Pas facile d'être cool sur le marché du téléphone portable, quand on vient de l'informatique.

Apple semble honnête dans sa démarche, offrant le meilleur de la technologie au prix le plus juste. C'est un peu cher, mais beau et tellement pratique.

Le client Apple doit se faire une raison : s'il veut profiter du bond technologique bi-annuel de la marque (et de l'industrie en général), il doit composer avec le fait que tout matériel acheté devient automatiquement obsolète tous les six mois, parfois même plus rapidement; son prix aussi ! Si on calcule mal sa date d'achat, trop près d'une Apple expo par exemple, on s'expose à une grosse déception.

Cela tient au culte du secret de la marque la plus innovante du marché de l'informatique, composant primordial de sa stratégie, savant mélange de technologie et de marketing. Dans un contexte extrêmement concurrenciel, Apple ne peut pas se permettre de laisser filtrer la moindre information, perdant nécessairement au passage les consommateurs les moins aguéris.

Les acheteurs d'Iphone de la première heure ont fait une douloureuse expérience : ils n'ont pas voulu attendre, ils ont payé le prix fort. Deux mois après sa sortie, Steve Jobs a en effet annoncé une baisse de 200 dollars, une baisse aussi spectaculaire que soudaine. Une aubaine pour le futur acheteur, une "arnaque" pour celui qui a acheté le produit plus de deux semaines auparavant.

Le client Apple le sait bien : il ne faut jamais acheter une première génération de produits.

Apple teste son produit en le mettant sur le marché : c'est le seul moyen de le connaître vraiment, en situation réelle, dans les mains du client acheteur (paying customer), ses réactions étant plus révélatrices que celles d'un béta-testeur qui n'a pas dépensé un sou ou d'un employé de la firme californienne.

Au bout de quelques semaines de ventes, on connait généralement mieux le produit : son design définitif, ses capacités réelles, ses petits défauts, et du même coup l'intérêt réel de l'investissement. En quelque sorte, les premiers acheteurs décident du succès d'un produit Apple.

Tout en poursuivant ses recherches, la firme californienne attend elle aussi les réactions du public pour préparer son deuxième essai, qui peut intervenir sous la forme d'une mise à jour au bout de six mois, ou bien d'un changement radical un an après.

Dans la cas de l'Iphone, premier pas d'Apple sur le marché de la téléphonie mobile, un changement brutal de stratégie vient d'intervenir à peine 2 mois après le lancement des ventes, mais 8 mois après la toute première présentation du produit au public, selon une stratégie clairement agressive. Comme lors de la sortie de l'ipod shuffle, un baladeur mp3 caché dans une clé USB2 à un prix deux fois moindre que ceux de la concurrence, Apple a saisi l'opportunité de tuer le marché. Le but avoué est de toucher le grand public d'ici Noël.

Seulement voilà, un client, ça se respecte. Steve Jobs a dû présenter ses excuses au possesseurs d'iPhone, et la firme a logiquement offert de compenser une partie de la perte engendrée par cette baisse de prix sous forme d'avoir… sur un prochain achat Apple ! Si si, c'est un geste, ce n'est pas une démarche purement marketing… D'aucuns prétendent déjà qu'il ne s'agit pas d'une baisse de prix audacieuse, mais la révision d'un prix de départ sciemment gonflé afin de mieux profiter de l'enthousiasme du lancement de l'Iphone.

Cette expérience témoigne de la difficulté à sortir des bons produits, au bon moment, au bon prix. Apple innove, étonne, ravit… mais la recette de son succès peut aussi bien causer sa perte !