Petite histoire de l'art
Par Admin le dimanche 28 octobre 2007, 02:09 - Technologie - Lien permanent
Vous avez peut-être raté une émission de Bernard Pivot au cours de laquelle Guy Béart tenta de faire admettre à Serge Gainsbourg que la variété était un art majeur. En vain bien entendu, déjà que Gainsbourg n'était pas commode sur un plateau de télé, mais essayer de comparer "Le petit pont de bois" d'Yves Duteil à une symphonie de Mozart, ça reste une belle bavure ! Rien n'arrête un artiste qui défend son fond de commerce.
Le bon point de Béart, c'est la mélodie. Il y a forcément du génie dans la composition d'une bonne mélodie, que ce soit à la guitare ou au tuba. Mine de rien, Duteil et Béart ont vécu de leur guitare, il y a forcément quelque chose de magique.
Le vice, en revanche, c'est de franchir le gouffre entre une mélodie de guitare accompagnée d'un chant et une symphonie. Le même gouffre qui sépare les frères Bogdanov d'Einstein.
Imaginez le compositeur qui écrit une symphonie sur une portée, transcrivant sur papier tout l'orchestre qui joue dans sa tête. On parle de génie; de capacités cérébrales hors normes. Un sens inné de la composition. Reste encore à convoquer un orchestre pour savoir ce que ça donne, affiner, retravailler, mais en somme, tout est déjà écrit.
Ce génie-là, c'est ce qui fait toute la différence entre un art majeur et un art mineur.
Voilà qui est dit.
Mais cet art majeur est-il réservé pour autant aux génies ?
Aujourd'hui, la technologie permet de répondre à cette question.
Prenons l'exemple de Garage Band, le logiciel de composition musicale signé Apple.
Les instruments sont là, la timeline vous attend. Au lieu de tout arranger dans sa tête à grands renforts de mescaline, on peut tenter d'approcher le génie en créant, petit à petit, de clic en clic à la souris, de véritables symphonies. Cela peut prendre des heures, des mois, des années, il faut simplement penser à sauvegarder. Le principe est de pouvoir travailler à l'envi, avec autant de pistes et d'instruments que nécessaire, un morceau d'une durée virtuellement illimitée dans le temps. On peut multiplier les variations d'un même morceau, faire une pause d'un mois, reprendre où on en était.
Pensez à Dr Dre, qui reste des nuits entières dans un studio à retravailler un beat. Un studio qui coûte les yeux de la tête !
On peut exporter une version intermédiaire du morceau vers Itunes, puis vers un ipod, et le réécouter en boucle. S'éloigner de la machine pour retrouver le plaisir de l'écoute, devenir simple auditeur, prendre du recul.
La composition à portée de quidam.
Bien évidemment, sans talent, on ne va pas bien loin. On peut s'amuser, jouer les copistes, proposer des remixs de morceaux connus, et c'est déjà ça.
Mais le réel progrès, à la fois technologique et social, c'est l'opportunité de révéler son talent. Plus besoin d'instrument, d'inscription au conservatoire, d'accès privilégié à la musique. Il faut avoir accès à un ordinateur, cela reste une sélection en soi, mais dans une moindre mesure. Les ados peuvent laisser de côté MSN et se mettre à l'œuvre, essayer de composer eux-mêmes leur morceau de techno pour un prochain anniversaire. On peut tester en quelques clics son aptitude musicale - sens du rythme, oreille, sens de l'harmonie…
Avec un peu de travail, le petit génie en herbe peut faire partager son art naissant à ses copains, par mail ou via des sites tels que myspace. Une fois convaincu de son envie et de son talent, il peut jeter son dévolu sur un instrument réel et enrichir son approche de la musique.
Et avec un outil comme Garage Band (Apple), à talent égal, on a certainement plus de chances d'approcher l'art majeur que Guy Béart avec sa guitare.