Poker style
Par Admin le mardi 11 mars 2008, 08:20 - Cinema - Lien permanent
Est-ce que vous l'avez ? La bonne idée, la bonne main. Est-ce que c'est la meilleure ? Est-ce que vous seriez prêt à miser toutes vos économies dessus ?
Ou bien est-ce qu'un voisin, un concurrent, pourrait avoir mieux ? Ou encore, est-ce que la situation est bien favorable à votre projet ?
En un mot, est-ce que le succès est garanti ?
Si vous vous posez toutes ces questions, vous pourriez probablement jouer au poker. Devenir entrepreneur. Ou même producteur de films pour le cinéma.
Prenons l'exemple de Thomas Langmann, qui vient de lancer sur les écrans un des grands films français (ou Européens) de l'année, Astérix aux Jeux Olympiques (3ème de la série). Le pari est de taille, puisque la mise est la plus grande attribuée à un film français, de tous les temps (à part peut-être Le 5ème élément, de Luc Besson, estimé entre 75 et 90 millions d'euros, selon la source). Avec 3 millions d'entrées lors de la première semaine d'exploitation, la partie semblait bien engagée, malgré des critiques atroces.
Seulement voilà, depuis la sortie de "Bienvenue chez les ch'tis", qui cartonne encore plus, la partie a pris une toute autre tournure. Ce deuxième film ne risque-t-il pas de couper le second souffle que cherche le premier ?
D'aucuns argueront que les deux films ne touchent pas exactement le même public (l'un affiche clairement une ambition européenne, avec 6000 écrans à sa sortie, tandis que l'autre s'adresse à un public national), mais il faut reconnaître une certaine limite à la population française qui se déplacera en salles pendant une période donnée. On peut ainsi se demander s'il était opportun de faire sortir pratiquement en même temps deux aussi grosses productions, ce qui forcera sans doute certains foyers à choisir.
Cependant, étant donné le lien de parenté entre les producteurs des deux blockbusters (Thomas Langmann est le fils de Claude Berri, lui-même producteur du précédent Astérix, dirigé par Alain Chabat), on aurait tendance à penser que c'est mûrement réfléchi. Cela implique alors une stratégie d'émulation : la compétition entre les deux géants ajouterait un intérêt. Que l'un ou l'autre fasse déplacer une certaine population, allant rarement au cinéma, peut ainsi profiter à l'autre, dont les affiches rarement très éloignées peuvent inciter à revenir. La pari, commun, serait peut-être de faire déplacer deux fois, et non une seule, les plus réfractaires au grand écran. L'appétit vient en mangeant.
De plus, l'espace occupé par la couverture médiatique des deux projets permet d'élargir la vitrine du cinéma français. C'est l'événement !
Au poker, le fait d'avoir deux pointures qui misent gros peut inciter les autres joueurs à dépenser leurs jetons. C'est la surenchère. La table est plus vivante, les probabilités s'affolent, le jeu est lancé. Et, c'est bien connu, les requins ne se mangent pas entre eux. La "compétition" ne tournera donc pas au pugilat.
Au bout du compte, la production, vous l'aurez compris, c'est une histoire de gros sous. L'investisseur, le producteur, tout ce petit monde joue forcément au poker ! L'aspect financier de ces projets est encore mal perçu en France, comme si le Septième Art pouvait échapper à tout considération économique. À tort ? Pas toujours. On se demande parfois à quel moment, en voulant faire de l'argent, les responsables finissent par oublier de faire du cinéma…