Entre amis, même si ce n'est pas du goût des majors, on s'échange les CD, les cassettes, depuis qu'on est tous petits.

Les DVD n'y font pas exception, d'autant qu'en tant que grand consommateur honnête et régulier, abonné à la Fnac mais aussi à la grande surface du coin quand je suis en province au moment de la sortie de Spiderman 3, je ne pense pas qu'on vienne un jour me reprocher ces échanges à vertu culturelle.

Je fais découvrir un film à un ami qui ne l'aurait jamais acheté de toutes façons, et il me rend la pareille.

Notre cause est donc à l'avantage des distributeurs, puisque nous jouons le rôle de commerciaux de proximité, avec le meilleur argumentaire de vente : le produit lui-même.

Seulement voilà, cette activité n'est pas sans risques.

Tout récemment, j'ai découvert un film que j'avais déjà aperçu dans les colonnes du magazine britannique Empire, l'été dernier. Le DVD en main, persuadé de l'avoir manqué lors de sa sortie en salles, reconnaissant que je ne serais probablement pas allé voir un western, même avec Russel Crowe et Christian Bale, je ne me suis pas méfié. J'ai donc vu 3:10 to Yuma dans mon salon, par une nuit sans lune courant février. Pas mal. Satisfaisant. Quelques petits détails fâcheux, des petits problèmes de cohérence, mais de la performance d'acteur, une réalisation soignée, du rythme. Un bon film.

Le bémol, c'est que je n'ai pas encore raté ce film au cinéma, puisqu'il ne sortira pas en France avant un bon mois.

Mince.

Mais alors, je suis fraudeur ? Au lieu de payer ma place pour voir ce film, je n'ai fait qu'emprunter un DVD à un ami, lésant au passage le distributeur, expliquant en partie l'éternelle crise du cinéma en France ? Je me serais permis de voir un film avant que les distributeurs de ma région ne décident de le présenter ! Sacrilège. Crime de lèse-distributeur.

Bon, pas de panique.

Le distributeur, je ne sais pas, mais l'Industrie du cinéma, je l'aide à prospérer. En quelques jours, j'ai vu 2 fois Astérix aux Jeux Olympiques, puis Jumper, Bienvenue chez les ch'tis et Le dragon des mers. J'ai même consommé du popcorn et de l'eau plate, à un tarif défiant toute concurrence puisqu'il n'y a pas de concurrence à l'intérieur d'un cinéma.

L'industrie du DVD, mon ami la fait prospérer à lui tout seul, et je l'aide un peu, avec une collection de 400 titres qui augmente au rythme de 4 DVDs par mois.

Et ce n'est pas la première fois que je vois un film en avant-avant-première dans mon salon : il y a quelques années, pour découvrir un film de Spike Lee qui n'est sorti sur les écrans français que 3 ans après sa sortie américaine, He got game, j'ai dû commander le DVD sur un site américain (DVD express à l'époque).

Quand un distributeur estime que le public français n'a pas à voir certains films, clairement, je n'ai aucun scrupule à lui couper l'herbe sous le pied, évitant au passage le rebranding à la française, comme M6 l'a imposé sur une série comme Prison Break, au générique relooké par Faf Larage.

Et puis si ça se trouve, j'irai effectivement voir 3:10 to Yuma en salles, quand il plaira aux distributeurs de le sortir, car j'adore le cinéma.

Et quant à la crise du Cinéma, dont les tarifs augmentent aussi vite que le prix du ticket de métro (métro ou ciné, il faut désormais choisir), le succès logique d'un film bien fait comme Bienvenu chez les Ch'tis donne une excellente base d'analyse : travaillez bien, les gens ne demandent qu'à venir au cinéma, il faut tout simplement arrêter de se moquer d'eux.