Quidamned !

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 1 janvier 2008

Fortifications de fête

_MG_5741_palissades_02.jpg

Cette année, une nouvelle mode a fait son apparition sur les Champs-Élysées.

Les touristes, on a l'habitude. Les autochtones éméchés qui viennent s'embrasser à Minuit, c'est une tradition. Les appareils photo se multiplient, mais ne sont pas nouveaux.

La dernière mode, le grand chic, c'est la palissade.

Nombre de grands magasins ont organisé dans l'après-midi, en prévision de l'imprévisible, la fortification de leurs vitrines, comme la boutique Hugo Boss ci-dessus. On pouvait voir des ouvriers poser à la tombée de la nuit des planches de couleur sobre, un bleu nuit sur notre photo, qui donnent à la plus belle rue de la capitale une allure de bidon-ville.

Pour les grandes enseignes qui payent si cher le droit de se montrer sur l'une des artères les plus visitées de Paris, l'heure n'est plus à la pub, mais à la sauvegarde.

À l'origine de cette protection, sans doute une astuce perdue entre deux paragraphes d'un contrat d'assurance.

La Mairie de Paris avait déjà mis en place un service redoutablement efficace pour ramasser les tessons de bouteille par millions qui jonchent chaque année la chaussée entre l'Étoile et le carré Marigny, autant de bouteilles jetées par les badauds bien nigauds qui s'embrassent et se débarrassent, ivres à plus d'un titre dans la célébration du nouvel an.

L'escalade continue.

Désormais, il faut prévoir le pire, l'étape qui précède la guerre civile, le chaos ordinaire d'une fin d'année bien arrosée.

Aujourd'hui, la simple palissade en bois. Demain, le rideau de fer ?

samedi 10 novembre 2007

Eureka : la télé éduque !

Pour ceux qui n'ont pas fait attention, une révolution annoncée depuis des années, sans cesse retardée, a eu lieu dans le calme absolu.

C'est officiel, la télévision remplit enfin sa mission éducative.

Pendant que certaines grandes chaînes déclinaient à volonté la télé-réalité bétifiante, réinventaient le show-business en recrutant des inconnus à moindres frais, c'est France 3 qui a lancé la bonne émission au bon moment, remportant un succès impressionnant, et dont les retombées sont assez délicates à évaluer. Une belle manière de prouver qu'il est possible de réaliser des émissions à caractère éducatif.

Cette émission s'appelle "C'est pas sorcier !", un titre décidément approprié. Au départ, une petite production bien faite, sans grande prétention - comment prédire ce qui va marcher ou pas à la télévision ? Jamy et Fred (et leur équipe) ont réussi à trouver le ton juste, le bon angle pour aborder des sujets aussi complexes que le big bang ou l'évolution. Et attention : il ne s'agit pas de vagues notions à moitié expliquées, dénaturées ou simplifiées à l'excès, pas de langue de bois ou de discours minimal. C'est de la vraie science, expliquée à tous, dans un language simple, avec des maquettes et des exemples précis. Cela parait tout bête, mais c'est très compliqué. Un bel exemple de pédagogie.

Si vous avez des enfants, mettez-les devant le poste, regardez quelques émissions avec eux, prenez le temps de leur expliquer ce qu'ils ne comprennent pas. Et pendant que vous y êtes, perfectionnez vos connaissances. C'est le principe : dans chaque émission, il y a forcément quelque chose que vous ne savez pas, une notion que vous pensez connaître sans vraiment la maîtriser.

C'est ce qu'on appelle le nivellement vers le haut.

Et ça dure. D'émission en émission, quel que soit le thème abordé, la qualité du travail reste constante, et le résultat est là. Tout est clair, on ne s'ennuie pas, on passe même un bon moment, seul ou en famille.

Et cette initiative ne vient pas d'un quelconque ministère, d'un patron de chaîne, d'une star hypermédiatique. C'est le plus bel exemple de réussite, sans tambours ni trompettes. Ce n'est pas Jean-Marie Cavada, avec la cinquième et sa fameuse campagne publicitaire ("Eduquons, c'est une insulte ?"). Finis les discours ésothériques, la bonne volonté, sans réel résultat. Pas de public, pas d'applaudissements, pas de chauffeurs de salle, pas de stars, pas de paillettes.

Une bonne émission éducative, c'est possible. La preuve est faite.

Il faut reconnaître à la direction des programmes, sans qui rien de tout cela ne serait arrivé, deux bonnes idées : la programmation de "C'est pas sorcier !" à des plages horaires appropriées, puis la déclinaison du concept avec des passages en prime time. Il faut du flair pour tenter de tels paris.

On a vu Jamy et Fred revisiter l'Histoire de France. Faut-il leur demander de relooker la messe, avec des passages en latin ?

Une révolution à la fois. Aujourd'hui, la télévision éduque en divertissant - un progrès inespéré.

Lien vers le site C'est pas sorcier
Lien vers le site de France 3

mercredi 7 novembre 2007

Pas beau l'avion

Incompétent ?

Pourquoi tu dis ça ? T'es méchant. Et puis t'es qui pour dire ça ?

Dis donc, qu'est-ce que c'est que ce mauvais esprit ? Je veux pas le savoir, tu n'as aucune raison d'être désagréable. On est une équipe. Déjà que le client nous prend la tête et nous parle comme à des chiens, alors on ne va pas s'engueuler entre nous.

Tu n'as pas gueulé ? Tu as bien dit le mot "incompétent". C'est pas très gentil.

Bon, d'accord, tu n'as pas gueulé. Qu'est-ce que tu es pointilleux !

Enfin, tu n'es pas facile, quand même. Faut être mignon.

Comment ça, tu as dû tout refaire ? On ne t'avait pas dit quoi ? Tu sais, moi, vos histoires…

Bref, essayez d'être un peu plus gentil quand même.

D'abord, tout le monde ici est compétent. Si tu penses qu'on a besoin de formation, faut en parler.

Bon, je file, j'ai des courses à faire et je suis claqué.

C'est ça, on en reparle demain.

mardi 6 novembre 2007

Comme à l'école

L'entreprise, c'est un peu comme un dessin animé.

Il y a dormeur, grincheux, prof, la belle, les clochards…

Un peu comme une salle de classe.

Tellement de gens différents, qui cohabitent parfois plus facilement avec leurs collègues pendant de longues semaines qu'ils ne parviennent à vivre en famille le temps d'un weekend.

Les retardataires, les mieux habillés, les plus bavards, les plus turbulents, les discrets qui n'en pensent pas moins.

Les cancres, rescapés des études avec au moins un bac, c'est la moindre des choses, hissés au sommet en terminale, parfois même à la fac, une première année ici, une année sabatique par là, une petite école de commerce histoire de se faire un réseau, un peu d'alcool, apprendre à faire semblant de travailler, étreiner ses costumes.

Dans le même bureau, il y a ceux qui sont prêts à tout pour garder leur job, d'autres pour le perdre, avec le même acharnement.

Ahurissant, le nombre de gens franchement pas brillants en entreprise, et pas partis pour le devenir ! Ils sont au chaud, la paye tombe tous les mois, on espère que ça tombera toute la vie, sans trop se fouler.

Pas fiers de leur job, pas fiers de leur entreprise, toujours prêts à gueuler quand quelqu'un d'autre n'a "pas fait son boulot"…

Il ne faut pas s'offusquer de voir d'anciens étudiants de grandes facs parisienne ayant du mal à appliquer une simple règle de trois; aujourd'hui, muni d'un diamètre, quelqu'un m'a demandé s'il y avait une formule pour mesure le tour d'un objet… une formule mathématique, peut-être ? π, ça vous dit quelque chose, à vous, les spécialistes du rot ?

Il n'y a pas de cloche le soir (on n'est pas à l'usine !), mais tout le monde part à la même heure. Travail plus ou moins fini. Question de rigueur.

Il y a les braves qui restent, qui trainent, qui font un peu partie des murs. Leurs exploits sont méconnus - tout le monde est parti…

Au bout du compte, quand les notes arrivent… heu, les fiches de paie, c'est la grande surprise. Les primes tombent un peu au hasard, les exclus dépriment. Ce n'est pas le tout de travailler, il faut savoir transformer l'essai, se faire remarquer. Il y en a bien qui se font remarquer sans rien faire.

Tout le monde a gagné. Tout le monde est payé. La vie n'est pas juste, il faut s'y faire.

Dans un pays où 85% des enfants sont faussement accusés d'avoir réussi leurs études, il ne faut pas s'attendre à une quelconque forme de cohérence sur le marché du travail, et par conséquent, en entreprise.

Faute de tri, on est toujours un peu comme à l'école.

Mais que fait le proviseur ?

vendredi 26 octobre 2007

Terminologie du cool

Dans la com, on n'est pas des intellos.

Si on avait fait Polytechnique, on ne serait pas payé à vendre des idées à des vendeurs de yaourts.

On l'aime bien le client, il nous fait vivre juste ce qu'il faut. Il chipote sur les devis, mais bon, on n'a pas trop le choix en même temps. Des fois, le client, il nous met trop la pression. Il nous impose des délais de fou furieux parce que souvent, il comprend pas vraiment notre métier.

Dans le métier, on est obligés d'inventer des mots, parce que c'est pas facile d'exprimer son idée avec très peu de vocabulaire.

Mais la com, au fond, c'est tout simple.

Une pub, c'est carré. Ecran de télé, quatre-par-trois dans le métro, page de magazine. Tout carré, ou rectangulaire si vous voulez, mais vous chipotez. Dans ce carré, on distingue 3 composants : le fond, les textes et les visuels.

Le fond, c 'est le papier. Faut pas que ce soit trop blanc, sinon ça fait vide. Vu ce qu'on facture en fab, vaut mieux pas être radin sur la couleur. La fabrication, c'est tout ce qui tourne autour de l'impression (achat de papier, impression, façonnage, livraison). Vous chipotez, là. Je vais pas tout vous expliquer (j'ai pas le temps). Faites comme moi, quand vous ne savez pas, vous ne dites rien ! Bon, de toutes façons, j'ai besoin d'une petite pause, je vais me fumer une clope, alors je vous accorde encore 5 minutes, mais pas plus, je dois aller à un brainstorming dans 10 minutes (une réunion qui, malgré son nom, ne nécessite pas d'avoir un cerveau).

Les textes, c'est le rédac qui les écrit. Quand le rédac n'est pas dispo, c'est bibi qui s'y colle. Bibi, c'est n'importe qui, après tout, pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour trouver une accroche. Une accroche, c'est un bout de texte qui flotte. Il flotte, quand il est posé sur rien, on a l'impression qu'il est en l'air. Le client aime bien quand c'est aéré, mais faut pas que ça flotte trop. C'est quelqu'un de sensible, le client.

Quand c'est pas du texte, c'est du visuel : reuf (rough = esquisse, un dessin quoi), photo, volume (truc pas plat). Un visuel, faut que ça ait de la pêche. Un visuel pas assez péchu, c'est fade. Faut demander au graphiste de le péchufier un peu.

Le graphiste, il est trop fort, il fait des trucs, je pige que dalle. Des années que je le vois faire, et j'ai toujours rien compris. En même temps, c'est pas mon boulot.

Ce que le client aime chez nous, c'est notre réactivité. Les autres, ils dorment, mais nous, on est réactifs ! On nous demande un truc et paf ! on le fait.

Chipotez pas. Rapide, c'est pas pareil. On est ré-a-ctifs. On réagit. On agit. On est trop forts et les autres ils sont trop nuls.

D'ailleurs, on va faire un pot. Pendant un pot, on n'est ni vraiment au boulot, ni vraiment à la maison, on peut se lacher un peu, mais pas trop. Il y a de l'alcool, des chips, un peu de musique, pour fêter un départ, deux arrivées, une compet gagnée et un nouveau budget.

Quoi, on n'a pas le droit de respirer un peu, de s'amuser ?

Vous chipotez vraiment trop. Vous êtes pas cool. Vous n'avez aucun avenir dans la pub.

jeudi 30 août 2007

Kéké numérique

Intemporel, indécrottable, sublime, le kéké est toujours là où on ne l'attend pas.

Kéké sport, kéké glisse, kéké pro.

Le virage technologique, le bug de l'an 2000, les catastrophes naturelles, rien ne l'arrête.

Dans votre bus, oui, votre bus, il est au téléphone pendant tout le trajet, déjà au travail, il parle vite et fort, comme dans son salon. Il optimise, vous comprenez ?

Quand il arrivera au travail, il commencera par une pause café, il prendra son temps, mais dans le bus, pas de temps à perdre !

Il n'a pas d'éducation, mais une formation professionnelle, vous comprenez ?

Il vit son travail à fond, c'est un killer, il n'a pas le temps pour le reste.

Enfin, si, mais pas officiellement…

Il cultive sa vie privée, toujours des bons plans, qu'il échange sur MSN, ce scandale toléré bien bêtement sur le lieu de travail, qui repousse les réunions, déconcentre en permanence, ponctue la journée comme aucun dossier.

Le kéké, c'est une culture du déplacé en évolution permanente.

Il travaille mal, vit mal, mange mal. Mais il est libre, vous comprenez ?

Libre.

Au boulot, tout est vital.

Le dossier doit partir ce soir. On envoie un coursier, deux coursiers, on refait tout, on fait travailler les autres, surtout. C'est une question de vie ou de mort.

Alors c'est pas pour ces cons du bus qu'il va se gêner, vous comprenez ? C'est vital, on vous dit ! Cela passe avant tout !

Il envoie tous ses mails en "priorité la plus haute".

Ecoute bonhomme, je me fous de ce que tu fais en ce moment, il me faut mon dossier ASAP. Azappe. Me zappe pas. Asse Soune Asse Possibole.

Tout est urgent. Ou parfois méga-urgent. Ultra-urgent. Stratégique. Politique.

Tout est important.

Sauf l'humain.

Dans l'entreprise aujourd'hui, ce n'est même plus le patronnat qui opresse les employés, car il y a des lois, des syndicats, des recours en justice.

Le vrai danger, c'est le kéké.

Nuisible, et pas que dans son entreprise. Nuisible partout, 24h sur 24, 7 jours sur 7.

Infatigable, inévitable, incroyable kéké.

Actuellement, tapant un SMS méga-important dans un cinéma près de chez vous.