Quoi de pire qu'un jeune blasé ?

Un jeune, c'est frais. Il a la vie devant lui. La France compte sur lui !

We want you !

Alors pourquoi est-ce qu'il arrive chaque année sur le marché du travail des jeunes pas frais ? Des gens fatigués par leurs études qui pensent trouver du réconfort et du repos en entreprise.

Ah oui, un jeune, c'est mal payé. Parfois, même pas payé du tout (ça s'appelle un stagiaire ou un apprenti).

D'un autre côté, en entreprise, on rémunère des compétences. De l'expérience. Un apport.

Quel que soit le côté, du reste, une entreprise exploite. Et si possible, elle abuse. Alors quand elle tient un jeune sans expérience, le moins qu'elle puisse faire, c'est le faire turbiner pour pas trop cher, échange de bons procédés : on te prépare une place pas trop mal, on te réserve un bureau, du matériel, mais il faut que tu nous montres de quel bois tu te chauffes pour un salaire misérable dans un premier temps. Tout le monde passe par là, et certains se surpassent. On appelle cela "faire ses preuves". Chaque seconde compte, il ne faut pas ménager son effort.

Le problème n°1, c'est quand le jeune arrive au raisonnement suivant : vu que je ne suis pas payé, je ne vois pas pourquoi je me fatiguerais. Il oublie qu'il ne travaille pas proportionnellement à son salaire (une modique compensation à ce stade), mais pour se développer et acquérir des compétences sur le terrain, au contact de professionnels qualifiés, en situation réelle. C'est une opportunité qui lui est donnée, une chance, en vertu de son potentiel, et non de sa valeur réelle pour l'entreprise à son arrivée, quasi-nulle malgré ses diplômes. C'est fou le nombre de jeunes qui perdent de vue cette partie de la réalité.

Le problème n°2, c'est quand le jeune pose la question de la motivation (la sienne en particulier). C'est même une trilogie : boulot chiant, clients pas sympas, patrons tyranniques. On a beau essayer de leur expliquer (phase de rééducation prioritaire) qu'un travail est nécessairement un peu pénible, sans quoi on ne paierait pas les gens pour le faire; que le client n'est pas là pour divertir; que le patron est ce qu'il est, dans certaines proportions, ça reste très normal, et c'est tout le bonheur d'être dans le fauteuil du boss, rien n'y fait.

Cela fait beaucoup de problèmes pour quelqu'un qui devrait lutter pour assurer sa place dans une entreprise, quelqu'un qui devrait se battre pour assurer son avenir.

Ainsi, la situation du jeune en entreprise peut très vite devenir problématique. C'est de l'ordre du malentendu. Un vrai dialogue de sourds.

C'est sans doute le propre du marché du travail : personne n'est jamais content.

Prenons un exemple concrêt. Ma petite jeune à moi, celle avec qui je travaille ces temps-ci, a eu une semaine difficile. Tous les matins au moment de se dire bonjour, on démarre la journée en prenant la température, et voilà mon relevé, représentatif de la fin d'année morose (les chiffres sont moyens et les patrons furieux, les clients fatigués et "pas marrants").

Lundi : fatiguée. Mardi : pas bien. Mercredi : malade. Jeudi : saoulée. Vendredi : pas bien.

On finit par se poser la question suivante : qui a dit à nos jeunes tous neufs qu'il fallait faire la gueule en entreprise ? Qui n'a pas rappelé à ces générations de tous-mous qu'ils sont l'avenir de l'entreprise, qu'ils se doivent d'arriver en forme au travail et avec le sourire ?

Jeunes, s'il vous m'entendez, ayez au moins le respect des moins jeunes qui vous entendent, essayez de vous lamenter un jour sur deux maximum, et apportez la seule chose que vous avez et qui fait votre charme : votre jeunesse ! Et pour ainsi dire, votre dynamisme.

On ne devrait pas vous reprocher votre manque d'expérience, mais on ne devrait pas avoir à vous demander d'être motivé et dynamique.

Question de politesse.