La saison NBA qui s'achève est un bonheur inestimable pour les sceptiques (de Boston ou d'ailleurs). Les théories de complot, réservées autrefois aux blogs obscurs d'ados marginaux, apparaissent de plus en plus dans les colonnes des journaux nationaux. Il faut dire que l'actualité de la ligue de basket américain est si déroutante, la réalité dépasse largement la fiction ! Et c'est vendeur.

La mégastar de la saison, qui n'a pas joué le moindre match, c'est Tim Donaghy. Son arme à lui, c'est le sifflet. Son vice : le jeu. Criblé de dettes, l'arbitre aurait donné des informations sur nombre de matches NBA au cours des dernières saisons, incluant des rencontres auxquelles il aurait lui-même participé. Quand on connaît le poids des arbitres sur une rencontre, avec la capacité de siffler une faute discutable pour obliger un joueur important à rejoindre le banc de touche à un moment opportun, ou tout simplement à asséner la paire de fautes techniques expédiant ledit joueur au vestiaire, la méthode était facile à appliquer.

Avec une telle révélation, on pouvait s'attendre à un véritable raz-de-marée. On attendait avec inquiétude la première rencontre dont le sort serait scellé par un coup de sifflet, la première erreur d'arbitrage qui eût changé le cours d'un match. Arbitre vendu ? Erreur banale particulièrement mal venue ? Comment savoir ?

Et pourtant, l'affaire n'a jamais rebondi. Malgré les révélations du fautif, selon lesquelles les rapports entre les joueurs, arbitres et entraîneurs fausseraient systématiquement les rencontres. La NBA a vite réagi, accordant peu de crédit au témoignage d'un ancien employé, aujourd'hui reconnu comme criminel, cherchant clairement un moyen de sauver sa peau, ou du moins de réduire sa peine.

L'un des principaux jobs d'une ligue comme la NBA est de contenir ce genre d'affaires, qui ne feraient qu'alimenter une suspicion latente évidente. En effet, nombreux sont les fans qui doutent, à tort ou à raison, de l'honnêteté de la ligue.

C'est curieux, cette suspicion qui plane autour d'un sport dont l'attrait principal est son aspect imprévisible, ses exploits inimaginables. C'est si exaltant de voir une équipe prendre soudainement l'avantage, cumuler les exploits personnels et remporter la victoire. Mais alors, faut-il s'extasier, ou bien se poser des questions, ouvrir une enquête une fois l'euphorie passée ?

Soudain, une équipe qui compte 20 points d'avance perd sa concentration et le match, en quelques minutes. Exploit offensif ou abandon volontaire ?

À Miami, après un début de saison catastrophique, marqué par le transfert de Shaquille O'Neal à Phœnix, c'est l'hécatombe. Shawn Marion, Dwyane Wade et consorts finissent à l'infirmerie, l'entraîneur se permet même de rater quelques matches pour aller observer des rencontres universitaires, l'idée étant de ne surtout pas redresser la barre, de finir bon dernier et de décrocher, sans doute, l'une des 3 meilleures recrues pour la saison prochaine.

Pendant les play-offs, toutes les équipes ont gagné à domicile. Logique parfaite ou preuve irréfutable d'un arbitrage favorable à la maison ?

Et cette finale de rêve qui opposerait les Los Angeles Lakers aux Boston Celtics ? Ce duel de légende, fleuron des années 80, lorsque la basket pro américain est devenu un sport de premier plan. C'est un rêve très corporate, ça. Très marketing. Un rêve qui n'aurait jamais pu se réaliser sans deux des transferts les plus suspects de mémoire de fan : la venue de Kevin Garnett à Boston, un deal conclu entre deux anciens Celtics champions en 1986, Kevin McHale et Danny Ainge, précipitant la pauvre équipe de Minnesota dans les limbes du classement ; l'arrivée de Pau Gasol à Los Angeles, en échange de quelques joueurs sans avenir, garantissant à l'énigmatique club de Memphis quelques saisons à l'ombre.

Ces transferts, cependant, ont un intérêt majeur : ils sont excellents pour les stars concernées. Garnett et Gasol ont fait une affaire fantastique en déménageant, après quelques saisons à trimer dans l'obscurité.

Complot ou exploit, le champion NBA sera porté aux nues, comme chaque saison. Et si Kobe Bryant ou Kevin Garnett, deux champions incontestés, se retrouvent sur le podium, tout le monde s'y retrouvera. Alors on ne va pas se plaindre…