Quidamned !

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lundi 8 mars 2010

La baraka virtuelle

Moi, j'ai la baraka.

J'ai 450 amis sur Facebook, 670 followers sur Twitter, 35 filles qui me veulent sur un site de rencontres à but exclusivement sexuel, 92 demandes de mise en relation sur Viadeo… grâce à l'internet, je suis partout. C'est la gloire.

Bon, j'exagère un peu.

Je n'ai que 45 amis sur Facebook, c'est très peu. Et c'est surtout la famille, quelques vrais amis, des relations. On ne se voit jamais car on est tous très occupés.

Les 67 followers sur Twitter, à part 4 amis, ce sont surtout des strip-teaseuses qui se fichent éperdument de ce que je raconte. Allez savoir pourquoi…

Les 35 filles qui veulent mon corps, c'est un mail automatique qui collecte des profils bidons avec des phrases racoleuses pour me faire cliquer sur le site et ainsi augmenter l'audience, qui permet de négocier des tarifs publicitaires pour des bannières ringardes. La honte du web. Pas de quoi être fier. Mais je ne me désinscris pas, parce que j'aime bien qu'on me dise que des dizaines de filles pensent à moi, me veulent dans leur lit. C'est flatteur. Illusoire, bien entendu, car je n'ai pas le temps de satisfaire 35 femmes, voyons…

Je n'ai pas 92 demandes de contact sur Viadeo, à peine quelques unes. Elle ne reflètent pas une volonté avérée des membres de ce réseau à caractère professionnel de me rencontrer ou de travailler avec moi, ne rêvons pas. C'est juste le résultat d'une routine qui fonctionne bien : quand on se connecte, le site propose une sélection aléatoire plus ou moins ciblée de "contacts potentiels" : ce sont généralement des gens qui connaissent les gens qu'on connait déjà. C'est l'opportunité d'étendre son réseau, de tisser sa toile. Il parait que c'est bon pour le business, pour trouver un job, d'avoir un réseau ; c'est ce qu'on dit, en tous cas, et ça ne coûte rien d'essayer, ou presque. Vous connaissez le slogan : 100% des gagnants ont tenté leur chance. Le networking, c'est un peu comme le loto…

Du coup, on prend l'habitude d'ajouter des inconnus dont on ne saura jamais rien. Avoir 200 contacts professionnels, ça ne rapportera probablement jamais le moindre copeck, mais c'est une fin en soi. Avoir un carnet de relations fourni, ça flatte. On a plein de relations. C'est cool.

Raconter sa vie, ça génère du buzz. Plus besoin de passer à la télé, exister sur internet, c'est déjà être une star. Pourvu qu'il y ait des commentaires !

Voilà donc la nouvelle bulle internet, increvable. Du rien à profusion. Du rien qui ne rapporte rien, qui ne sert à rien. Et du rien qui coûte.

Ben oui, ça coûte. Et pas seulement du temps, mais aussi de l'argent. Par faiblesse, je me suis laissé tenter par le pack premium de viadeo pour savoir qui consulte mon profil, quand, où, tout ! La plupart du temps, ce sont des collègues, des gens que je connais déjà, avec qui je ne travaillerai jamais en dehors de l'entreprise où je me trouve à l'instant T, c'est du networking redondant, inutile, une perte de temps.

Mais ce n'est pas important. Moi, en ce moment, j'ai plein d'amis.

jeudi 11 décembre 2008

Le point sur la liberté de la presse et l'éducation

Manifestation rare et exemplaire de la grave crise identitaire et déontologique qui menace la presse, un article étonnant propulsé en couverture du magazine Le Point pose de troublantes questions.

Accident ou tendance ?

Tout d'abord, on peut se demander quelle cohérence il y a entre la couverture du magazine, diffusée sous forme d'affichage public à but clairement promotionnel, et l'article lui-même - il est toujours difficile de résumer en quelques mots bien sentis un texte de plusieurs pages, surtout quand l'auteur de ces pages n'est pas celui des titres, comme c'est le cas dans la presse.

A l'intérieur du magazine, en théorie, on informe. En couverture, on accroche, on choque, on accapare. La divergence entre ces deux méthodes explique sans doute la distance certaine entre les propos des deux documents, qui devraient pourtant être intimement liés.

En titre, "Les profs - Tout ce que l'on n'ose pas dire". Ce n'est pas comme si on se privait de dire quoi que ce soit sur les professeurs, depuis 20 ans, et c'est même un sujet de grief récurrent : le respect pour les enseignants, déterminant dans le domaine de l'éducation, n'est plus là, notamment de la part du Ministre de tutelle, cela lui est suffisamment reproché. En mettant en tête "les profs", l'auteur implique que les points abordés relèvent de leur responsabilité. Comme si les profs étaient dissociables de l'Education Nationale, comme si les différentes politiques ministérielles depuis 20 ans n'étaient pas en cause.

Les sous-titres courts, évasifs, contribuent à semer le trouble :

• Les chiffres qui dérangent. Qui dérangent qui ? Comme si on essayait de cacher les problèmes archi-connus de l'Education Nationale. Comme si les profs eux-mêmes essayaient de cacher quoi que ce soit. Un chiffre éloquent devrait être expliqué par le Ministère, et certainement pas être dressé contre les profs : il y a en France un prof rémunéré par l'Education Nationale pour 12 élèves; or, en pratique, il y a régulièrement 30-35 élèves par classe. Si 1 prof sur 2 est payé pour ne pas faire cours, à qui la faute, sachant que ce ne sont pas les profs qui choisissent leur affectation ? Problème d'organisation ? Ce mammouth, dont on se plaint, qu'il faut dégraisser soi-disant, qui l'administre ? Et qui supprime des postes, sans pour autant revoir ce système déficitaire ?

• Le scandale de l'inégalité scolaire. L'inégalité scolaire n'est pas une nouveauté. Elle est archi-connue, et ses causes sont multiples, les profs eux-mêmes ne peuvent pas être tenus pour seuls responsables de l'inégalité scolaire. L'encadrement se fait en deux temps : à l'école et à la maison. Le travail personnel est déterminant pour le développement de l'élève. Que faire pour améliorer l'encadrement à la maison ? Pour Darcos, rien. Pire : il part en guerre contre ce qu'il nomme la "privatisation de l'enseignement", le secteur très porteur du soutien scolaire à domicile. Une mauvaise chose, selon Xavier Darcos ? Pourtant, un moyen efficace pour les parents d'apporter un soutien à leur enfant, quel que soit leur niveau d'éducation, moyennant un sacrifice financier bien sur, mais du coup à la portée de parents qui mettent en avant la réussite de leur enfant sans discrimination sociale; avec en prime la possibilité de contrôler les résultats (et de changer de répétiteur si l'enfant ne progresse pas).

• Le plan-choc de Xavier Darcos. L'effet choc de Darcos, c'est la réforme sans concertation. Et ses idées ne sont pas nouvelles. Elles choquent parce qu'elles n'ont pas de fondement logique, parce qu'elles contournent les problèmes importants et se font sans tenir compte des profs, précisément, qui ne contestent pas que par plaisir ou par habitude, comme cela est évoqué dans l'article, mais par conviction et fierté pour leur travail, accompli quotidiennement. Car malgré tout le travail de dénigrement effectué dans l'article, dans la continuité du dénigrement général observé depuis 20 ans, les profs enseignent, et des générations d'élèves sortent du système scolaire avec une solide formation. Le système a des défauts, nombre d'enfants en sortent mal en point, mais les causes de l'échec scolaire sont multiples, à commencer par l'environnement de l'enfant, sa famille. Prétendre régler le problème de l'échec scolaire uniquement à l'école, c'est occulter les grands problèmes de fond et menacer, sans certitude de résultat, un système et des profs qui fonctionnent.

• Pourquoi il faut mieux les payer. Mieux payer, cela veut dire donner plus d'argent pour un même travail. C'est le principe du mieux. Dans l'article, on évoque l'initiative maladroite de Xavier Darcos, qui, fidèle à la doctrine Présidentielle, a proposé de payer plus pour travailler plus. Il ne s'agit donc pas d'une augmentation de salaire seule, mais d'une augmentation de salaire proportionnelle à une augmentation du temps de travail, il ne s'agit donc pas de mieux payer. Grave contradiction.

La question de la liberté de la presse se pose quand un Ministre (en couverture, le regard bienveillant sur un enfant qui travaille) fait l'objet d'un article-éloge au détriment d'une classe de travailleurs. Le titre est faux : cet article n'évoque pas les profs, si ce n'est quelques lieux communs enchaînés à l'emporte-pièce sans s'appuyer sur une étude de fond dans un secteur en crise.

L'article est clairement orienté, faiblement argumenté, avec des commentaires de très peu d'intervenants acquis à la cause du Ministre, véritable héros/sujet de l'article. Un tel travail de soutien envers une personnalité ne devrait pas passer inaperçu, à tel point qu'on se demande pourquoi, tout simplement, le Ministre n'a pas eu droit, en plus de sa présence en couverture, à son propre titre. Hypocrisie ?

Morceaux choisis : • "Le ministre peut-il réussir ? Xavier Darcos a pour lui la volonté." • "Davantage d'argent. Quelle catégorie sociale n'en rêverait pas ?" (Pour 3 heures de plus par semaine, CQFD). • "Xavier Darcos : "Le système éducatif n'est pas fait pour les enseignants, il est fait pour les élèves et pour la famille." " • "Bien sûr, nul n'ignore que les heures sont plus nombreuses qu'il n'y paraît, que les enseignants corrigent leurs copies à la maison, préparent leurs cours le soir, mais, soyons honnêtes, leurs rythmes sont incomparablement plus légers que ceux de tous les salariés du privé."

En bref, si on en croit l'article (et bon nombre de lecteurs le croiront, puisque c'est écrit dans un journal respectable), les profs travaillent moins que les autres, ne veulent pas gagner plus d'argent (donc, plus besoin pour le Ministre de proposer des augmentations) et le Ministre Xavier Darcos est au service de la famille, les profs n'auront qu'à suivre. Raz-le-bol de ces fonctionnaires mal payés peut-être, mais qui ont du temps libre et tellement de vacances (vous, les français qui travaillent comme des mules, suivez mon regard) !

Les réactions relevées sur le site sont assez représentatives, et curieusement, souvent fondées (on a rarement autant de bon sens dans les contributions des internautes). Les profs réagissent avec désarroi et déception, puisqu'ils ont le sentiment assez juste dans l'ensemble de beaucoup travailler. Il y a bien sur les anti-profs, qui profitent de la brèche pour distiller leur haine, répondant sans subtilité à un article qui encourage ce genre de tendances, en montrant publiquement du doigt une frange de la société. Et enfin, un lecteur pose la question centrale : à quand un article sur les flics, les toubibs, pour évoquer les problèmes de ces secteurs ?

A propos de ces réformes-chocs : que se passera-t-il si, pendant que le Ministre se met à dos les profs avec des mesures inadaptées, la famille ne joue pas le jeu ? Quelle réussite peut-on espérer ?

Lire l'article du magazine Le Point

samedi 26 juillet 2008

Socialiste ?

La communication, c'est un secteur très chantant.

En parallèle des concepts publicitaires, slogans, accroches, il y a une production constante de petites phrases qui n'arrivent jamais dans les annonces presse ou dans les présentations à la clientèle, mais qui circulent bien dans les couloirs.

Avant les 35 heures, on entendait fréquemment : "On n'est pas des fonctionnaires ici !"

Quand on n'était pas encore aux 35 heures, c'était : "Oh, eh, on n'est pas aux 35 heures ici !"

Puis on est passés aux 35 heures, et ça a calmé un peu tout le monde. Comprenez que ces 35 heures, ça a permis de passer pas mal de choses, en bien et en mal, alors silence radio ! On ne communique pas sur les coups en douce.

Et soudain, dès qu'on tentait de respecter un peu le code du travail, on entendait ceci : "Dis donc, tu serais pas en train de devenir syndicaliste ?" Allez expliquer que vous essayez simplement de jouer le jeu, de respecter les règles, et ce faisant, les personnes…

Ces petits slogans, déjà bien pratiques par leur étonnante concision, sont encore trop longs. Si on veut, en cas d'urgence (c'est à dire tout le temps, dans la com), on peut effectivement résumer toute l'activité de l'entreprise en un seul mot : rentabilité. On lui fait tout dire. On menace des gens avec. Parfois, sur un malentendu, un coup de gueule, une personne qui se défend bien mal, on licencie…

Eh oui. Un mot, un seul, terrorise tout le monde : est-on rentable ?

Dans la com, on rend des comptes tout le temps. On ne fait pas n'importe quoi. Sauf quand on fait n'importe quoi, mais si on ne s'en rend pas compte, c'est différent, car on ne risque pas la prison quand on est incompétent. La connerie, ça passe en frais généraux…

On facture, on passe même un temps fou à deviser, ajuster les devis, faire des remises commerciales, on se serre carrément la ceinture, entre un pot de départ et la célébration d'un nouveau budget déficitaire dès l'ouverture d'une bouteile de Champagne. Mais c'est pas le même calcul, appelez ça de la réthorique, le Champagne passe en notes de frais…

On flippe. Pour garder son client, celui qui ne fera jamais gagner de l'argent à l'entreprise, mais dont la perte entraînerait sans doute une perte de crédibilité personnelle ingérable, on flingue l'entreprise pour ne pas se faire flinguer. On appelle ça un client stratégique. Celui qui figurera sur le prochaine plaquette, éditée à la va-vite juste avant de perdre le budget. Celui dont on espère qu'il fera décrocher un autre client, rentable, cette fois. C'est dire si on rêve…

Dans la comunication, on commence la journée à 10h. Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, mas ils ne briefent pas avant 18h…

On se rattrappe : comme on ne sait jamais à quelle heure on va finir, on s'adapte. Si l'opportunité se présente de partir à 18h quand même, on fonce. On prend ses provisions de liberté car demain, ce sera forcément terrible.

Et puis dans la com, la crise, ça ne dure jamais plus d'une semaine. Le vendredi après-midi, c'est fini, on est déjà en weekend, on ne peut plus redresser l'entreprise en quelques heures, alors on attérit en douceur pour ne pas être trop crevé, les clients sont déjà sur la route, le téléphone ne sonne plus, la vie peut enfin reprendre. C'est lundi matin, quand tout le monde sera là, vers midi, que ce sera l'enfer.

dimanche 10 février 2008

Parole de critique

Les critiques de cinéma sont au goût du spectateur ce que les sondages représentent par rapport aux intentions réelles de vote : un indice farfelu.

Dernier exemple en date : Astérix aux Jeux Olympiques, descendu par les critiques, pratiquement à l'unanimité (à l'exception de 20 Minutes, qui lui accorde 3 étoiles sur 4). Peu importe que le film réussisse un carton dès sa première semaine d'exploitation avec 3 millions d'entrées. Un film se juge en salle, pour soi-même, et selon les réactions du public. De ce point de vue, Astérix aux Jeux Olympiques remplit son contrat.

Ce n'est pas un grand film, et c'est là que le bat blesse, eu égard à son budget pharaonique de 78 millions d'euros. Mais le spectateur n'est pas actionnaire, et même si d'aucuns dénoncent une débauche déraisonnable, à la différence des véritables scandales financiers, le public ne paiera pas la facture. Nous ne sommes pas producteurs.

Ce n'est pas du Chabat. Difficile de passer après Mission Cléopâtre, le second volet si réussi d'Alain Chabat. On s'en remet, cependant, l'interprétation du fameux Nul restant très personnelle, parfois même critiquée pour ses écarts par rapport à la BD. Et il est bien rare qu'un même réalisateur enchaîne tous les épisodes d'une série.

Il y a du déchêt. Tout le début du film est parsemé de petits gags inoffensifs, parfois difficiles à identifier - on sourit après coup, mais on rit difficilement. Le pari de Stéphane Rousseau, peu connu en France, semble manqué. Il faut attendre l'apparition de Benoit Poelvoorde pour arracher les premiers éclats de rire à une salle acquise d'avance un samedi soir. Ce qui rate au début finit par réussir, et si ce n'est pour la présence inexplicable d'un Frank Dubosc hors de forme, le film trouve son rythme, les bonnes séquences s'enchaînent.

Alain Delon reste Alain Delon. Pas toujours juste, l'acteur est parfois desservi par une écriture à tendance scolaire : gags convenus, références littérales à sa filmographie, la performance est loin d'être parfaite. Mais, dès le premier plan, la présence est palpable : il s'agit bien du grand acteur français, parfait dans le rôle de César, lui donnant une dimension unique, particulièrement fidèle à la BD. La grande réussite du film. Face à lui, Brutus, craint de tous, redevient un garnement. Chabat en César, mine de rien, était loin du compte.

Du Poelvoorde juste. On l'a vu dans tant de films qu'on eut pu redouter une sensation de réchauffé. Classique dans le Boulet, surprenant dans Podium, le comédien belge trouve le ton juste avec un Brutus méchant, autoritaire et pourtant tout petit devant papa. Courtisan malchanceux, convaincu de sa domination mais dépassé par les événements, Brutus est constamment à côté de la plaque, mais sans en faire trop. Ridicule, mais la tête haute. Qui d'autre pouvait déclamer des vieux succès français ("Besoin de rien / envie de toi") en guise de poésie avec autant d'aplomb ? La plupart de ses scènes fonctionnent parfaitement.

Des invités, c'est la mode, et ce n'est pas toujours bien senti. L'intégration de stars, si elle n'est pas parfaite, revient à un simple exercice de promotion. L'apparition de Danny Brillant, testeur de miroir, eut été excellente si le chanteur ne s'était pas contenté de livrer tel quel le refrain de son tube le plus connu - un petit effort d'adaptation aurait sans doute mieux ancré la scène dans le film, et fait rire davantage. Idem pour l'apparition furtive d'Amélie Mauresmo, joueuse de tennis à la ville et dans le film, ni plus ni moins.

Des invités, c'est la mode, mais c'est franchement mythique quand c'est bien fait : l'apparition de Jean Todt, qui palpe la terre de la piste avant la course de chars, restera dans les mémoires. Zinedine Zidane avec des cheveux, Tony Parker qui dribble Jamel Debbouze, Michael Schumarrer dans son char Ferrari, apportent clairement un plus. Le dernier quart d'heure est, comme le dit si bien 20 Minutes (!), savoureux.

Les amateurs avertis de cinéma ne se retrouveront probablement pas dans Astérix aux Jeux Olympiques, et ne se déplaceront peut-être même pas. Mais il faut reconnaître que c'est un film divertissant, populaire, grand public. Il attirera certainement en salles des gens qui ne s'y trouvent qu'une fois par an, alléchés par une affiche de stars à la française, et c'est une très bonne chose. On rit, on s'amuse, on passe un bon moment. Pas de message sous-jacent, pas de Sarkozy, rien que du divertissement (le timing ne devait pas être bon pour espérer voir une Carlabrunix). Et cela fonctionne. Parfois, les critiques demandent trop à un film, à un réalisateur. Le public, lui, devrait s'y retrouver.

lundi 21 janvier 2008

Savoir, par tous les moyens

Avant de se lancer dans un projet, à moins d'être bénévole, on pose la question de l'intérêt, mais aussi du coût de renoncement. Souvent, on n'a pas le temps, le personnel, les finances ou les outils nécessaires. On jette alors l'éponge.

Cependant, dans le cadre d'une enquête, ces questions deviennent bien futiles. L'espoir semble balayer tout considération financière; il justifie même le recours à des ressources pratiquement illimitées. Il faut réussir… par tous les moyens.

Il suffit d'une découverte inhabituelle dans les bois de Fort Myers, en Floride, pour déclencher un impressionnant dispositif. Agents de Police, consultants anthropologues et bon nombre de petites mains, de laboratoires, se sont ainsi retrouvés autour de 8 squelettes dépourvus de chair et de vêtements avec une certitude : il s'agit de huit meurtres.

L'analyse de l'ADN a permis d'identifier deux victimes, dont le décès remonte à 1995. Les 6 autres restent anonymes, leur décès remontant jusqu'à 1980. Pas moins de 50 familles se sont soumises à l'épreuve de l'ADN afin de savoir si un de leurs membres, disparu de longue date, se trouvait parmi ces restes. En vain.

L'enquête continue. Le temps s'arrête.

Toutes sortes de techniques sont mises à profit.

Un tueur en série, dont l'une des victimes avait été retrouvée non loin, aurait été interrogé s'il n'avait pas été lui-même victime du système judiciaire, condamné à la peine de mort en 1999. S'il avait été incarcéré à perpétuité, cet homme aurait pu répondre, avec le temps, d'au moins 5 autres meurtres encore jamais élucidés.

Les crânes de 6 victimes non identifiées ont été envoyés à un sculpteur dans le Wyoming chargé de reconstituer les visages. Des portraits ont ainsi pu être diffusés par la Police, dans l'espoir qu'au moins quelqu'un, quelque part, ayant connu un jour l'une de ces personnes, reconnaisse ses traits reconstitués, se souvienne et se déplace pour donner un nom, clore un dossier et ainsi achever officiellement une vie.

Il ne s'agit plus de trouver une personne vivante (comme le fameux soldat Ryan). Il y a peu de chances que cette enquête amène un jour quelqu'un au tribunal pour répondre de ces crimes. La Police cherche à retracer les derniers moments de la vie de ces victimes, à déterminer les circonstances de leur mort, identifier leur assassin, établir son mobile, autant d'éléments nécessaires pour répondre à une question : pourquoi a-t-on retrouvé 8 squelettes dans les bois de Fort Myers ?

Chaque année, des affaires tout aussi insolites trouvent un élément de réponse, l'indice qui permet de retrouver une piste, jusqu'au dénouement improbable. L'appareil judiciaire est en marche. Si cela peut permettre à une famille de comprendre, de savoir ce qui est arrivé à l'un de ses membres, le jeu en vaut sans doute la chandelle. Si cette détermination peut faire hésiter un criminel, c'est certainement un bon investissement.

dimanche 30 décembre 2007

Gérer sa connexion au monde

Faut-il être trentenaire pour comprendre tous les aspects des moyens de communication ?

Faut-il avoir connu le téléphone à cadran, avec sa sonnerie standard, imposée à tout le monde par le constructeur, pour vous réveiller du sommeil le plus profond en pleine nuit à travers 3 cloisons ?

Il semble que pour beaucoup de gens, les nouveaux moyens de communications ne soient absolument pas maîtrisés : ils sont littéralement subis.

Et pourtant, comme tout objet, tout bien de consommation, ces merveilles technologiques sont étudiées pour s'adapter au consommateur, et non l'inverse.

Le volume de la sonnerie est modulable depuis des années. Le choix de la sonnerie est plus ou moins restreint, d'aucuns ne savent même pas qu'ils entendent l'hymne national hollandais à chaque appel. Le vibreur, en particulier, est une merveille : discret, relativement efficace, c'est généralement la meilleure option pour être prévenu d'un appel sans assourdir ses voisins avec une version polyphonique de la Marseillaise.

Ensuite, et c'est plus compliqué, le téléphone, portable ou fixe, tout comme internet, le fax, ont une fonction essentielle trop souvent oubliée du fait de leur autonomie toujours plus longue et de la généralisation de l'illimité : toutes ces merveilles peuvent être éteintes à tout moment, aussi longtemps que vous le souhaitez.

Si vous souhaitez vous adonner à une activité sans être dérangé, déconcentré ou interrompu, il suffit de mettre tout votre matériel hors-tension. Vous retournez ainsi au Moyen-Âge, en termes de télécommunications. Vous devenez soudain injoignable, déconnecté du monde. Vous n'êtes plus disponible que pour l'activité que vous avez choisie, pour la personne qui vous accompagne dans ces instants exquis, où seule la perceuse du voisin peut vous atteindre.

Un ami n'avait jamais réalisé qu'il pouvait décrocher son téléphone pour ne plus être dérangé dans ses moments les plus intimes. Il n'y avait jamais pensé. Et pourtant, quelle nuisance. Un cas typique de coïtus interromptus a telephono.

Est-ce si difficile ? Cela vous parait-il stupide, désuet, inutile ? L'électronique serait-elle addictive ? Seriez-vous devenu sans le savoir un maniaque de la communication ?

Au-delà de l'aspect purement technologique, qu'est-ce qui pousse les gens à se rendre disponible en permanence ?

Il y a ceux qui considèrent que c'est ça le progrès, qu'il faut nécessairement être joignable en permanence, parce que c'est écrit dans le manuel. Si on a besoin de moi, je suis là. Qu'on se le dise.

Il y a ceux qui veulent qu'on les appelle. Qui appellent les autres pour leur demander pourquoi on ne les a pas appelé. Qui s'inquiètent d'un intervalle trop long entre deux sonneries. Les appeler, c'est s'intéresser à eux. Les appeler, c'est un peu les aimer. En plein dîner, ils s'éclipsent de table, mais pas trop loin, pour qu'on entende vaguement la conversation, les éclats de rire, sans pouvoir réellement écouter; au retour à table, on a droit au CV de la personne qui a appelé, le sujet de la conversation, la bonne nouvelle… Forcément, pour ces gens-là, la fin du forfait est une fatalité, la panne de batterie un drame.

Enfin, il y a les pros. Ceux dont le portable est payé par l'entreprise, qui doivent répondre à tout prix, leur mode de vie est réglé autour du portable. Mais ils échappent peut-être désormais à la catégorie des êtres humains. Ils sont en service commandé 24h sur 24h. Se méfier des imitations : le semi-pro à qui son entreprise n'a rien demandé, mais qui s'est si mal débrouillé dans son travail qu'il reçoit des alertes à tout moment, qu'il doit réparer ses errements à distance, son job n'en dépend pas vraiment, mais il aime à le penser et à le faire croire aux autres. Cet animal-là est le roi du coïtus interromptus a job. Reviens vite mon chéri; va sauver le monde !

Pour avoir fait le tour de la question, des irréductibles soucieux de leur bonheur et fâchés par l'attitude abusive des opérateurs de téléphonie mobile en France, avec des forfaits en légère augmentation sur 10 ans et des terminaux invariablement inabordables. Joignables par mail ou par ligne fixe, au prix d'une sonnerie si douce qu'on ne l'entend pas toujours.

Rater un appel, est-ce si grave ?

Mon entourage le sait : si vous avez un problème de santé, appelez une ambulance, le numéro est plus court. Un incendie ? Attrapez un extincteur, appelez les Pompiers, mais ne me dérangez pas. Un danger ? Appelez la Police !

Et si Jean-Pierre Foucault appelle pour me faire gagner des millions (improbable puisque je suis sur liste rouge), je risque fort de passer à côté de la fortune.

Ne dit-on pas, après tout, que le silence est d'or ?

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