Des nouvelles d'Hollywood, rapportées par mon ami Nicolas Copin, sur son blog. Il revient. Après Batman et Superman, c'est Robocop qui profite des progrès techniques et cinématographiques, ainsi que du renouvellement de génération, et de la grande place désormais attribuée aux héros de comics sur le très grand écran, pour dépoussiérer une franchise qui avait bien mal tourné.

Si vous avez raté Robocop, l'œuvre mythique de Paul Verhoeven (qui a enchaîné sur Basic Instinct et Starship Troopers, entre autres), vous n'avez probablement pas vu Robocop 2, d'Irvin Keschner, une suite inégale mais passable. Robocop 3, lui, n'est sorti que dans quelques vidéo clubs.

Si vous avez vu le premier Robocop, vous avez peut-être été scandalisé par la violence, l'apparition du gore dans un film difficilement classable. Il était interdit aux moins de 13 ans lors de sa sortie en salles, car il dénote un rapport à la vie humaine, et particulièrement au corps humain, propre à Verhoeven : dans un film bien structuré et l'ambiance basique, quand ça saigne, ça ne coule pas, ça éclate. Du pré-Tarantino caractérisé.

Après le succès de Batman Begins, restart insipiré d'une franchise épuisée et décousue, le policier robot peut donc revenir. Les studios ne sont pas dirigés par des gens originaux (artistes ?) : ça marche chez les copains, alors on fait pareil.

Il faut se rappeler le succès de Strange Spécial Origines, recueil mensuel de comics qui permettait aux fans de redécouvrir des héros bien ancrés dans leurs formules respectives; on y faisait la lumière sur des aspects souvent méconnus de leur personnalité, généralement liés à leur génèse ou à un épisode marquant de leur carrière.

Le spectateur, cible théorique de ces œuvres (produits ?), pourrait se plaindre de la pauvreté artistique d'une démarche qui vise à intégrer systématiquement le pourquoi du comment de chaque personnage de chaque film. C'est une option, pas une nécessité.

En l'occurrence, dans The Dark Knight, on évoque ici et là l'origine du joker, mais il n'y a pas de séquence dédiée - le fameux flashback nous a été épargné. Sans ce détour, on entre ainsi dans le vif du sujet, le joker reste entier dans son mystère. Et même quand il parle de son père, qui lui aurait infligé les cicatrices qui le caractérisent (le sourire étendu), il reste maître du récit. Après tout, il raconte peut-être cela pour se donner un genre dramatique : allez savoir s'il ne s'est pas tailladé lui-même le visage sans autre raison que, justement, la perte de la raison (cf. "Souriez", the killing joke, classique de Brian Bolland et Allan Moore).

Mais voilà. Le spectateur intéresse les studios pour sa capacité à payer sa place, pas pour son point de vue artistique. On veut qu'il se déplace, qu'il ait envie de voir, qu'il paye, pas nécessairement qu'il soit à l'aise une fois qu'il s'assied dans la salle. Pas nécessairement qu'il soit satisfait - il ne reviendra pas pour ce film-là, mais son insatisfaction le motivera probablement à tenter sa chance ailleurs, et c'est bon, globalement, pour le cinéma.

Ainsi revient Robocop, dans ce qui ne serait ni une suite, ni un remake, mais probablement un nouveau regard sur le même personnage, comme Marvel se l'est permis avec Hulk. On ne prend pas les mêmes, mais on recommence. Comme si Verhoeven n'avait jamais existé. Puisque ça marche.

En termes de stratégie, on peut se demander si l'effet de modene va pas finir par jouer des tours aux "suits" qui dirigent les studios hollywoodiens. Si un jour, Warner décide de faire mourir Batman, va-t-on assister à une hécatombe dans l'ensemble des franchises comics (et assimilés) ?