Quidamned !

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mardi 1 janvier 2008

Fortifications de fête

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Cette année, une nouvelle mode a fait son apparition sur les Champs-Élysées.

Les touristes, on a l'habitude. Les autochtones éméchés qui viennent s'embrasser à Minuit, c'est une tradition. Les appareils photo se multiplient, mais ne sont pas nouveaux.

La dernière mode, le grand chic, c'est la palissade.

Nombre de grands magasins ont organisé dans l'après-midi, en prévision de l'imprévisible, la fortification de leurs vitrines, comme la boutique Hugo Boss ci-dessus. On pouvait voir des ouvriers poser à la tombée de la nuit des planches de couleur sobre, un bleu nuit sur notre photo, qui donnent à la plus belle rue de la capitale une allure de bidon-ville.

Pour les grandes enseignes qui payent si cher le droit de se montrer sur l'une des artères les plus visitées de Paris, l'heure n'est plus à la pub, mais à la sauvegarde.

À l'origine de cette protection, sans doute une astuce perdue entre deux paragraphes d'un contrat d'assurance.

La Mairie de Paris avait déjà mis en place un service redoutablement efficace pour ramasser les tessons de bouteille par millions qui jonchent chaque année la chaussée entre l'Étoile et le carré Marigny, autant de bouteilles jetées par les badauds bien nigauds qui s'embrassent et se débarrassent, ivres à plus d'un titre dans la célébration du nouvel an.

L'escalade continue.

Désormais, il faut prévoir le pire, l'étape qui précède la guerre civile, le chaos ordinaire d'une fin d'année bien arrosée.

Aujourd'hui, la simple palissade en bois. Demain, le rideau de fer ?

lundi 17 décembre 2007

Aux frontières du libre-service

Les grandes surfaces, c'est un peu comme les casinos. En mouvement perpétuel, tout est bon pour surprendre le client, pour satisfaire de nouveaux besoins, stimuler l'acte d'achat.

C'est très technique, la commerce. C'est pour ça que vous ne retrouvez jamais votre rayon, votre étagère : ce chamboulement est calculé pour vous faire perdre vos repères et vous inciter à découvrir les autres produits, les autres marques, notamment la marque maison, aussi bien mais moins chère que votre marque habituelle catapultée en haut du rayon, quand il en reste.

Vous croyez aller et venir librement dans le magasin, mais vous suivez un parcours pré-établi, vous rebondissez d'offre en offre, le paquet bleu vous fait fuir et le paquet rouge avec la grosse promo jaune vous attire.

Bon, il ne faut pas exagérer, la grande distribution n'est pas une science exacte.

Il y a une grande place pour la pratique, l'expérimental, les initiatives de chaque responsable de magasin. Tout ne vient pas d'en haut.

Dernier exemple en date, la trancheuse en libre-service.

Ne cherchez pas de vendeur, d'assistant, de coach. Si vous voulez du pain tranché, il va falloir retrousser les manches et le faire vous-même. C'est facile et sans danger, c'est écrit sur un grand panneau.

C'est une étape-clé dans l'évolution du statut de client, une mini-révolution. Le client devient actif !

Non content d'être captif, le client devient lui-même pendant 30 secondes un employé, le salaire en moins (vous perdez dans l'affaire 0,07 euro). Pour l'instant, l'usage de la machine est gratuit, et vous ne payez pas la coupe (comptez 0,15 euro dans certaines boulangeries).

L'avantage, c'est que si vous estimez que le pain n'est pas bien coupé, vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous-même. Et d'un point de vue comptable, c'est remarquable : pourquoi payer un employé pour une tâche que le client peut exécuter lui-même ? On sent la trouvaille du cost-killer (littéralement, le tueur de coûts, celui qui élimine les dépenses, le nettoyeur de gaspillage qui va souvent un peu trop loin, mais qui rapporte gros aux entreprises la première année).

Quelles seront les prochaines évolutions ?

Doit-on s'attendre à voir une éponge à la caisse, avec un petit panneau illustré nous proposant de participer au nettoyage du tapis, un acte responsable, un geste pour l'environnement, un élan de solidarité pour la caissière ?

Au rayon charcuterie, verra-t-on bientôt un hachoir parfaitement sécurisé, attaché par une chaîne, sous un grand panneau invitant le client à découper lui-même directement sur le bœuf la pièce de son choix ?

A quand l'opération "comme à la ferme", où le client pourra traire lui-même son litre de lait, sous le contrôle d'une caméra de surveillance ?

Faire ses courses redeviendrait peut-être, alors, une aventure palpitante !

samedi 15 décembre 2007

Commerce mondial du jemenfoutisme

2007 est l'année de la surprise.

Comme chaque année, me direz-vous.

Stupeur et émoi à l'annonce de terribles nouvelles.

A la lecture du Monde, aujourd'hui, on peut apprendre qu'un élément essentiel à la fabrication des téléphones portables, le coltan, fait l'objet d'un traffic incroyable dans le monde.

Vous changez de téléphone trois fois par an, ces téléphones quasiment donnés par votre opérateur contre la certitude que vous allez rester client pendant 12 à 24 mois ? Vous perpétuez un traffic, vous assurez la prospérité d'une milice dans un pays lointain et quelque part, tout le monde s'en fout. L'Australie et le Congo, c'est pas la porte à côté.

Enfin, vous participez.

Contre votre gré, à votre insu, oui et non.

Vous ne vous informez pas et on ne vous informe pas vraiment. Ce n'est pas bon pour les affaires.

Si on faisait autant d'information sur la fabrication du produit et tout ce qu'implique sa production industrielle, qu'on fait de publicité, peut-être auriez-vous le choix.

Mais vous avez besoin de votre téléphone portable, n'est-ce pas ? Tout est fait pour ça. Vos baskets, votre PDA, tout votre style de vie est échaffaudé autour de ces produits.

Alors qui se soucie, au bout du compte, si ce besoin finance des activités criminelles quelque part dans le monde ?

C'est tout le problème de l'insouciance, en 2007, malgré les progrès inimaginables des système d'information.

Tout le monde s'en fout.

Lien vers l'article du ''Monde''

dimanche 25 novembre 2007

Ne pas confondre piratage et téléchargement

Très bonne nouvelle dans Le Monde daté du samedi 24 novembre, en ce qui concerne la Culture et internet.

Incroyable page de bon sens, de logique et de choses accomplies par Denis Olivennes, par ailleurs PDG de la FNAC (dont je suis, comme beaucoup, heureux client, mais cela n'a rien à voir). Après des années de politique de l'autruche côté fournisseurs d'accès, d'abus démesuré de la part des internautes, et de coups d'anti-pub regrettables de la part des autorités et des acteurs des différentes industries contrariées (disque, cinéma…), voici enfin une initiative utile et salvatrice pour régler le problème du téléchargement illicte sur internet.

Le problème était simple : c'est comme si une faille dans la système de distribution avait permis à tout le monde de pomper l'électricité d'EDF sans payer de facture, ou à consommer de l'eau sans payer. Beaucoup de gens ont vu dans leur abonnement à internet un moyen très avantageux de s'offrir en toute impunité, en toute gratuité et par milliers chansons et films, du plus ancien au plus récent, immortalisant sur disque dur certains films avant même leur sortie en salles !

Le succès de l'internet haut débit en France était un signe fort : persone n'a besoin de plus de 512k pour consulter ses mails ou surfer. Le nerf de la guerre, c'était le gain de temps des téléchargements, devenus presque instantannés pour les modestes fichiers musicaux, plus raisonnables pour les contenus plus longs comme les séries ou même les films (de quelques jours en risquant une coupure, à quelques heures en toute fiaiblité aujourd'hui pour un film de 2 heures). Le téléchargement devenait aussi instantanné que l'achat, plus pratique, décourageant l'internaute de toute consommation payante. Aujourd'hui, on trouve même des jeux Wii sur le réseau, les subtilités consistant dans la gravure du produit sur DVD et dans la pose d'une puce sur la console.

En accord avec les différentes parties concernées, Monsieur Olivennes serait parvenu en proposant 3 mesures à tordre le cou du téléchargement illicite, source caractérisée de piratage, véritable menace pesant sur les modèles économiques des secteurs culturels. Les fournisseurs d'accès sont renvoyés à leur responsabilité première : ils contrôlent votre débit, savent ce qui se passe sur la ligne, ils peuvent distinguer un téléchargement illicite d'un téléchargement normal. Bientôt, si vous utilisez votre abonnement pour télécharger des données de manière illicite, vous aurez droit à un avertissement, puis un second en cas de récidive, après quoi vous risquerez de perdre votre abonnement. Le système, qui s'inspire directement du permis automobile à points, n'est donc pas directement répressif : on ne risquera pas la prison pour téléchargement illicite.

Seule ombre au programme de Monsieur Olivennes, mais de taille : il ne faut pas confondre piratage et téléchargement. Le téléchargement est pratique, mais absolument pas nécessaire au piratage. Les gens ont une vie en dehors d'internet. Ils se fréquentent, se déplacent. La prolifération et l'augmentation exponentielle de la capacité de stockage des disques durs externes à des prix toujours plus abordables facilite comme jamais la circulation hors-réseau (off-line), des données, de proche en proche (comptez 150 euros pour un boîtier de 500 Go qui se transporte dans un sac à main, l'équivalent de 500 à 800 films ou de 100 000 chansons). Après des années de piratage massif, les pirates en tous genres, "petits" ou "grands", n'ont plus besoin du réseau pour se fournir en contenus.

A l'aide de programmes assez répandus, un DVD se rippe en quelques heures, un CD s'encode en quelques minutes (l'encodage de CD est une fonction d'Itunes, édité par Apple). Ils deviennent alors des fichiers numériques parfaitement autonomes et mobiles. Il suffit de quelques clients parfaitement légaux au sommet de la hiérarchie, qui montrent patte blanche régulièrement en se fournissant à la Fnac (par exemple), pour animer un réseau particulier susceptible de toucher des milliers de consommateurs qui ne débourseront toujours pas le moindre euro dans un magasin, mais qui continueront à se divertir gratuitement. Une fois internet coupé au piratage, combien de temps va-t-il falloir pour voir se développer le traffic de disques durs ultraportables gavés de contenus piratés, d'une manière ou d'une autre (une pratique déjà bien ancrée chez les ados et jeunes adultes) ? Les pirates, tolérés depuis trop longtemps par l'immobilisme ambiant, ont des années d'avance sur le système. Et je parie qu'ils ont assez de stock pour tenir leur propre boutique virtuelle, même sans internet, contournant ainsi tout contrôle sur le téléchargement.

Autre secteur en difficulté mais rarement mentionné, l'Édition est au cœur d'un problème épineux : un livre de 200 pages au format pdf pèse bien moins lourd qu'un film, favorisant l'échange de produits en passant sous le radar des autorités, qui auraient tendance à traquer les gros fichiers. Cela concerne des secteurs comme l'Industrie du Livre et de la bande dessinée, soumis à des coûts de productions importants.

Monsieur Olivennes a certes accompli un énorme travail et a rempli une partie de sa mission, mais la bataille contre le piratage est loin d'être jouée.

lundi 19 novembre 2007

Weak wiki culture

Le pouvoir au peuple, la liberté de surfer et d'écrire, n'est heureusement pas la base de l'internet. Si vous cherchez la bonne information, faites avant tout confiance aux sites officiels. Mais le principe du wiki, qui permet à n'importe qui de collaborer par sa science à l'encyclopédie en ligne, aux réseaux peer-to-peer ou tout simplement via leur propre site, rend internet dans sa globalité aussi fiable que le témoignage d'un membre amnésique d'Al-Qaeda. Et si tout le monde s'y met, la majorité des informations présentes sur la toile pourraient s'avérer inutiles.

Pire qu'un virus, le quidam mal informé aurait tendance à pourrir le grand réseau de manière sournoise et préoccupante. C'est le malfaiteur idéal : il ne sait même pas ce qu'il fait ! Un vrai casse-tête.

Par exemple, si vous cherchez une vidéo de concours de slam de lycée (basketball), vous risquez de télécharger par mégarde un concours de slam de la NBA (basket pro américain); d'après le titre du fichier, l'image serait accompagnée d'un mix de James Bond par Moby, mais il s'agit en fait d'un titre de la bande originale du film Mission : Impossible (1996), réalisé par Larry Mullen et Adam Clayton, respectivement batteur et bassiste du groupe U2.

D'ailleurs, dès qu'un titre sonne un peu électronique, il est généralement attribué à Moby ou à Fatboy slim, comme s'ils avaient le monopole du genre. Avant de télécharger, il faut livrer sa propre enquête, vérifier par exemple si Enya et Moby ont collaboré à un titre en studio, si l'un s'est jamais servi du titre de l'autre pour en faire un remix, ou si les deux artistes se sont croisés sur scène lors d'un concert ou d'un gala. Une recherche que devrait effectuer chaque utilisateur avant de mettre un fichier à disposition sur son volume personnel partagé. Ce serait tellement plus simple pour tout le monde…

Pourquoi chercher la petite bête, me direz-vous ? C'est pourtant simple : tout le bonheur d'internet, c'est de pouvoir échanger des choses relativement librement, mais sans un minimum de structure et de sérieux, le modèle n'a aucun intérêt pour qui que ce soit. Personne n'a envie de télécharger n'importe quoi. Avant de mettre quelque chose en ligne, il faut se renseigner un peu, intituler les fichiers correctement. Si ce travail vous affole, abtenez-vous ! Laissez internet aux professionnels et aux amateurs éclairés.

Internautes, si vous prétendez informer, faîtes vos devoirs. Sinon, on bascule dans une sous-culture crasseuse où tout le monde s'appelle plus ou moins Moby, appartient plus ou moins à la Starac, on perd alors toute la richesse supposée du monde internet. Autant allumer la télévision et regarder TF1 ou M6.

mardi 30 octobre 2007

Les légendes vieillissent mal

Pour apprécier une œuvre d'art à sa juste valeur, il faut une solide culture. Cela permet de situer le travail de l'artiste par rapport à une époque, à des moyens, à ses contemporains, et éventuellement à ce qui se fait de mieux en la matière, toutes époques confondues. Un véritable travail en soi. Mais cela n'empêche pas n'importe qui d'avoir sa propre sensibilité, et peut-être de ressentir quelque chose pour un artiste raté du XXème siècle. C'est l'émotion qui compte.

Faut-il aimer les classiques ?

Que se passe-t-il si, alors que vous faîtes l'effort de connaître ce qu'il faut connaître, les monstres sacrés, vous ne ressentez pas le même élan que vos aînés ?

Etes-vous irrécupérable si vous n'êtes pas sensible au regard subtil de la Joconde ? Etes-vous inculte si vous avez du mal à écouter un album entier de Led Zeppelin ?

Nombreux sont ceux qui écoutent toujours Led Zeppelin, avec la même ferveur… que les gens de l'époque. Il s'agit de gens qui ont grandi après Led Zep, à qui on a appris que c'était une grand groupe de rock, un précurseur, un incontournable qu'il fallait savoir apprécier.

Mais est-ce que ces nouveaux adeptes apprécient réellement cette musique, ou bien s'ys sentent-ils obligés ?

Il y a eu du progrès depuis, une évolution technique et culturelle indéniable, et le fait d'écouter la même chose qu'il y a 30 ans, avec un esprit de culte, c'est quand même particulier. Pour avoir résisté au mouvement, j'ai pu me rendre compte de l'aspect cultiste d'une telle démarche - il a fallu convaincre que je n'aimais pas, et ça a déplu. Je suis alors sorti du cercle des "puristes". Je me suis exclu du mouvement, et j'ai perdu une forme de respect de la part des véritables amateurs. Il fallait aimer Led Zep ! Se forcer, au besoin…

Elvis Presley a inventé le rock, mais le rock n'est pas resté figé à l'époque d'Elvis. S'il était vivant aujourd'hui, Elvis lui-même se régalerait peut-être avec un home studio, et préterait peut-être sa voix à une collaboration type Gorillaz, laissant à de jeunes talents le soin de mettre en musique sa voix unique. Il signerait probablement un contrat de partenariat avec Slim Fast, ses photos de scène avec 30 kilos de trop servant à vanter les bienfaits des régimes à vocation amincissante.

Fan de Jimi Hendrix, ayant lu plusieurs biographies, possédant tous ses albums studio, je suis incapable d'écouter un seul album d'une traite. Il y a du bon et du moins bon, du purement expérimental que l'artiste considérait peut-être raté, vu qu'il amorçait une profonde évolution de son propre style peu avant de mourir. Hendrix, de son vivant, se disait médusé de voir ses fans, guitaristes en herbe, se casser la tête à reproduire ses erreurs - montrant le problème posé par l'approche de sa musique sans recul, comme un culte.

Et que dire du live ? Quelle déception quand, à la faveur d'une édition en DVD du légendaire concert de l'Isle de Wight, je me suis rendu compte avec horreur de la mauvaise qualité sonore ! Je suis d'accord pour faire mon pélerinage, mais pas en marchant sur des cendres. D'autant que les fameuses Fender du maître ne tenaient pas aussi bien l'accord qu'aujourd'hui, et comme il brutalisait son instrument (avant d'y mettre le feu, rien qu'en tirant sur les cordes pour sortir ses sons inoubliables), il devait réaccorder parfois en plein morceau ! Ce DVD n'a pas bougé de son étagère depuis sa da te d'achat, à mon grand regret. En revanche, le fameux hymne national américain revisité par Jimi, présent sur la compilation "the ultimate experience", bénéficie d'une excellente qualité d'enregistrement, je l'écoute régulièrment avec le même plaisir, même si j'ai pu constater auprès de mes proches que j'étais bien seul dans mon bonheur. Pour beaucoup de gens, la prouesse d'Hendrix est plutôt désagréable.

Nous vivons une époque extraordinaire d'un point de vue technologique, les sounds system des salles, le soin apporté à la préparation des événements et la qualité des enregistrements donnant un produit qui n'a rien à envier aux légendes des 60's ou des 70's. Et musicalement, bon nombre de groupes ont repris le flambeau, et amenant plus loin, et avecc une plus grande maîtrise de tous les aspects de leur musique, un art devenu mature.

Souvenez-vous qu'Hendrix pompait allègrement des classiques de blues pour organiser ses propres morceaux, s'inspirait de lectures discutables pour écrire ses paroles et manquait singulièrement de répertoire personnel au plus fort de sa légende. Quelques-uns de ses titres cultes portent sa griffe, mais ont été composés par Bob Dylan (All along the watchtower, Like a rolling stone). Et très franchement, en tant que chanteur, c'était assez approximatif techniquement.

Si Guns'n'Roses est devenu un groupe de renommée planétaire en quelques années, c'est pour avoir sublimé ce qui restait du rock, amenant le genre à un sommet technique et musical rarement atteint. Le talent de Slash à la guitare, qui continue à vivre bien longtemps après la chute du groupe, n'a rien à envier ni à Hendrix, ni a Jimmy Page, même s'il leur doit probablement une partie de son inspiration. On parle ici d'influence.

C'est, du reste, tout l'intérêt des "bonnes" reprises. La version live de Knockin' on heaven's door, telle que jouée par Guns'n'Roses lors du concert à la mémoire de Freddie Mercury à Wembley en 1992, est un classique, une version particulièrement aboutie du morceau de Bob Dylan. On atteint un sommet sonore, particulièrement harmonieux et intense, le symbole de ce qu'a représenté un des plus grands groupes de rock de tous les temps, mélant métal, rock et blues. Ce n'est pas un hasard si ce titre a été un grand succès commercial (se distinguant du concert lui-même, moins apprécié), largement diffusé sur MTV (toujours dans le bons coups), rencontrant l'approbation d'un public particulièrement large et eclectique : c'est une interprétation qui a transcendé les barrières culturelles. Le "freedom" de Robbie Williams, en revanche, est considéré comme une régression par rapport à la version originale, signée George Michael.

Et c'est bien Puff Daddy qui a remis Cashmere au goût du jour, s'appropriant par sample juste ce qu'il fallait du morceau original pour faire son tube, "Come with me" (bande originale du film Godzilla). Nombreux sont ceux qui préfèrent son style viril à la voix cassée de Robert Plant, son rythme bien carré et intense à la version un peu molle de ses illustres précédesseurs.

Il faut connaître ses classiques, conserver la mémoire, perpétuer les mythes. Ces gens-là ont leur place dans un musée, dans un coin de ma discothèque virtuelle, mais pas sur ma table de chevet et, au bout du compte, pas sur mon ipod.

dimanche 28 octobre 2007

Petite histoire de l'art

Vous avez peut-être raté une émission de Bernard Pivot au cours de laquelle Guy Béart tenta de faire admettre à Serge Gainsbourg que la variété était un art majeur. En vain bien entendu, déjà que Gainsbourg n'était pas commode sur un plateau de télé, mais essayer de comparer "Le petit pont de bois" d'Yves Duteil à une symphonie de Mozart, ça reste une belle bavure ! Rien n'arrête un artiste qui défend son fond de commerce.

Le bon point de Béart, c'est la mélodie. Il y a forcément du génie dans la composition d'une bonne mélodie, que ce soit à la guitare ou au tuba. Mine de rien, Duteil et Béart ont vécu de leur guitare, il y a forcément quelque chose de magique.

Le vice, en revanche, c'est de franchir le gouffre entre une mélodie de guitare accompagnée d'un chant et une symphonie. Le même gouffre qui sépare les frères Bogdanov d'Einstein.

Imaginez le compositeur qui écrit une symphonie sur une portée, transcrivant sur papier tout l'orchestre qui joue dans sa tête. On parle de génie; de capacités cérébrales hors normes. Un sens inné de la composition. Reste encore à convoquer un orchestre pour savoir ce que ça donne, affiner, retravailler, mais en somme, tout est déjà écrit.

Ce génie-là, c'est ce qui fait toute la différence entre un art majeur et un art mineur.

Voilà qui est dit.

Mais cet art majeur est-il réservé pour autant aux génies ?

Aujourd'hui, la technologie permet de répondre à cette question.

Prenons l'exemple de Garage Band, le logiciel de composition musicale signé Apple.

Les instruments sont là, la timeline vous attend. Au lieu de tout arranger dans sa tête à grands renforts de mescaline, on peut tenter d'approcher le génie en créant, petit à petit, de clic en clic à la souris, de véritables symphonies. Cela peut prendre des heures, des mois, des années, il faut simplement penser à sauvegarder. Le principe est de pouvoir travailler à l'envi, avec autant de pistes et d'instruments que nécessaire, un morceau d'une durée virtuellement illimitée dans le temps. On peut multiplier les variations d'un même morceau, faire une pause d'un mois, reprendre où on en était.

Pensez à Dr Dre, qui reste des nuits entières dans un studio à retravailler un beat. Un studio qui coûte les yeux de la tête !

On peut exporter une version intermédiaire du morceau vers Itunes, puis vers un ipod, et le réécouter en boucle. S'éloigner de la machine pour retrouver le plaisir de l'écoute, devenir simple auditeur, prendre du recul.

La composition à portée de quidam.

Bien évidemment, sans talent, on ne va pas bien loin. On peut s'amuser, jouer les copistes, proposer des remixs de morceaux connus, et c'est déjà ça.

Mais le réel progrès, à la fois technologique et social, c'est l'opportunité de révéler son talent. Plus besoin d'instrument, d'inscription au conservatoire, d'accès privilégié à la musique. Il faut avoir accès à un ordinateur, cela reste une sélection en soi, mais dans une moindre mesure. Les ados peuvent laisser de côté MSN et se mettre à l'œuvre, essayer de composer eux-mêmes leur morceau de techno pour un prochain anniversaire. On peut tester en quelques clics son aptitude musicale - sens du rythme, oreille, sens de l'harmonie…

Avec un peu de travail, le petit génie en herbe peut faire partager son art naissant à ses copains, par mail ou via des sites tels que myspace. Une fois convaincu de son envie et de son talent, il peut jeter son dévolu sur un instrument réel et enrichir son approche de la musique.

Et avec un outil comme Garage Band (Apple), à talent égal, on a certainement plus de chances d'approcher l'art majeur que Guy Béart avec sa guitare.

mercredi 19 septembre 2007

Ecrire une lettre en 2007

Dans un article de milieu de page du journal Le Monde, loin de la une, sur une petite colonne, on apprend que la plupart des professeurs n'ont pas reçu la fameuse lettre de Nicolas Sarkozy. C'est parfaitement normal : ce document de 35 pages, rendu officiel le 4 septembre dernier, a été édité et distribué aux médias et à certaines personnalités, mais la plupart des exemplaires destinés aux éducateurs ne seront imprimés qu'à partir du 21 ou 22 septembre. Les destinataires annoncés ne recevront donc le courrier Présidentiel que 3 semaines après son annonce initiale.

En 2007, ce n'est pas le moyen le plus direct de faire passer un message, si tel est bien votre but.

Le texte, disponible sur internet, a d'ores et déjà été lu par bon nombre de professeurs. L'information circule bien plus vite sur les "autoroutes" dédiés que par routage "réel". Par conséquent, sur un million d'exemplaires prévus, combien iront directement à la poubelle ?

La mécanique de l'opération suggère que c'est le geste qui compte, le fait que le Président de la République s'adresse, par des moyens archaïques, à ceux qui pratiquent, en France, l'éducation. S'adresser aux éducateurs, certes. La démarche en elle-même fait débat, les éducateurs n'étant que la moitié de l'équation éducative, l'autre moitié étant les élèves. Mais le faire de manière si publique, que la lettre est entre les mains des média 3 bonnes semaines avant ses "véritables" destinataires ?

Du reste, le message du Président n'est pas tout à fait juste. Début septembre, il ne fallait pas dire : "Je m'adresse aux éducateurs", mais "Je m'adresse aujourd'hui aux médias et à quelques personnalités pour annoncer que j'ai écrit une lettre de 35 pages à l'attention des éducateurs, que je la ferai imprimer dans 3 semaines, ils finiront bien par la recevoir dans le mois qui vient."

Et comment justifier une telle débauche de moyens désuets, l'édition d'1 million d'exemplaires papier, le routage, dans un pays où le taux d'équipement en accès internet haut débit est l'un des meilleurs d'Europe, où tout professeur peut avoir accès, d'une manière ou d'une autre, à ce genre d'informations ? Quelques pages sur un site du gouvernement, et l'affaire était classée !

S'il s'agit d'un souci d'équité, tout le monde n'étant pas égal devant l'outil informatique, les solutions ne manquent pas : pourquoi ne pas faire circuler un fichier pdf à l'attention des chefs d'établissements scolaires, avec pour consigne d'en éditer au moins un exemplaire, consultable par l'ensemble du corps enseignant dans la salle des professeurs, à la bibliothèque ou ailleurs ?

Quelle conclusion ?

Le goût du symbôle, au prix d'une méthode lourde, maladroite et coûteuse ? Le luxe du papier imprimé par la volonté Présidentielle ? Le sens du spectacle, peut-être…

vendredi 7 septembre 2007

Apple écrase les prix… mais doit s'excuser

Pas facile d'être cool sur le marché du téléphone portable, quand on vient de l'informatique.

Apple semble honnête dans sa démarche, offrant le meilleur de la technologie au prix le plus juste. C'est un peu cher, mais beau et tellement pratique.

Le client Apple doit se faire une raison : s'il veut profiter du bond technologique bi-annuel de la marque (et de l'industrie en général), il doit composer avec le fait que tout matériel acheté devient automatiquement obsolète tous les six mois, parfois même plus rapidement; son prix aussi ! Si on calcule mal sa date d'achat, trop près d'une Apple expo par exemple, on s'expose à une grosse déception.

Cela tient au culte du secret de la marque la plus innovante du marché de l'informatique, composant primordial de sa stratégie, savant mélange de technologie et de marketing. Dans un contexte extrêmement concurrenciel, Apple ne peut pas se permettre de laisser filtrer la moindre information, perdant nécessairement au passage les consommateurs les moins aguéris.

Les acheteurs d'Iphone de la première heure ont fait une douloureuse expérience : ils n'ont pas voulu attendre, ils ont payé le prix fort. Deux mois après sa sortie, Steve Jobs a en effet annoncé une baisse de 200 dollars, une baisse aussi spectaculaire que soudaine. Une aubaine pour le futur acheteur, une "arnaque" pour celui qui a acheté le produit plus de deux semaines auparavant.

Le client Apple le sait bien : il ne faut jamais acheter une première génération de produits.

Apple teste son produit en le mettant sur le marché : c'est le seul moyen de le connaître vraiment, en situation réelle, dans les mains du client acheteur (paying customer), ses réactions étant plus révélatrices que celles d'un béta-testeur qui n'a pas dépensé un sou ou d'un employé de la firme californienne.

Au bout de quelques semaines de ventes, on connait généralement mieux le produit : son design définitif, ses capacités réelles, ses petits défauts, et du même coup l'intérêt réel de l'investissement. En quelque sorte, les premiers acheteurs décident du succès d'un produit Apple.

Tout en poursuivant ses recherches, la firme californienne attend elle aussi les réactions du public pour préparer son deuxième essai, qui peut intervenir sous la forme d'une mise à jour au bout de six mois, ou bien d'un changement radical un an après.

Dans la cas de l'Iphone, premier pas d'Apple sur le marché de la téléphonie mobile, un changement brutal de stratégie vient d'intervenir à peine 2 mois après le lancement des ventes, mais 8 mois après la toute première présentation du produit au public, selon une stratégie clairement agressive. Comme lors de la sortie de l'ipod shuffle, un baladeur mp3 caché dans une clé USB2 à un prix deux fois moindre que ceux de la concurrence, Apple a saisi l'opportunité de tuer le marché. Le but avoué est de toucher le grand public d'ici Noël.

Seulement voilà, un client, ça se respecte. Steve Jobs a dû présenter ses excuses au possesseurs d'iPhone, et la firme a logiquement offert de compenser une partie de la perte engendrée par cette baisse de prix sous forme d'avoir… sur un prochain achat Apple ! Si si, c'est un geste, ce n'est pas une démarche purement marketing… D'aucuns prétendent déjà qu'il ne s'agit pas d'une baisse de prix audacieuse, mais la révision d'un prix de départ sciemment gonflé afin de mieux profiter de l'enthousiasme du lancement de l'Iphone.

Cette expérience témoigne de la difficulté à sortir des bons produits, au bon moment, au bon prix. Apple innove, étonne, ravit… mais la recette de son succès peut aussi bien causer sa perte !