En chimie, pour mettre en évidence la présence d'un élément, on fait une expérience simple : on crée un environnement témoin, on y injecte une élément connu, et on constate les effets.

En politique, l'expérience a été réalisée sous nous yeux deux fois, au passage à la nouvelle année.

• D'abord, avec les traditionnels vœux du Président de la République.

On parle ici d'un environnement stérile, basique, car il s'agit d'une tradition, d'un protocole. Il n'y a que peu de place pour l'individu, c'est surtout un message du chef de l'Etat à l'ensemble de ses compatriotes.

Comme nous sommes en 2010, notre Président est Nicolas Sarkozy, à qui on reproche toujours de ne pas coller au protocole, de ne pas assez respecter la fonction Présidentielle, d'être trop lui-même et pas assez l'idée que l'on se fait d'un Président en exercice, ce simple message est devenu pour l'opposition une occasion de plus pour critiquer le chef de l'Etat.

Faute !

Que lui-reproche-t-on cette fois ? Comme d'habitude !

Même message d'indignation, même critique systématique d'embellir la réalité, même message d'opposition symptomatique.

Que devait dire le Président de la République ? Devait-il utiliser ce message attendu comme chaque année par l'ensemble de la population afin de dresser un bilan personnel ? Devait-il rompre avec la tradition et employer un ton dur, plomber une ambinace traditionnellement rassurante, faire peur aux Français ?

A un moment où aucune critique n'a d'intérêt ou de fondement, le systématisme d'une opposition robotique, qui se répète sur le même ton à chaque sortie, l'a emporté de manière convaincante. Au lieu de traiter le chef de l'Etat en tant que tel, au lieu de respecter le protocole, au lieu de respecter une trêve annuelle au moment où les Français se reposent en famille pour préparer une nouvelle année, l'opposition a une nouvelle fois politisé, instrumentalisé un rendez-vous médiatique pour renouveler un message de haine et faire son auto-promotion par la critique.

La preuve est ainsi faite, scientifiquement : en milieu stérile, en présence de Nicolas Sarkozy, la Gauche présente le même discours que d'habitude, vide de sens, avide de pouvoir.

• Ensuite, la technologie permettant aujourd'hui de réaliser à moindres frais une vidéo et de la mettre en ligne, afin de toucher une audience potentiellement comparable à celle de la télévision, les prétendants à la Présidence se sont payés une allocution à la manière du Chef de l'Etat sur leur site internet. Il s'agit d'une véritable mise en concurrence des Vœux Présidentiels, des produits alternatifs imitant parfaitement l'original, à consommer immédiatement.

Seulement voilà, il faut se méfier des imitations. La contrefaçon, bien souvent, est de moindre qualité.

La preuve par l'image : composition improvisée, éclairage sommaire parfois carrément raté, aucune comparaison possible : la vidéo, maîtrisée dans le dispositif de Nicolas Sarkozy, orateur largement rôdé dans cet exercice, ne rend pas le même service à ses concurrents.

Le discours ? Toujours consensuel au début, très rapidement recentré sur l'individu, exacerbant le personnage, avec ses qualités et se défauts. Nul, que ce soit Dominique de Villepin, François Bayrou ou Martine Aubry, ne parvient à effacer l'image de l'usurpateur. Il n'y a aucune légitimité à ces vœux, autre que le souci de s'aligner au mieux sur l'image que donne le chef de l'Etat. Les prétendants restent des prétendants. L'illusion ne prend pas. Ce ne sont là que des vœux bis. De bien pâles copies. A l'heure du numérique, on revient aux crachouillis du vinyl, aux petits défauts de l'analogique. C'est un produit pirate, imparfait. Contrefait avec les moyens du bord, avec les qualités réelles des candidats à la candidature.

Il ne faut pas sous-estimer les qualités, pourtant reconnues et parfois agaçantes, de l'actuel chef de l'Etat. En communication, il rêgne en maître.

En l'imitant, les prétendants à la Présidentielle ne se rendent pas service : ils copient, hâtivement, mal, et contribuent certainement, par ces efforts maladroits et désespérés, à creuser le terrible écart qui les sépare du Président de la République. Par ces images bâclées, ils illustrent leur désespoir, ils mettent en images leur défaite. Ils construisent, tous ensemble, la victoire de Nicolas Sarkozy.

Copie, critique, haine teintée jalousie : voici donc les thèmes de campagne pré-Présidentielle qui continueront à polluer les antennes de télévision en 2010 comme en 2009.

2009 n'est plus, vive 2010… Et vivement 2012 !