Quidamned !

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samedi 26 décembre 2009

Pourquoi C dans l'air

Il y a des émissions qui marquent à la télévision française. Peut-être parce qu'elles sont rares, bien faites, et aussi parce qu'elles durent. Elles durent d'ailleurs sans doute parce qu'elles sont bien faites. Bref, elles font date.

C dans l'air pourrait rester dans les mémoires si elle dure. Et il faut qu'elle dure. Nous en avons besoin.

Nouvel outil d'information, cette émission, animée par Yves Calvi, en alternance avec Thierry Guerrier, propose une réflexion approfondie de 65 minutes sur un sujet d'actualité chaque jour de la semaine.

Le principe ? Un animateur, des invités bien choisis, de points de vue contrastés, et toujours le soin de recentrer le débat, de le ramener au point de vue du téléspectateur. L'animateur se met à notre place, il reste humble devant les sujets, il dirige son émission d'une main sure, avec bonne humeur et cela fonctionne.

Le pari ? Pour le téléspectateur, la possibilité en étant assidu d'avoir une réflexion mûre sur 3 à 5 sujets par semaine.

Le timing ? Diffusion en direct à 17h45, puis rediffusion à 22h25. En vacances ou au travail, même si on rentre tard, on est toujours dans le coup : avant ou après le dîner, il y a toujours un bon sujet, à survoler rapidement ou à regarder attentivement selon son intérêt. Après une journée stressante, l'ambiance souvent calme et détendue de l'émission rend le petit écran confortable et attrayant. C dans l'air ne vous presse pas, pas de jingle répétitif, pas de musique d'ambiance, pas de surproduction visuelle avec 30 plans à la minute, on oublierait presque qu'on regarde une émission de télévision… on peut recevoir l'information, prendre le temps de la réflexion, écouter les points de vue. C'est une activité à la fois intéressante, captivante, et reposante. Un rendez-vous devenu incontournable.

C'est une alternative bien pratique et vivante au journal papier, où chaque article reflère le point de vue unique de son auteur, et au journal télévisé, aux sujets brefs et formatés, à la paternité confuse.

Après "C'est pas sorcier", c'est une nouvelle preuve vivante que la télévision peut jouer un rôle éducatif, être divertissante en traitant des sujets sérieux, mettre en scène des débats sans provoquer, intéresser sans avoir à séduire.

Le constat est encourageant : il est possible de s'enrichir en regardant une émission de télévision.

Et on peut ne pas être d'accord. A tout moment, on peut couper le son, l'image, changer de chaîne. On peut abandonner quelques minutes le débat pour vaquer à quelque occupation, revenir en cours d'émission.

La perfection existe-t-elle à la télévision ?

Yves Calvi peut se tromper. La qualité de son émission, a priori constante, peut varier légérement d'un sujet à l'autre, si l'on en croit les témoignages d'internautes. Nul n'est parfait.

Mais on ne peut pas reprocher à Yves Calvi et Thierry Guerrier de ne pas essayer, jour près jour, de nous éclairer. L'exercice est difficile, c'est un vrai métier, c'est un beau challenge.

Pourvu que ça dure…

vendredi 6 février 2009

Les mots débiles

L'orthographe française a connu son Mai 68, tout récemment, dans une certaine confidentialité.

En gros, ni vous ni moi n'avons été invités, et certainement pas non plus ces esprits remarquables qui eussent été aptes à mener une telle réforme.

L'idée, certainement, était de tordre le coup aux difficultés qui ont fait souffrir des générations d'élèves, mais aussi de franciser des expressions courantes, et notamment de donner un féminin à ces titres qui n'en avaient pas.

La méthode ? Débile. Faible. Facile, soi-disant. On simplifie, paraît-il. On sabote, on escamote, on se venge, le résultat laisse pantois.

Aujourdhui, on ne dit plus Madame le procureur, mais Madame la procureure. Par décrêt ! Pourtant, en général, un mot composé du suffixe -eur au masculin se transforme au féminin en -euse : un serveur, une serveuse. On connaissait déjà une variante : un directeur, une directrice. Suite à la réforme, nous avons une combinaison supplémentaire : on dit bien un serveur, une serveuse; un directeur, une directrice; mais on dit un procureur, une procureure. Procureuse, ça ne devait pas plaire au comité.

Au chapître des diplômes, il y a aujourd'hui le mastère. Grande réussite. Comme c'est un diplôme harmonisé au niveau européen, il fallait faire correspondre le titre français à l'anglais "master". Qui se prononce d'ailleurs "masteur". Résultat : "mastère". Mot masculin. Mais qui s'écrit, comme "rivière", mot féminin. Vous avez dit logique ?

C'est presque le même mot, mais ça ne sonne pas pareil. On aurait pu tout simplement construire "masteur" en français, même sonorité, orthographe française. Pourquoi "mastère" ? A cause de "magistère" ? Si l'idée, c'est de produire une orthographe moderne, il faut peut-être se fier à l'usage; or, titulaire du diplôme, pour épater vos copains, ou en entretien d'embauche, vous direz plutôt quoi ? "Mastère" ou "master" ?

Il y avait bien en français le mot "maîtrise", qui était à la fois classe et clair, et qui collait parfaitement avec l'anglais "master", au niveau du sens; mais c'était un diplôme qui sanctionnait 4 ans d'études, alors que le "mastère" en compte 5. C'était sans doute trop compliqué à adapter, et bien moins créatif. Moins original aussi…

Voilà l'idée, on réforme, on adapte, on simplifie… Enfin, disons qu'un improbable groupe de quadras et de quiquagénères règle ses comptes avec l'orthographe, qui les a probablement fait souffrir dans leur jeunesse ! Au lieu de faire vraiment simple, c'est-à-dire juste, élémentaire, quelque chose de construit et bien pensé, on se contente de tirer dans les coins et de marquer son originalité, au mépris de l'étymologie, du bon sens, de la logique de la langue. On fait dans l'art moderne. On peut se demander si, pour les générations d'élèves qui apprendront et devront appliquer la nouvelle orthographe améliorée, l'affaire ne vient pas brusquement de se compliquer…

vendredi 5 septembre 2008

Hollywood : entre origines et originalité

Des nouvelles d'Hollywood, rapportées par mon ami Nicolas Copin, sur son blog. Il revient. Après Batman et Superman, c'est Robocop qui profite des progrès techniques et cinématographiques, ainsi que du renouvellement de génération, et de la grande place désormais attribuée aux héros de comics sur le très grand écran, pour dépoussiérer une franchise qui avait bien mal tourné.

Si vous avez raté Robocop, l'œuvre mythique de Paul Verhoeven (qui a enchaîné sur Basic Instinct et Starship Troopers, entre autres), vous n'avez probablement pas vu Robocop 2, d'Irvin Keschner, une suite inégale mais passable. Robocop 3, lui, n'est sorti que dans quelques vidéo clubs.

Si vous avez vu le premier Robocop, vous avez peut-être été scandalisé par la violence, l'apparition du gore dans un film difficilement classable. Il était interdit aux moins de 13 ans lors de sa sortie en salles, car il dénote un rapport à la vie humaine, et particulièrement au corps humain, propre à Verhoeven : dans un film bien structuré et l'ambiance basique, quand ça saigne, ça ne coule pas, ça éclate. Du pré-Tarantino caractérisé.

Après le succès de Batman Begins, restart insipiré d'une franchise épuisée et décousue, le policier robot peut donc revenir. Les studios ne sont pas dirigés par des gens originaux (artistes ?) : ça marche chez les copains, alors on fait pareil.

Il faut se rappeler le succès de Strange Spécial Origines, recueil mensuel de comics qui permettait aux fans de redécouvrir des héros bien ancrés dans leurs formules respectives; on y faisait la lumière sur des aspects souvent méconnus de leur personnalité, généralement liés à leur génèse ou à un épisode marquant de leur carrière.

Le spectateur, cible théorique de ces œuvres (produits ?), pourrait se plaindre de la pauvreté artistique d'une démarche qui vise à intégrer systématiquement le pourquoi du comment de chaque personnage de chaque film. C'est une option, pas une nécessité.

En l'occurrence, dans The Dark Knight, on évoque ici et là l'origine du joker, mais il n'y a pas de séquence dédiée - le fameux flashback nous a été épargné. Sans ce détour, on entre ainsi dans le vif du sujet, le joker reste entier dans son mystère. Et même quand il parle de son père, qui lui aurait infligé les cicatrices qui le caractérisent (le sourire étendu), il reste maître du récit. Après tout, il raconte peut-être cela pour se donner un genre dramatique : allez savoir s'il ne s'est pas tailladé lui-même le visage sans autre raison que, justement, la perte de la raison (cf. "Souriez", the killing joke, classique de Brian Bolland et Allan Moore).

Mais voilà. Le spectateur intéresse les studios pour sa capacité à payer sa place, pas pour son point de vue artistique. On veut qu'il se déplace, qu'il ait envie de voir, qu'il paye, pas nécessairement qu'il soit à l'aise une fois qu'il s'assied dans la salle. Pas nécessairement qu'il soit satisfait - il ne reviendra pas pour ce film-là, mais son insatisfaction le motivera probablement à tenter sa chance ailleurs, et c'est bon, globalement, pour le cinéma.

Ainsi revient Robocop, dans ce qui ne serait ni une suite, ni un remake, mais probablement un nouveau regard sur le même personnage, comme Marvel se l'est permis avec Hulk. On ne prend pas les mêmes, mais on recommence. Comme si Verhoeven n'avait jamais existé. Puisque ça marche.

En termes de stratégie, on peut se demander si l'effet de modene va pas finir par jouer des tours aux "suits" qui dirigent les studios hollywoodiens. Si un jour, Warner décide de faire mourir Batman, va-t-on assister à une hécatombe dans l'ensemble des franchises comics (et assimilés) ?

mardi 1 janvier 2008

Fortifications de fête

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Cette année, une nouvelle mode a fait son apparition sur les Champs-Élysées.

Les touristes, on a l'habitude. Les autochtones éméchés qui viennent s'embrasser à Minuit, c'est une tradition. Les appareils photo se multiplient, mais ne sont pas nouveaux.

La dernière mode, le grand chic, c'est la palissade.

Nombre de grands magasins ont organisé dans l'après-midi, en prévision de l'imprévisible, la fortification de leurs vitrines, comme la boutique Hugo Boss ci-dessus. On pouvait voir des ouvriers poser à la tombée de la nuit des planches de couleur sobre, un bleu nuit sur notre photo, qui donnent à la plus belle rue de la capitale une allure de bidon-ville.

Pour les grandes enseignes qui payent si cher le droit de se montrer sur l'une des artères les plus visitées de Paris, l'heure n'est plus à la pub, mais à la sauvegarde.

À l'origine de cette protection, sans doute une astuce perdue entre deux paragraphes d'un contrat d'assurance.

La Mairie de Paris avait déjà mis en place un service redoutablement efficace pour ramasser les tessons de bouteille par millions qui jonchent chaque année la chaussée entre l'Étoile et le carré Marigny, autant de bouteilles jetées par les badauds bien nigauds qui s'embrassent et se débarrassent, ivres à plus d'un titre dans la célébration du nouvel an.

L'escalade continue.

Désormais, il faut prévoir le pire, l'étape qui précède la guerre civile, le chaos ordinaire d'une fin d'année bien arrosée.

Aujourd'hui, la simple palissade en bois. Demain, le rideau de fer ?

lundi 17 décembre 2007

Aux frontières du libre-service

Les grandes surfaces, c'est un peu comme les casinos. En mouvement perpétuel, tout est bon pour surprendre le client, pour satisfaire de nouveaux besoins, stimuler l'acte d'achat.

C'est très technique, la commerce. C'est pour ça que vous ne retrouvez jamais votre rayon, votre étagère : ce chamboulement est calculé pour vous faire perdre vos repères et vous inciter à découvrir les autres produits, les autres marques, notamment la marque maison, aussi bien mais moins chère que votre marque habituelle catapultée en haut du rayon, quand il en reste.

Vous croyez aller et venir librement dans le magasin, mais vous suivez un parcours pré-établi, vous rebondissez d'offre en offre, le paquet bleu vous fait fuir et le paquet rouge avec la grosse promo jaune vous attire.

Bon, il ne faut pas exagérer, la grande distribution n'est pas une science exacte.

Il y a une grande place pour la pratique, l'expérimental, les initiatives de chaque responsable de magasin. Tout ne vient pas d'en haut.

Dernier exemple en date, la trancheuse en libre-service.

Ne cherchez pas de vendeur, d'assistant, de coach. Si vous voulez du pain tranché, il va falloir retrousser les manches et le faire vous-même. C'est facile et sans danger, c'est écrit sur un grand panneau.

C'est une étape-clé dans l'évolution du statut de client, une mini-révolution. Le client devient actif !

Non content d'être captif, le client devient lui-même pendant 30 secondes un employé, le salaire en moins (vous perdez dans l'affaire 0,07 euro). Pour l'instant, l'usage de la machine est gratuit, et vous ne payez pas la coupe (comptez 0,15 euro dans certaines boulangeries).

L'avantage, c'est que si vous estimez que le pain n'est pas bien coupé, vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous-même. Et d'un point de vue comptable, c'est remarquable : pourquoi payer un employé pour une tâche que le client peut exécuter lui-même ? On sent la trouvaille du cost-killer (littéralement, le tueur de coûts, celui qui élimine les dépenses, le nettoyeur de gaspillage qui va souvent un peu trop loin, mais qui rapporte gros aux entreprises la première année).

Quelles seront les prochaines évolutions ?

Doit-on s'attendre à voir une éponge à la caisse, avec un petit panneau illustré nous proposant de participer au nettoyage du tapis, un acte responsable, un geste pour l'environnement, un élan de solidarité pour la caissière ?

Au rayon charcuterie, verra-t-on bientôt un hachoir parfaitement sécurisé, attaché par une chaîne, sous un grand panneau invitant le client à découper lui-même directement sur le bœuf la pièce de son choix ?

A quand l'opération "comme à la ferme", où le client pourra traire lui-même son litre de lait, sous le contrôle d'une caméra de surveillance ?

Faire ses courses redeviendrait peut-être, alors, une aventure palpitante !

samedi 15 décembre 2007

Commerce mondial du jemenfoutisme

2007 est l'année de la surprise.

Comme chaque année, me direz-vous.

Stupeur et émoi à l'annonce de terribles nouvelles.

A la lecture du Monde, aujourd'hui, on peut apprendre qu'un élément essentiel à la fabrication des téléphones portables, le coltan, fait l'objet d'un traffic incroyable dans le monde.

Vous changez de téléphone trois fois par an, ces téléphones quasiment donnés par votre opérateur contre la certitude que vous allez rester client pendant 12 à 24 mois ? Vous perpétuez un traffic, vous assurez la prospérité d'une milice dans un pays lointain et quelque part, tout le monde s'en fout. L'Australie et le Congo, c'est pas la porte à côté.

Enfin, vous participez.

Contre votre gré, à votre insu, oui et non.

Vous ne vous informez pas et on ne vous informe pas vraiment. Ce n'est pas bon pour les affaires.

Si on faisait autant d'information sur la fabrication du produit et tout ce qu'implique sa production industrielle, qu'on fait de publicité, peut-être auriez-vous le choix.

Mais vous avez besoin de votre téléphone portable, n'est-ce pas ? Tout est fait pour ça. Vos baskets, votre PDA, tout votre style de vie est échaffaudé autour de ces produits.

Alors qui se soucie, au bout du compte, si ce besoin finance des activités criminelles quelque part dans le monde ?

C'est tout le problème de l'insouciance, en 2007, malgré les progrès inimaginables des système d'information.

Tout le monde s'en fout.

Lien vers l'article du ''Monde''

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