Les critiques de cinéma sont au goût du spectateur ce que les sondages représentent par rapport aux intentions réelles de vote : un indice farfelu.

Dernier exemple en date : Astérix aux Jeux Olympiques, descendu par les critiques, pratiquement à l'unanimité (à l'exception de 20 Minutes, qui lui accorde 3 étoiles sur 4). Peu importe que le film réussisse un carton dès sa première semaine d'exploitation avec 3 millions d'entrées. Un film se juge en salle, pour soi-même, et selon les réactions du public. De ce point de vue, Astérix aux Jeux Olympiques remplit son contrat.

Ce n'est pas un grand film, et c'est là que le bat blesse, eu égard à son budget pharaonique de 78 millions d'euros. Mais le spectateur n'est pas actionnaire, et même si d'aucuns dénoncent une débauche déraisonnable, à la différence des véritables scandales financiers, le public ne paiera pas la facture. Nous ne sommes pas producteurs.

Ce n'est pas du Chabat. Difficile de passer après Mission Cléopâtre, le second volet si réussi d'Alain Chabat. On s'en remet, cependant, l'interprétation du fameux Nul restant très personnelle, parfois même critiquée pour ses écarts par rapport à la BD. Et il est bien rare qu'un même réalisateur enchaîne tous les épisodes d'une série.

Il y a du déchêt. Tout le début du film est parsemé de petits gags inoffensifs, parfois difficiles à identifier - on sourit après coup, mais on rit difficilement. Le pari de Stéphane Rousseau, peu connu en France, semble manqué. Il faut attendre l'apparition de Benoit Poelvoorde pour arracher les premiers éclats de rire à une salle acquise d'avance un samedi soir. Ce qui rate au début finit par réussir, et si ce n'est pour la présence inexplicable d'un Frank Dubosc hors de forme, le film trouve son rythme, les bonnes séquences s'enchaînent.

Alain Delon reste Alain Delon. Pas toujours juste, l'acteur est parfois desservi par une écriture à tendance scolaire : gags convenus, références littérales à sa filmographie, la performance est loin d'être parfaite. Mais, dès le premier plan, la présence est palpable : il s'agit bien du grand acteur français, parfait dans le rôle de César, lui donnant une dimension unique, particulièrement fidèle à la BD. La grande réussite du film. Face à lui, Brutus, craint de tous, redevient un garnement. Chabat en César, mine de rien, était loin du compte.

Du Poelvoorde juste. On l'a vu dans tant de films qu'on eut pu redouter une sensation de réchauffé. Classique dans le Boulet, surprenant dans Podium, le comédien belge trouve le ton juste avec un Brutus méchant, autoritaire et pourtant tout petit devant papa. Courtisan malchanceux, convaincu de sa domination mais dépassé par les événements, Brutus est constamment à côté de la plaque, mais sans en faire trop. Ridicule, mais la tête haute. Qui d'autre pouvait déclamer des vieux succès français ("Besoin de rien / envie de toi") en guise de poésie avec autant d'aplomb ? La plupart de ses scènes fonctionnent parfaitement.

Des invités, c'est la mode, et ce n'est pas toujours bien senti. L'intégration de stars, si elle n'est pas parfaite, revient à un simple exercice de promotion. L'apparition de Danny Brillant, testeur de miroir, eut été excellente si le chanteur ne s'était pas contenté de livrer tel quel le refrain de son tube le plus connu - un petit effort d'adaptation aurait sans doute mieux ancré la scène dans le film, et fait rire davantage. Idem pour l'apparition furtive d'Amélie Mauresmo, joueuse de tennis à la ville et dans le film, ni plus ni moins.

Des invités, c'est la mode, mais c'est franchement mythique quand c'est bien fait : l'apparition de Jean Todt, qui palpe la terre de la piste avant la course de chars, restera dans les mémoires. Zinedine Zidane avec des cheveux, Tony Parker qui dribble Jamel Debbouze, Michael Schumarrer dans son char Ferrari, apportent clairement un plus. Le dernier quart d'heure est, comme le dit si bien 20 Minutes (!), savoureux.

Les amateurs avertis de cinéma ne se retrouveront probablement pas dans Astérix aux Jeux Olympiques, et ne se déplaceront peut-être même pas. Mais il faut reconnaître que c'est un film divertissant, populaire, grand public. Il attirera certainement en salles des gens qui ne s'y trouvent qu'une fois par an, alléchés par une affiche de stars à la française, et c'est une très bonne chose. On rit, on s'amuse, on passe un bon moment. Pas de message sous-jacent, pas de Sarkozy, rien que du divertissement (le timing ne devait pas être bon pour espérer voir une Carlabrunix). Et cela fonctionne. Parfois, les critiques demandent trop à un film, à un réalisateur. Le public, lui, devrait s'y retrouver.