J'ai encore raté mon train.

De peu cette fois. Juste ce qu'il faut.

Mais aujourd'hui, j'ai innové. J'étais prêt à l'heure, j'ai consulté le site de la RATP pour calculer mon itinéraire, j'avais une bonne marge…

Et j'ai commencé à la rogner, cette marge, en finissant un travail, pas grand chose, un petit détail qui me chiffonnait. Je me suis retenu de vider une carte mémoire, sachant que je pouvais le faire plus tard, dans le train.

Puis j'ai croisé mon patron en sortant, alors je me suis arrêté. Mon patron est très sympathique, il est joueur, il tend quelques perches, et comme je suis en forme, je ne lui fais pas de cadeau. Trois minutes de perdues. Pas énorme, mais allez savoir quelle incidence ces 3 minutes peuvent avoir sur la suite des événements.

J'ai suivi l'itinéraire indiqué, au lieu de songer à un itinéraire plus direct. Deux stations, puis un changement, puis sept stations. Il est 17h40, mon train est à 18h20. C"est un peu juste. Déjà, je me demande comment j'ai pu me mettre dans une telle situation…

Et au bout d'une station, le métro en carafe. Le conducteur un peu jeune, qui nous laisse mijoter sans mot dire pendant 5 minutes. Qui nous séquestre à une station de Saint-Lazare, ma correspondance, pour un problème de frein, pas prêt de s'arranger. On le voit passer, de voiture en voiture, rassurant, mesuré. Et il nous lâche : " On va bientôt repartir". On est soulagé. "Cinq à dx minutes, peut-être, je sais pas ". Panique ! On est quelques-uns avec un train à prendre, et pas une marge d'une demi-heure. "Ouais, je vais ouvrir, je pensais pas que ça durerait longtemps…“ Les portes s'ouvrent, la foule descend la rue de Rome vers Saint-Lazare, on ne peut pas se tromper.

A ce moment, c'est déjà fichu, mais je ne le sais pas encore. Je presse un peu le pas, mais je ne suis pas inquiet. Mon sac est trop lourd pour ce genre de marathon et je ne suis pas encore arrivé.

Cela s'annonce pas mal, sur la ligne 13, qui passe par Miromesnil, station toute proche de mon point de départ, mais trop loin pour avoir retenu l'attention du site. Je la connais bien, cette station, je la prends tous les matins, sur une autre ligne.

Et encore, j'ai eu de la chance. Arrivé à Montparnasse, j'aurais pu attérir beaucoup plus loin, à l'autre bout du long couloir connu pour son fauteuil roulant ultra-rapide, cause de quelques chutes.

Une fois dans la gare, devant le tableau des départs, pas de train. L'horloge indique l'heure du départ de mon train, et je ne suis pas dedans, c'est fini. Je ne sais même pas à quel quai il se trouve, portes closes, vain espoir de monter dedans. C'est par chance que je tombe dessus, quai n°20, où une chef de gare me dit gentiment que les portes sont fermées. Je la remercie sincèrement, et je me dirige vers une borne pour échanger mon billet, j'ai la technique, ce n'est pas ma première fois.

Elevés à la RATP, d'aucuns imaginent qu'on peut sauter dans la train au dernier moment, peut-être obtenir la réouverture en passant un bras, un pied, ou en faisant les yeux doux au conducteur, qui vous verrait à deux kilomètres, et ferait attendre quelques centaines de personnes parce que vous n'êtes pas capable d'arriver à l'heure. Ne rêvez pas. Le train tient plus du projet lunaire, on juge la qualité du service en particulier sur la ponctualité des trains, au départ comme à l'arrivée.

Changement de billet, pour ma peine, je serai contraint de voyager en première, pour pas très cher. Une demi-heure de décalage seulement, une chance que le train suivant ne soit pas plein. L'honneur est sauf : je ne dormirai pas chez moi ce soir !

Je passe mon coup de fil à la famille qui m'attend, pour l'informer du décalage. Je tombe sur le répondeur, qui comprend parfaitement, lui, qu'on puisse rater un train. Et du coup, j'ai le temps de prendre de l'eau, je mets des pièces dans la machine, je sélectionne consciencieusement une rangée vide, ma contribution aux bonnes oeuvres de Selecta.

J'ai eu le train suivant, ne vous inquiétez pas, l'histoire est terminée. C'est d'ailleurs dans le train que j'écris ce billet, en me demandant si la prise de courant remplit bien son office, l'indicateur de charge de mon powerbook ne montrant pas le symbole habituel.

Pour être honnête, il m'a manqué 8 bonnes minutes. Car ce n'est pas le tout d'arriver sur le quai, il faut parfois remonter très loin pour trouver sa place. Ces huit minutes, je les ai eues, à plusieurs moments de la journée; j'ai pris une succession de décisions qui m'ont conduit tout droit à l'échec. Mat en huit coups. Je n'ai jamais été très bons aux échecs.

J'ai de la chance. Je suis en route, je serai un peu en retard, rien de dramatique. Alors je ne vais pas me plaindre. Mais qu'est-ce que j'ai soif !