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vendredi 5 septembre 2008

Hollywood : entre origines et originalité

Des nouvelles d'Hollywood, rapportées par mon ami Nicolas Copin, sur son blog. Il revient. Après Batman et Superman, c'est Robocop qui profite des progrès techniques et cinématographiques, ainsi que du renouvellement de génération, et de la grande place désormais attribuée aux héros de comics sur le très grand écran, pour dépoussiérer une franchise qui avait bien mal tourné.

Si vous avez raté Robocop, l'œuvre mythique de Paul Verhoeven (qui a enchaîné sur Basic Instinct et Starship Troopers, entre autres), vous n'avez probablement pas vu Robocop 2, d'Irvin Keschner, une suite inégale mais passable. Robocop 3, lui, n'est sorti que dans quelques vidéo clubs.

Si vous avez vu le premier Robocop, vous avez peut-être été scandalisé par la violence, l'apparition du gore dans un film difficilement classable. Il était interdit aux moins de 13 ans lors de sa sortie en salles, car il dénote un rapport à la vie humaine, et particulièrement au corps humain, propre à Verhoeven : dans un film bien structuré et l'ambiance basique, quand ça saigne, ça ne coule pas, ça éclate. Du pré-Tarantino caractérisé.

Après le succès de Batman Begins, restart insipiré d'une franchise épuisée et décousue, le policier robot peut donc revenir. Les studios ne sont pas dirigés par des gens originaux (artistes ?) : ça marche chez les copains, alors on fait pareil.

Il faut se rappeler le succès de Strange Spécial Origines, recueil mensuel de comics qui permettait aux fans de redécouvrir des héros bien ancrés dans leurs formules respectives; on y faisait la lumière sur des aspects souvent méconnus de leur personnalité, généralement liés à leur génèse ou à un épisode marquant de leur carrière.

Le spectateur, cible théorique de ces œuvres (produits ?), pourrait se plaindre de la pauvreté artistique d'une démarche qui vise à intégrer systématiquement le pourquoi du comment de chaque personnage de chaque film. C'est une option, pas une nécessité.

En l'occurrence, dans The Dark Knight, on évoque ici et là l'origine du joker, mais il n'y a pas de séquence dédiée - le fameux flashback nous a été épargné. Sans ce détour, on entre ainsi dans le vif du sujet, le joker reste entier dans son mystère. Et même quand il parle de son père, qui lui aurait infligé les cicatrices qui le caractérisent (le sourire étendu), il reste maître du récit. Après tout, il raconte peut-être cela pour se donner un genre dramatique : allez savoir s'il ne s'est pas tailladé lui-même le visage sans autre raison que, justement, la perte de la raison (cf. "Souriez", the killing joke, classique de Brian Bolland et Allan Moore).

Mais voilà. Le spectateur intéresse les studios pour sa capacité à payer sa place, pas pour son point de vue artistique. On veut qu'il se déplace, qu'il ait envie de voir, qu'il paye, pas nécessairement qu'il soit à l'aise une fois qu'il s'assied dans la salle. Pas nécessairement qu'il soit satisfait - il ne reviendra pas pour ce film-là, mais son insatisfaction le motivera probablement à tenter sa chance ailleurs, et c'est bon, globalement, pour le cinéma.

Ainsi revient Robocop, dans ce qui ne serait ni une suite, ni un remake, mais probablement un nouveau regard sur le même personnage, comme Marvel se l'est permis avec Hulk. On ne prend pas les mêmes, mais on recommence. Comme si Verhoeven n'avait jamais existé. Puisque ça marche.

En termes de stratégie, on peut se demander si l'effet de modene va pas finir par jouer des tours aux "suits" qui dirigent les studios hollywoodiens. Si un jour, Warner décide de faire mourir Batman, va-t-on assister à une hécatombe dans l'ensemble des franchises comics (et assimilés) ?

mardi 30 octobre 2007

Les légendes vieillissent mal

Pour apprécier une œuvre d'art à sa juste valeur, il faut une solide culture. Cela permet de situer le travail de l'artiste par rapport à une époque, à des moyens, à ses contemporains, et éventuellement à ce qui se fait de mieux en la matière, toutes époques confondues. Un véritable travail en soi. Mais cela n'empêche pas n'importe qui d'avoir sa propre sensibilité, et peut-être de ressentir quelque chose pour un artiste raté du XXème siècle. C'est l'émotion qui compte.

Faut-il aimer les classiques ?

Que se passe-t-il si, alors que vous faîtes l'effort de connaître ce qu'il faut connaître, les monstres sacrés, vous ne ressentez pas le même élan que vos aînés ?

Etes-vous irrécupérable si vous n'êtes pas sensible au regard subtil de la Joconde ? Etes-vous inculte si vous avez du mal à écouter un album entier de Led Zeppelin ?

Nombreux sont ceux qui écoutent toujours Led Zeppelin, avec la même ferveur… que les gens de l'époque. Il s'agit de gens qui ont grandi après Led Zep, à qui on a appris que c'était une grand groupe de rock, un précurseur, un incontournable qu'il fallait savoir apprécier.

Mais est-ce que ces nouveaux adeptes apprécient réellement cette musique, ou bien s'ys sentent-ils obligés ?

Il y a eu du progrès depuis, une évolution technique et culturelle indéniable, et le fait d'écouter la même chose qu'il y a 30 ans, avec un esprit de culte, c'est quand même particulier. Pour avoir résisté au mouvement, j'ai pu me rendre compte de l'aspect cultiste d'une telle démarche - il a fallu convaincre que je n'aimais pas, et ça a déplu. Je suis alors sorti du cercle des "puristes". Je me suis exclu du mouvement, et j'ai perdu une forme de respect de la part des véritables amateurs. Il fallait aimer Led Zep ! Se forcer, au besoin…

Elvis Presley a inventé le rock, mais le rock n'est pas resté figé à l'époque d'Elvis. S'il était vivant aujourd'hui, Elvis lui-même se régalerait peut-être avec un home studio, et préterait peut-être sa voix à une collaboration type Gorillaz, laissant à de jeunes talents le soin de mettre en musique sa voix unique. Il signerait probablement un contrat de partenariat avec Slim Fast, ses photos de scène avec 30 kilos de trop servant à vanter les bienfaits des régimes à vocation amincissante.

Fan de Jimi Hendrix, ayant lu plusieurs biographies, possédant tous ses albums studio, je suis incapable d'écouter un seul album d'une traite. Il y a du bon et du moins bon, du purement expérimental que l'artiste considérait peut-être raté, vu qu'il amorçait une profonde évolution de son propre style peu avant de mourir. Hendrix, de son vivant, se disait médusé de voir ses fans, guitaristes en herbe, se casser la tête à reproduire ses erreurs - montrant le problème posé par l'approche de sa musique sans recul, comme un culte.

Et que dire du live ? Quelle déception quand, à la faveur d'une édition en DVD du légendaire concert de l'Isle de Wight, je me suis rendu compte avec horreur de la mauvaise qualité sonore ! Je suis d'accord pour faire mon pélerinage, mais pas en marchant sur des cendres. D'autant que les fameuses Fender du maître ne tenaient pas aussi bien l'accord qu'aujourd'hui, et comme il brutalisait son instrument (avant d'y mettre le feu, rien qu'en tirant sur les cordes pour sortir ses sons inoubliables), il devait réaccorder parfois en plein morceau ! Ce DVD n'a pas bougé de son étagère depuis sa da te d'achat, à mon grand regret. En revanche, le fameux hymne national américain revisité par Jimi, présent sur la compilation "the ultimate experience", bénéficie d'une excellente qualité d'enregistrement, je l'écoute régulièrment avec le même plaisir, même si j'ai pu constater auprès de mes proches que j'étais bien seul dans mon bonheur. Pour beaucoup de gens, la prouesse d'Hendrix est plutôt désagréable.

Nous vivons une époque extraordinaire d'un point de vue technologique, les sounds system des salles, le soin apporté à la préparation des événements et la qualité des enregistrements donnant un produit qui n'a rien à envier aux légendes des 60's ou des 70's. Et musicalement, bon nombre de groupes ont repris le flambeau, et amenant plus loin, et avecc une plus grande maîtrise de tous les aspects de leur musique, un art devenu mature.

Souvenez-vous qu'Hendrix pompait allègrement des classiques de blues pour organiser ses propres morceaux, s'inspirait de lectures discutables pour écrire ses paroles et manquait singulièrement de répertoire personnel au plus fort de sa légende. Quelques-uns de ses titres cultes portent sa griffe, mais ont été composés par Bob Dylan (All along the watchtower, Like a rolling stone). Et très franchement, en tant que chanteur, c'était assez approximatif techniquement.

Si Guns'n'Roses est devenu un groupe de renommée planétaire en quelques années, c'est pour avoir sublimé ce qui restait du rock, amenant le genre à un sommet technique et musical rarement atteint. Le talent de Slash à la guitare, qui continue à vivre bien longtemps après la chute du groupe, n'a rien à envier ni à Hendrix, ni a Jimmy Page, même s'il leur doit probablement une partie de son inspiration. On parle ici d'influence.

C'est, du reste, tout l'intérêt des "bonnes" reprises. La version live de Knockin' on heaven's door, telle que jouée par Guns'n'Roses lors du concert à la mémoire de Freddie Mercury à Wembley en 1992, est un classique, une version particulièrement aboutie du morceau de Bob Dylan. On atteint un sommet sonore, particulièrement harmonieux et intense, le symbole de ce qu'a représenté un des plus grands groupes de rock de tous les temps, mélant métal, rock et blues. Ce n'est pas un hasard si ce titre a été un grand succès commercial (se distinguant du concert lui-même, moins apprécié), largement diffusé sur MTV (toujours dans le bons coups), rencontrant l'approbation d'un public particulièrement large et eclectique : c'est une interprétation qui a transcendé les barrières culturelles. Le "freedom" de Robbie Williams, en revanche, est considéré comme une régression par rapport à la version originale, signée George Michael.

Et c'est bien Puff Daddy qui a remis Cashmere au goût du jour, s'appropriant par sample juste ce qu'il fallait du morceau original pour faire son tube, "Come with me" (bande originale du film Godzilla). Nombreux sont ceux qui préfèrent son style viril à la voix cassée de Robert Plant, son rythme bien carré et intense à la version un peu molle de ses illustres précédesseurs.

Il faut connaître ses classiques, conserver la mémoire, perpétuer les mythes. Ces gens-là ont leur place dans un musée, dans un coin de ma discothèque virtuelle, mais pas sur ma table de chevet et, au bout du compte, pas sur mon ipod.

dimanche 28 octobre 2007

Petite histoire de l'art

Vous avez peut-être raté une émission de Bernard Pivot au cours de laquelle Guy Béart tenta de faire admettre à Serge Gainsbourg que la variété était un art majeur. En vain bien entendu, déjà que Gainsbourg n'était pas commode sur un plateau de télé, mais essayer de comparer "Le petit pont de bois" d'Yves Duteil à une symphonie de Mozart, ça reste une belle bavure ! Rien n'arrête un artiste qui défend son fond de commerce.

Le bon point de Béart, c'est la mélodie. Il y a forcément du génie dans la composition d'une bonne mélodie, que ce soit à la guitare ou au tuba. Mine de rien, Duteil et Béart ont vécu de leur guitare, il y a forcément quelque chose de magique.

Le vice, en revanche, c'est de franchir le gouffre entre une mélodie de guitare accompagnée d'un chant et une symphonie. Le même gouffre qui sépare les frères Bogdanov d'Einstein.

Imaginez le compositeur qui écrit une symphonie sur une portée, transcrivant sur papier tout l'orchestre qui joue dans sa tête. On parle de génie; de capacités cérébrales hors normes. Un sens inné de la composition. Reste encore à convoquer un orchestre pour savoir ce que ça donne, affiner, retravailler, mais en somme, tout est déjà écrit.

Ce génie-là, c'est ce qui fait toute la différence entre un art majeur et un art mineur.

Voilà qui est dit.

Mais cet art majeur est-il réservé pour autant aux génies ?

Aujourd'hui, la technologie permet de répondre à cette question.

Prenons l'exemple de Garage Band, le logiciel de composition musicale signé Apple.

Les instruments sont là, la timeline vous attend. Au lieu de tout arranger dans sa tête à grands renforts de mescaline, on peut tenter d'approcher le génie en créant, petit à petit, de clic en clic à la souris, de véritables symphonies. Cela peut prendre des heures, des mois, des années, il faut simplement penser à sauvegarder. Le principe est de pouvoir travailler à l'envi, avec autant de pistes et d'instruments que nécessaire, un morceau d'une durée virtuellement illimitée dans le temps. On peut multiplier les variations d'un même morceau, faire une pause d'un mois, reprendre où on en était.

Pensez à Dr Dre, qui reste des nuits entières dans un studio à retravailler un beat. Un studio qui coûte les yeux de la tête !

On peut exporter une version intermédiaire du morceau vers Itunes, puis vers un ipod, et le réécouter en boucle. S'éloigner de la machine pour retrouver le plaisir de l'écoute, devenir simple auditeur, prendre du recul.

La composition à portée de quidam.

Bien évidemment, sans talent, on ne va pas bien loin. On peut s'amuser, jouer les copistes, proposer des remixs de morceaux connus, et c'est déjà ça.

Mais le réel progrès, à la fois technologique et social, c'est l'opportunité de révéler son talent. Plus besoin d'instrument, d'inscription au conservatoire, d'accès privilégié à la musique. Il faut avoir accès à un ordinateur, cela reste une sélection en soi, mais dans une moindre mesure. Les ados peuvent laisser de côté MSN et se mettre à l'œuvre, essayer de composer eux-mêmes leur morceau de techno pour un prochain anniversaire. On peut tester en quelques clics son aptitude musicale - sens du rythme, oreille, sens de l'harmonie…

Avec un peu de travail, le petit génie en herbe peut faire partager son art naissant à ses copains, par mail ou via des sites tels que myspace. Une fois convaincu de son envie et de son talent, il peut jeter son dévolu sur un instrument réel et enrichir son approche de la musique.

Et avec un outil comme Garage Band (Apple), à talent égal, on a certainement plus de chances d'approcher l'art majeur que Guy Béart avec sa guitare.