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vendredi 16 novembre 2007

Le retour de Madame Olson

Personnage imbuvable, impitoyable et incontournable de la saga de la "Petite Maison dans la Prairie", Madame Olson était la femme du brave commerçant du village, qui ne perdait pas une occasion de blesser par sa méchanceté les simples mortels infortunés, parmi lesquels les fameux Ingalls.

Certains ont dû la vénérer secrètement et reproduisent aujourd'hui ce comportement dans l'exercice de leur fonction. Ils prennent vraisemblablement un malin plaisir à faire travailler des gens pour rien, à insulter et /ou humilier les êtres plus faibles et moins fortunés, ceux dont ils ont bien souvent le destin en main.

C'est tout le pouvoir de l'annonceur sur les agences de communication, par exemple, et d'aucuns abusent allègrement de cette position de force.

Tous les moyens sont bons pour, finalement, bassement, discuter les prix.

La méchanceté, à la mode jusque dans les cabinets de recrutement, personnifiée sur le petit écran par Laurence Boccolini, une fausse méchante trahie par ses lacunes d'actrice. La méchanceté, ça paye : cela permet souvent de gagner 10% sur une facture.

Il y a des méthodes pour bien gâcher la vie des autres, au travail comme à la maison.

On met la pression pour montrer qui est le boss. Il suffit d'appeler toutes les heures pour savoir si le travail demandé "avance".

On impose arbitrairement des délais défiant toute logique pour tester la réactivité, et on gueule dès la première minute de dépassement, augmentant le volume à chaque demi-heure supplémentaire.

On fait de la rétention d'informations pour mieux semer la panique dans un dossier. Ah, je ne te l'ai pas dit ? Désolé. Débrouille-toi, je ne change pas mon délai.

On menace de retirer le budget de l'année suivante, de ne pas payer l'opération en cours. On fait mine d'aller voir ailleurs, alors que plus personne ne veut travailler avec vous !

Coups de téléphones assassins, mails de remerciements assortis d'une petite vacherie à destination des n+1, n+2 et n+3.

Rendez-vous compte : il y a des gens qui hurlent au téléphone, passent littéralement leurs nerfs sur des stagiaires, parfois même sur des professionnels chevronnés. Les victimes les plus stoïques dépriment un peu, mais savent encaisser. D'autres, plus sensibles, ne sachant pas lire entre les lignes, ne parvenant plus à décrypter une situation absurde, fondent en larmes, pâlissent, vont vômir aux toilettes. Et il y a ceux qui souffrent en silence, et qui se préparent très calmement un ulcère à l'estomac. On finit par douter de ses compétences, on se demande si le jeu en vaut la chandèle. On démissionne. On ne peut rien dire, car c'est le client, et rien de bon ne sort jamais d'un conflit avec un client, surtout pour celui qui est généralement accusé d'en être l'origine exclusive - la victime ! Combien de carrières ont été brisées par pure malveillance ?

Ces méchants intouchables posent un gros problème dans le monde du travail.

Attention, il s'agit peut-être d'un cas clinique banal. On ne reproduit pas ce type de comportement par hasard. Il faut chercher dans l'enfance un parent inutilement violent ou abusif. Dans la scolarité, un responsable de cycle un peu sévère, à la critique cassante. Au cours des études supérieures, un professeur désobligeant. Aujourd'hui, les anciennes victimes sont en position de rendre coup pour coup, et elles ne s'en privent pas.

Ou alors, on a affaire à des gens foncièrement méchants, incapables de se réfreiner, enfin débarrassés de toute forme d'autorité, et qui abusent impunément de leur petit pouvoir sur autrui.

On parle de pénibilité du travail pour les cheminots, mais il va falloir s'intéresser sans trop tarder au travail de bureau, lieu de souffrance psychologique et d'abus. Personne ne veut travailler pour Madame Olson. Personne ne devrait laisser sa santé se détériorer au travail. Cela n'en vaut pas la peine.

lundi 22 octobre 2007

La Pub pour les Nuls

Il y a probablement une grille tarifaire qui régit les droits d'utilisation d'une chanson dans une publicité, avec l'accord de l'auteur, de l'éditeur ou des ayant-droit. Si j'étais journaliste, je devrais faire ma recherche et obtenir cette grille avant de l'évoquer, mais ceci n'est qu'un blog, alors nous allons rester dans l'hypothèse.

Tout en haut de cette grille, le plus cher doit être l'utilisation de la chanson originale, qui implique peut-être l'image de l'artiste. Et comme c'est prohibitif, cela doit coûter beaucoup moins cher de la réenregistrer avec un groupe de jeunes, si possible avec un peu de saxophone. Il doit y avoir une astuce, car c'est généralement une version inédite, pour ne pas dire massacrée, qui nous est servie.

Très franchement, c'est assez embarrassant d'entendre un air de Laurent Voulzy sur une pub de pastis, mais à la limite, il eût été préférable que ce soit son interprétation. Utiliser une œuvre d'art pour faire de la pub, c'est délicat; la dénaturer en prime, c'est intolérable.

Mais j'imagine qu'un partenariat avec Laurent Voulzy, en plus de la chanson, c'est plus cher à l'achat. En termes de retombées, ça doit être plus intéressant quand même, et plus satisfaisant d'un point de vue artistique; si ça se trouve, Laurent Voulzy aime bien le pastis…

Le point de vue artistique dans la pub, face aux arguments commerciaux, ou aux arguments des commerciaux…

Le but de la musique, c'est d'accompagner le message publicitaire, pas de lutter avec lui.

En général, à moins que le message d'une chanson colle parfaitement avec le message de l'annonceur, il n'y a pas lieu d'utiliser les parties chantées, à moins de les réinterpréter pour éviter le clash.

Pendant la finale de la Coupe du Monde de rugby, l'Oréal a présenté un gel coiffant, utilisant une version de "Walk Like an Egyptian", vieux tube des Bangles repris plusieurs fois.

La musique colle bien au spot, c'est vivant, ça ne sent pas le réchauffé, on reconnait le titre. En revanche, le texte original ne colle pas vraiment - pas d'égyptien à l'horizon, pas de gens de profil, pas de bras en Z, pas d'identification au clip original, où tout le monde y compris la Statue de la Liberté se livre au pas révisité de l'égyptien.

Et pourtant, en fin de spot, est arrivé le refrain de la chanson, "Walk like an egyptian", sans lien ni avec l'image, le ton, ou l'accroche - les égyptiens utilisaient-ils un gel coiffant ?

A qui doit-on cette intervention ?

Au client, qui estime le coût des droits d'utilisation trop exhorbitant pour ne pas s'assurer que le spectateur la chanson ? C'est à ce genre de considérations qu'on doit l'identification de "Pierre Barthez, champion de tennis", dans plusieurs spots pour Lipton Yellow au milieu des années 80, montrant les limites du partenariat pas cher avec une vieille gloire méconnaissable - Bjorn Borg ne devait pas boire de thé.

Au commercial qui aime bien la chanson, qui pense que ça fait vendre si les gens identifient la marque à un tube, répercutant le succès de la chanson originale sur le produit, peu importe la confusion que cela engendre ?

Au directeur artistique, qui avait proposé la chanson au départ du projet, et qui ne se remet toujours pas du fait qu'on ait privilégié la voie sans égyptiens ?

En principe, quand on fait de la pub, il faut oublier les principes. Il paraît que ça nuit à la créativité. L'important, c'est ce qui reste de ces messages publicitaires. Pierre Barthez était un joueur de tennis, je ne bois toujours pas de thé, et si je veux avoir l'air d'un égyptien, il va falloir que je me coiffe.