Quidamned !

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mardi 20 novembre 2007

Le client est roi, mais quel genre de roi ?

Une devise, ça fait classe, ça rassure, ça sert à tout.

Dans la communication, c'est souvent le pot de terre contre le pot de fer. On a beau brainstormer comme des beaux diables, retravailler sa création jusqu'au bout de la nuit, expliquer qu'on ne peut plus faire de modification pendant l'impression, il y a toujours quelqu'un pour dire la phrase qui tue. Peut-être, mais… le client est roi.

Une belle manière de rompre toute discussion.

Mais au fait, un roi, qu'est ce que c'est au juste ?

Notre dernier roi, en France, était Louis XVI. Son dernier acte marquant a été de convoquer les États généraux (le Clergé, la Noblesse et le Tiers État) le 5 mai 1789 afin de leur faire voter de nouveaux impôts pour renflouer les caisses de l'État, en vain. Le Tiers État a proposé d'accorder plus de libertés, d'organiser une répartition plus juste des impôts et une nouvelle manière de gouverner. Le refus du Roi s'inscrit dans une succession d'événements qui ont amené la chute de la monarchie. Un client, comme un roi, peut s'il n'y prend pas garde, se faire renverser par une révolution !

Henry VIII (1509-1547) était roi d'Angleterre, il a fait assassiner deux de ses femmes, dont l'une en demandant expréssement au bourreau de s'y reprendre à plusieurs fois pour la décapiter (il suffit de couper un peu mollement). Est-ce que vous voudriez de lui comme client ?

Considérer son client comme un roi, supposant que cela lui donne tous les droits, cela lui donne aussi certainement des devoirs. Respect, dignité, patience. Après tout, un roi n'est pas entouré que de laquais - il y a bien des chevaliers, des dignitaires. Si le client pouvait être un roi maganime et organisé, cela ferait du bien à pas mal d'agences de communication.

vendredi 16 novembre 2007

Le retour de Madame Olson

Personnage imbuvable, impitoyable et incontournable de la saga de la "Petite Maison dans la Prairie", Madame Olson était la femme du brave commerçant du village, qui ne perdait pas une occasion de blesser par sa méchanceté les simples mortels infortunés, parmi lesquels les fameux Ingalls.

Certains ont dû la vénérer secrètement et reproduisent aujourd'hui ce comportement dans l'exercice de leur fonction. Ils prennent vraisemblablement un malin plaisir à faire travailler des gens pour rien, à insulter et /ou humilier les êtres plus faibles et moins fortunés, ceux dont ils ont bien souvent le destin en main.

C'est tout le pouvoir de l'annonceur sur les agences de communication, par exemple, et d'aucuns abusent allègrement de cette position de force.

Tous les moyens sont bons pour, finalement, bassement, discuter les prix.

La méchanceté, à la mode jusque dans les cabinets de recrutement, personnifiée sur le petit écran par Laurence Boccolini, une fausse méchante trahie par ses lacunes d'actrice. La méchanceté, ça paye : cela permet souvent de gagner 10% sur une facture.

Il y a des méthodes pour bien gâcher la vie des autres, au travail comme à la maison.

On met la pression pour montrer qui est le boss. Il suffit d'appeler toutes les heures pour savoir si le travail demandé "avance".

On impose arbitrairement des délais défiant toute logique pour tester la réactivité, et on gueule dès la première minute de dépassement, augmentant le volume à chaque demi-heure supplémentaire.

On fait de la rétention d'informations pour mieux semer la panique dans un dossier. Ah, je ne te l'ai pas dit ? Désolé. Débrouille-toi, je ne change pas mon délai.

On menace de retirer le budget de l'année suivante, de ne pas payer l'opération en cours. On fait mine d'aller voir ailleurs, alors que plus personne ne veut travailler avec vous !

Coups de téléphones assassins, mails de remerciements assortis d'une petite vacherie à destination des n+1, n+2 et n+3.

Rendez-vous compte : il y a des gens qui hurlent au téléphone, passent littéralement leurs nerfs sur des stagiaires, parfois même sur des professionnels chevronnés. Les victimes les plus stoïques dépriment un peu, mais savent encaisser. D'autres, plus sensibles, ne sachant pas lire entre les lignes, ne parvenant plus à décrypter une situation absurde, fondent en larmes, pâlissent, vont vômir aux toilettes. Et il y a ceux qui souffrent en silence, et qui se préparent très calmement un ulcère à l'estomac. On finit par douter de ses compétences, on se demande si le jeu en vaut la chandèle. On démissionne. On ne peut rien dire, car c'est le client, et rien de bon ne sort jamais d'un conflit avec un client, surtout pour celui qui est généralement accusé d'en être l'origine exclusive - la victime ! Combien de carrières ont été brisées par pure malveillance ?

Ces méchants intouchables posent un gros problème dans le monde du travail.

Attention, il s'agit peut-être d'un cas clinique banal. On ne reproduit pas ce type de comportement par hasard. Il faut chercher dans l'enfance un parent inutilement violent ou abusif. Dans la scolarité, un responsable de cycle un peu sévère, à la critique cassante. Au cours des études supérieures, un professeur désobligeant. Aujourd'hui, les anciennes victimes sont en position de rendre coup pour coup, et elles ne s'en privent pas.

Ou alors, on a affaire à des gens foncièrement méchants, incapables de se réfreiner, enfin débarrassés de toute forme d'autorité, et qui abusent impunément de leur petit pouvoir sur autrui.

On parle de pénibilité du travail pour les cheminots, mais il va falloir s'intéresser sans trop tarder au travail de bureau, lieu de souffrance psychologique et d'abus. Personne ne veut travailler pour Madame Olson. Personne ne devrait laisser sa santé se détériorer au travail. Cela n'en vaut pas la peine.

vendredi 26 octobre 2007

Terminologie du cool

Dans la com, on n'est pas des intellos.

Si on avait fait Polytechnique, on ne serait pas payé à vendre des idées à des vendeurs de yaourts.

On l'aime bien le client, il nous fait vivre juste ce qu'il faut. Il chipote sur les devis, mais bon, on n'a pas trop le choix en même temps. Des fois, le client, il nous met trop la pression. Il nous impose des délais de fou furieux parce que souvent, il comprend pas vraiment notre métier.

Dans le métier, on est obligés d'inventer des mots, parce que c'est pas facile d'exprimer son idée avec très peu de vocabulaire.

Mais la com, au fond, c'est tout simple.

Une pub, c'est carré. Ecran de télé, quatre-par-trois dans le métro, page de magazine. Tout carré, ou rectangulaire si vous voulez, mais vous chipotez. Dans ce carré, on distingue 3 composants : le fond, les textes et les visuels.

Le fond, c 'est le papier. Faut pas que ce soit trop blanc, sinon ça fait vide. Vu ce qu'on facture en fab, vaut mieux pas être radin sur la couleur. La fabrication, c'est tout ce qui tourne autour de l'impression (achat de papier, impression, façonnage, livraison). Vous chipotez, là. Je vais pas tout vous expliquer (j'ai pas le temps). Faites comme moi, quand vous ne savez pas, vous ne dites rien ! Bon, de toutes façons, j'ai besoin d'une petite pause, je vais me fumer une clope, alors je vous accorde encore 5 minutes, mais pas plus, je dois aller à un brainstorming dans 10 minutes (une réunion qui, malgré son nom, ne nécessite pas d'avoir un cerveau).

Les textes, c'est le rédac qui les écrit. Quand le rédac n'est pas dispo, c'est bibi qui s'y colle. Bibi, c'est n'importe qui, après tout, pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour trouver une accroche. Une accroche, c'est un bout de texte qui flotte. Il flotte, quand il est posé sur rien, on a l'impression qu'il est en l'air. Le client aime bien quand c'est aéré, mais faut pas que ça flotte trop. C'est quelqu'un de sensible, le client.

Quand c'est pas du texte, c'est du visuel : reuf (rough = esquisse, un dessin quoi), photo, volume (truc pas plat). Un visuel, faut que ça ait de la pêche. Un visuel pas assez péchu, c'est fade. Faut demander au graphiste de le péchufier un peu.

Le graphiste, il est trop fort, il fait des trucs, je pige que dalle. Des années que je le vois faire, et j'ai toujours rien compris. En même temps, c'est pas mon boulot.

Ce que le client aime chez nous, c'est notre réactivité. Les autres, ils dorment, mais nous, on est réactifs ! On nous demande un truc et paf ! on le fait.

Chipotez pas. Rapide, c'est pas pareil. On est ré-a-ctifs. On réagit. On agit. On est trop forts et les autres ils sont trop nuls.

D'ailleurs, on va faire un pot. Pendant un pot, on n'est ni vraiment au boulot, ni vraiment à la maison, on peut se lacher un peu, mais pas trop. Il y a de l'alcool, des chips, un peu de musique, pour fêter un départ, deux arrivées, une compet gagnée et un nouveau budget.

Quoi, on n'a pas le droit de respirer un peu, de s'amuser ?

Vous chipotez vraiment trop. Vous êtes pas cool. Vous n'avez aucun avenir dans la pub.