse improvisée au milieu des bureaux, à faire des tâches sur les dalles de moquette en débouchant des bouteilles de Champagne.

Est-ce qu'on regrette, à cet instant précis, de partir ?

Pas vraiment. La valise est prête. On est déjà parti.

Mais on prend tous les souvenirs d'un coup en pleine poire ; forcément, ça secoue.

Les bons souvenirs, bien sur.

On réalise sans doute ce que représentent toutes ces années, on voit la page se tourner en direct, on regarde les gens dans les yeux pour la dernière fois. Ces gens qu'on ne fréquente pas en dehors de l'entreprise, mais à qui on a fini par s'attacher.

C'est peut-être ça, qui passe difficilement : la page qui se tourne.

Le changement, effectif immédiatement, inévitable, que l'on a souhaité, mais que l'on vit avec une pointe d'amertume. Allez, encore un petit verre, ça va passer…