Ne pas confondre piratage et téléchargement
Par Admin le dimanche 25 novembre 2007, 18:21 - Technologie - Lien permanent
Très bonne nouvelle dans Le Monde daté du samedi 24 novembre, en ce qui concerne la Culture et internet.
Incroyable page de bon sens, de logique et de choses accomplies par Denis Olivennes, par ailleurs PDG de la FNAC (dont je suis, comme beaucoup, heureux client, mais cela n'a rien à voir). Après des années de politique de l'autruche côté fournisseurs d'accès, d'abus démesuré de la part des internautes, et de coups d'anti-pub regrettables de la part des autorités et des acteurs des différentes industries contrariées (disque, cinéma…), voici enfin une initiative utile et salvatrice pour régler le problème du téléchargement illicte sur internet.
Le problème était simple : c'est comme si une faille dans la système de distribution avait permis à tout le monde de pomper l'électricité d'EDF sans payer de facture, ou à consommer de l'eau sans payer. Beaucoup de gens ont vu dans leur abonnement à internet un moyen très avantageux de s'offrir en toute impunité, en toute gratuité et par milliers chansons et films, du plus ancien au plus récent, immortalisant sur disque dur certains films avant même leur sortie en salles !
Le succès de l'internet haut débit en France était un signe fort : persone n'a besoin de plus de 512k pour consulter ses mails ou surfer. Le nerf de la guerre, c'était le gain de temps des téléchargements, devenus presque instantannés pour les modestes fichiers musicaux, plus raisonnables pour les contenus plus longs comme les séries ou même les films (de quelques jours en risquant une coupure, à quelques heures en toute fiaiblité aujourd'hui pour un film de 2 heures). Le téléchargement devenait aussi instantanné que l'achat, plus pratique, décourageant l'internaute de toute consommation payante. Aujourd'hui, on trouve même des jeux Wii sur le réseau, les subtilités consistant dans la gravure du produit sur DVD et dans la pose d'une puce sur la console.
En accord avec les différentes parties concernées, Monsieur Olivennes serait parvenu en proposant 3 mesures à tordre le cou du téléchargement illicite, source caractérisée de piratage, véritable menace pesant sur les modèles économiques des secteurs culturels. Les fournisseurs d'accès sont renvoyés à leur responsabilité première : ils contrôlent votre débit, savent ce qui se passe sur la ligne, ils peuvent distinguer un téléchargement illicite d'un téléchargement normal. Bientôt, si vous utilisez votre abonnement pour télécharger des données de manière illicite, vous aurez droit à un avertissement, puis un second en cas de récidive, après quoi vous risquerez de perdre votre abonnement. Le système, qui s'inspire directement du permis automobile à points, n'est donc pas directement répressif : on ne risquera pas la prison pour téléchargement illicite.
Seule ombre au programme de Monsieur Olivennes, mais de taille : il ne faut pas confondre piratage et téléchargement. Le téléchargement est pratique, mais absolument pas nécessaire au piratage. Les gens ont une vie en dehors d'internet. Ils se fréquentent, se déplacent. La prolifération et l'augmentation exponentielle de la capacité de stockage des disques durs externes à des prix toujours plus abordables facilite comme jamais la circulation hors-réseau (off-line), des données, de proche en proche (comptez 150 euros pour un boîtier de 500 Go qui se transporte dans un sac à main, l'équivalent de 500 à 800 films ou de 100 000 chansons). Après des années de piratage massif, les pirates en tous genres, "petits" ou "grands", n'ont plus besoin du réseau pour se fournir en contenus.
A l'aide de programmes assez répandus, un DVD se rippe en quelques heures, un CD s'encode en quelques minutes (l'encodage de CD est une fonction d'Itunes, édité par Apple). Ils deviennent alors des fichiers numériques parfaitement autonomes et mobiles. Il suffit de quelques clients parfaitement légaux au sommet de la hiérarchie, qui montrent patte blanche régulièrement en se fournissant à la Fnac (par exemple), pour animer un réseau particulier susceptible de toucher des milliers de consommateurs qui ne débourseront toujours pas le moindre euro dans un magasin, mais qui continueront à se divertir gratuitement. Une fois internet coupé au piratage, combien de temps va-t-il falloir pour voir se développer le traffic de disques durs ultraportables gavés de contenus piratés, d'une manière ou d'une autre (une pratique déjà bien ancrée chez les ados et jeunes adultes) ? Les pirates, tolérés depuis trop longtemps par l'immobilisme ambiant, ont des années d'avance sur le système. Et je parie qu'ils ont assez de stock pour tenir leur propre boutique virtuelle, même sans internet, contournant ainsi tout contrôle sur le téléchargement.
Autre secteur en difficulté mais rarement mentionné, l'Édition est au cœur d'un problème épineux : un livre de 200 pages au format pdf pèse bien moins lourd qu'un film, favorisant l'échange de produits en passant sous le radar des autorités, qui auraient tendance à traquer les gros fichiers. Cela concerne des secteurs comme l'Industrie du Livre et de la bande dessinée, soumis à des coûts de productions importants.
Monsieur Olivennes a certes accompli un énorme travail et a rempli une partie de sa mission, mais la bataille contre le piratage est loin d'être jouée.
Commentaires
Je ne crois pas que sans internet les pirates pourront continuer "tranquille" leurs exploits. Le web reste le moyen efficace, fiable et rapide qui permet à un fichier de traverser l'antlantique en quelques heures et d'arriver en france avant sa sortie.
Ok, comme à l'époque lorsqu'on s'échangeait les copies de K7 audio, que l'on dupliquait les VHS entre pote, l'échange de "services entre voisins" se fera toujours mais il faut avouer que ce sera plus compliqué et moins bien (choix restreints, délais allongés…).
Il ne faut pas oubier - pour équilibrer - que les industriels du disque et du cinéma sont grandement responsables de leur "faillite" : ils n'ont pas voulu utiliser de nouveaux modèles de vente et ont préférer crier au loup en brandissant des chiffres invérifiables de pertes astronomiques.
Si Apple ne leur avait pas montrer comment faire la situation serait encore pire aujourd'hui. Pourquoi Universal (par exemple) ne vend pas sur son site web les musiques de ses artistes ? Ikéa le fait bien avec ses meubles !
En gros je ne télécharge pas illégalement et je pense que les PDG de ces industries sont des crétins.
J'ai toujours été dérangé par les pertes astronomiques dont tu parles, dans la mesure où elles correspondent à un manque à gagner supposé sur des produits qu'on n'a pas su mettre sur le marché de manière appropriée. Le téléchargement illicite est controversé à plus d'un propos : par exemple, moi qui télécharge du Saturday Night Live régulièrement, des programmes diffusés sur des chaînes américaines, à quel moment va-t-on considérer que je fais perdre de l'argent à quelqu'un ? À une chaîne hertzienne, qui comptait recycler les blagues et nous les servir remixées par un comique français ? Faut-il tenir compte du retard des chaînes françaises pour découvrir les nouveautés américaines, comme Californication (avec David Duchovny, héros de X-Files)? Quand on voit que M6 a le culot de se targuer de découvrir une série comme Prison Break et d'en faire une campagne de pub en 4x3, ça me fait beaucoup rire. Amazon.com est bien plus visionnaire, si on va par là, puisque c'est là que j'y ai découvert le DVD de la saison 1, bien avant sa diffusion sur M6 (et son pitoyable rebranding musical signé Faf Larage). La question se pose : faut-il tenir compte de la future (potentielle) exploitation des contenus avant d'oser télécharger ?