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mardi 15 avril 2008

99 francs : à voir 99 fois

Ce n'est pas tous les jours qu'on regarde un divx qui vous donne envie d'acheter le DVD.

Un divx, le plus souvent c'est un fichier pirate. Le principe, contrairement à la loi, c'est de le faire tourner entre copains pour éviter de payer. Et ça nuit clairement à la création artistique. Par définition.

Jan Kounen avait abordé le sujet au moment de la sortir de Blueberry, en mettant en avant un point assez juste, déclinable à l'envi : pourquoi regarder un film d'une qualité extraordinaire sur un écran 15" avec une compression sauvage ?

Aujourd'hui, avec les écrans 24 à 30", les cartes graphiques grand public avancées et les codecs de compression aboutis, la qualité des fichiers piratés est excellente. Mais le problème se pose toujours. Un film à la maison, c'est bien, mais ça n'a rien à voir avec un écran de 30 mètres de large et de 10 mètres de haut. Réagir tout seul dans son salon ou au milieu d'une foule, c'est très différent. C'est bien aussi. Mais pas nécessairement pour découvrir un film. Nécessairement pas, devrais-je dire.

99 francs, il fallait le voir en salles. Enfant de la pub, partie prenante du système, employé dune boîte de com, je n'ai pas souhaité me replonger dans cet univers si familier en dehors de mes heures de travail.

Et j'ai eu tort.

Parce que c'est Kounen. Ce n'est pas du cinéma américain, dont il emprunte quelques codes. Ce n'est pas du cinéma français. C'est un monde à part. De la mise en scène juste, extrêment juste. Pointilleuse. On n'imagine pas la tension sur le tournage, parce qu'on oublie que tout ça a été tourné; mais en y réfléchissant après coup, on se dit que M. Kounen, il doit vraiment emmerder ses acteurs entre deux claps. Pour les pousser à l'excellence. Regardez bien : tous sont justes. Pas une seconde de relâchement. Pas de faute. Nickel.

Parce que Jean Dujardin ne fait pas du OSS117 ou du Jean Dujardin. Il est Octave Parango, il n'est pas vraiment Beigbeider, il est quelque chose d'autre. Il est authentique, sans être caricatural.

Même le point qui me fache encore un peu, que le réalisateur explique très bien, et qui doit agacer tout le monde par sa longueur (j'essaie de ne pas en dire trop), je crois que je vais finir par l'apprécier. Un auteur, ça se respecte. Surtout quand il sort le grand jeu, dans un exercice pas évident, qui consiste à s'approprier l'œuvre d'un autre, et à en faire son propre chef d'œuvre.

99 francs : à voir absolument, à revoir passionnément, à faire des pauses, des retours, à consommer sans modération.

Actuellement en prix vert à la Fnac. J'y cours.

samedi 26 janvier 2008

Cherchez le cliché

C'est dans le sport américain qu'on trouve les plus beaux clichés.

En particulier dans les articles de presse, aussi bien du côté des journalistes que des joueurs.

Il faut les comprendre. La saison de basket NBA, par exemple, s'étend d'octobre à juin, à raison de quelques 120 matches pour l'équipe championne, incluant une saison régulière de 82 sorties, une pré-saison de 5-6 matches et les play-offs.

Il y a 30 équipes, dont 4 à six prétendants sérieux au titre de champion, une quinzaine de trouble-fêtes qui se satisferont d'une place en play-offs, et une dizaine de misérables qui jouent leur recrutement de la saison suivante - notamment la fameuse "draft" universitaire au mois de juin, qui attribue le meilleur choix théorique au plus mauvais club, d'après le classement et un système de loterie.

Mettez-vous à la place d'un joueur qui vient de perdre un match que tout le monde a vu sous tous les angles à la télévision. Les temps morts sont nombreux, il faut environ 2 à 3 heures pour disputer une rencontre de 48 minutes, ça laisse tout loisir aux commentateurs de décrypter le moindre action.

Et pourtant, à chaque match, 10 minutes après le coup de sifflet final, la presse est autorisée à venir s'agglutiner dans les vestiaires des deus équipes, dictaphone au poing, pour recueillir de précieuses informations.

C'était le cas des Lakers, vendredi soir, après une défaite assez banale, sur un score convaincant mais pas catastrophique (105-112) contre Dallas, équipe plutôt respectable. (Source : LA Times)

Deux détails importants : primo, les deux ailiers sont passés au travers (3/10 aux shoots, c'est peu pour des titulaires); secundo : tout s'est joué dans le 3ème quart-temps, à la sortie des vestiaires.

Le reporter médusé : "Que s'est-il passé ?"

Phil Jackson (entraîneur, 9 titres de champion) : "Je ne sais pas. Nos ailiers n'ont pas été efficaces dans ce match."

Merci Phil. Quelle expertise.

Lamar Odom (ailier, 2/9 aux shoots) : "En ce moment, nous manquons de rythme tous les deux. C'est une attaque qui repose sur le rythme, il faut s'attendre à des matches comme ça."

Le reporter inquiet : "Pouvez-vous y remédier ?"

Lamar Odom : "Il faut aller à la salle, et simplement continuer à s'entraîner au shoot. En match, il faut continuer à shooter. Juste continuer à shooter."

La réponse est un peu facile, le joueur le sent, il a le bon cliché qui va bien. En fait, il en a deux, et il va les mixer dans une même phrase, pour changer un peu. On appelle ça une variation.

Lamar Odom : "Je vais simplement continuer à jouer au basket comme il faut, jusqu'à ce que l'entraîneur me donne d'autres instructions."

Jouer comme il faut, la bonne méthode, c'est le basket bien académique : faire circuler la balle, jouer en équipe, respecter le système mis en place, bien défendre.

Traduisons.

En gros, si Lamar Odom a mal joué, c'est parce qu'il a appliqué le système de l'entraîneur, dans lequel il n'est pas à l'aise, car ça l'oblige à bouger sans ballon et de manière coordonnée avec le reste de l'équipe, en attendant qu'un coéquipier veuille bien lui faire une passe; il doit shooter quand le système le lui permet et non quand il en a envie.

Alors, Lamar Odom est bien gentil, mais il a passé une salle soirée, il en a raz la casquette du système, il aimerait bien avoir la balle et jouer à sa manière, mais tant que l'entraîneur ne veut pas, il faut s'attendre à des contre-performances de temps en temps.

Derek Fisher, son coéquipier, qui a déjà remporté le titre de champion avec les Lakers (3 fois d'affilée entre 2000 et 2003) est le plus sage de l'équipe.

Derek Fisher : "Je ne pense pas que nous sommes assez concentrés au début du troisième quart-temps. C'est comme si nous avions oublié ce qui nous a permis d'être encore dans le match, avec juste un point d'avance ou un point de retard."

Ah bon. Ils sortent du vestiaire où le staff technique leur a fait le résumé du match, mais ils ne savent plus où ils en sont ? Soit ils ne pigent rien, soit ils n'écoutent pas, soit c'est le staff qui doit revoir son discours ! Une autre précision, Derek ?

Derek Fisher : "C'est peut-être dû à la fatigue, nous avons peut-être encore du mal à jouer les 48 minutes du match."

Pour mémoire, personne ne joue 48 minutes, pas moins de 10 joueurs se partagent les 5 postes, mais le cliché magique, c'est de dire que l'équipe joue bien pendant 46 minutes et que c'est la foire pendant les 2 minutes restantes, ce qui coûte le match ! On joue bien, mais pas longtemps.

Fatigue en sortant du vestiaire ? On se demande à quoi sert la mi-temps…

Le mot de la fin revient à la star du club, Kobe Bryant. Après deux matches à l'extérieur, les Lakers rentrent à Los Angeles.

Kobe Bryant : "Nous serons bien meilleurs. Je ne pense pas que les joueurs doivent s'inquiéter. Nous sommes venus jouer dans deux salles difficiles, et à part ces petits passages à vide dans le troisième quart-temps, nous avons plutôt bien joué. Il est temps de rentrer à la maison, de se rassembler et de se préparer."

Un discours parfaitement consensuel pour une star qui a été surprise, l'été dernier, par un videaste amateur dans un parking en train de dénigrer le management du club pour n'avoir pas transféré un de ses coéquipiers quand l'occasion s'était présentée.

Pendant ce temps-là, une star universitaire qui devrait passer pro l'an prochain, a frôlé la correctionnelle : risquant une suspension, OJ Mayo a dû s'acquitter de 460 dollars, c'est-à-dire la valeur faciale de deux places pour un match des Lakers qui lui avaient été offertes par Carmelo Anthony (un joueur NBA qui n'avait probablement pas payé ces places lui-même). C'est le règlement poussiéreux de la NCAA appliqué à la lettre, à l'américaine : les joueurs "amateurs" ne doivent pas recevoir le moindre sou (à moins de travailler) ou la moindre faveur ayant une valeur financière quantifiable pendant la durée de leurs études (offertes par le biais d'une bourse). Pour info, le basket universitaire génère près de 2 milliards de dollars de recettes en droits télé et merchandising chaque année, notamment grâce à des stars comme… OJ Mayo !

Un commentaire, OJ ?

OJ Mayo : "Je suis heureux que cette affaire soit terminée. Je me concentre toujours sur mon basket à l'université. Cette expérience m'a ouvert les yeux. J'ai essayé de faire attention au règlement depuis mon arrivée à l'université (USC). Je remercie les gens qui m'ont aidé à résoudre ce problème et je me concentre pour le match de demain contre Oregon." (Source : LA Times)

Clairement le communiqué tout préparé, bien officiel.

Je joue au basket, ne me demandez pas autre chose, je n'ai pas conscience d'avoir une vie en dehors du basket, je prépare en ce moment même le match de demain. J'aurai une personnalité l'année prochaine, quand je serai pro et que les sponsors auront besoin de moi pour une pub de céréales ou d'assurances. Je suis quelqu'un de sain et je n'écoute du rap que pour mieux me motiver à jouer au basket.

Quel sens du divertissement !

jeudi 3 janvier 2008

Quand le patron fait peur

Que feriez-vous si vous étiez chef d'entreprise ?

Seriez-vous capable de prendre les bonnes décisions, celles qui assurent la survie ou la prospérité de votre société ?

À l'heure des comptes, par exemple, seriez-vous capable de précipiter un départ, d'influencer une femme enceinte pour faire commencer son arrêt maladie assez tôt pour économiser une partie de sa paye, aux frais de l'assurance maladie ? De retenir un employé en lui promettant une augmentation, mais de retarder l'échéance, de laisser filer les semaines, d'attendre qu'il vous relance et, s'il finit par s'agacer du délai, de le sermonner en lui expliquant que les temps sont durs pour tout le monde ?

Seriez-vous capable de demander à un cadre à qui vous avez accordé une prime confortable de signer une reconnaissance de dette du montant acquis, de manière à faire passer la somme comme un prêt fictif, pour ne régulariser la transaction qu'au cours de l'année suivante ? La manipulation permet à votre employé de toucher la somme convenue sur le champ (il l'attend depuis des mois), mais elle n'apparaît pas dans les comptes de l'année en cours : l'employé ne paie pas d'impôts pendant un an, et la somme n'apparaît sur les registres que l'année d'après.

Pas très légal, tout ça…

Mais alors, seriez-vous un patron légal ? Un bon payeur ? Un patron honnête et dévoué pour vos employés ?

Ou bien, pour gagner quelques milliers d'euros, vous montreriez-vous capable de faire pression sur des gens plus faibles, influençables ?

Une entreprise peut-elle bien fonctionner avec un gentil patron ?

Combien de patrons, dans l'ensemble, sont complètement irréprochables et efficaces à la fois ? La question se pose, car il est toujours plus facile d'identifier un patron douteux que de prouver la totale transparence d'un patron parfaitement honnête.

Au bout du compte, entre les scandales financiers de très grandes entreprises comme Enron, et les témoignages des employés d'une PME parisienne, le nombre d'affaires douteuses est tel qu'on finit par se demander qui est irréphochable, et qui est à deux doigts de se faire coincer.

Car le pire, dans tout cela, c'est qu'il ne s'agit pas fatalement de gangsters à part entière; certains sont juste un peu filous (ce qui n'excuse rien). Il suffit, au fond, de quelques subtilités d'écriture pour faire le pas fatidique.

Alors, finalement, est-ce vous avez vraiment la trempe d'un patron ?

mardi 1 janvier 2008

Fortifications de fête

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Cette année, une nouvelle mode a fait son apparition sur les Champs-Élysées.

Les touristes, on a l'habitude. Les autochtones éméchés qui viennent s'embrasser à Minuit, c'est une tradition. Les appareils photo se multiplient, mais ne sont pas nouveaux.

La dernière mode, le grand chic, c'est la palissade.

Nombre de grands magasins ont organisé dans l'après-midi, en prévision de l'imprévisible, la fortification de leurs vitrines, comme la boutique Hugo Boss ci-dessus. On pouvait voir des ouvriers poser à la tombée de la nuit des planches de couleur sobre, un bleu nuit sur notre photo, qui donnent à la plus belle rue de la capitale une allure de bidon-ville.

Pour les grandes enseignes qui payent si cher le droit de se montrer sur l'une des artères les plus visitées de Paris, l'heure n'est plus à la pub, mais à la sauvegarde.

À l'origine de cette protection, sans doute une astuce perdue entre deux paragraphes d'un contrat d'assurance.

La Mairie de Paris avait déjà mis en place un service redoutablement efficace pour ramasser les tessons de bouteille par millions qui jonchent chaque année la chaussée entre l'Étoile et le carré Marigny, autant de bouteilles jetées par les badauds bien nigauds qui s'embrassent et se débarrassent, ivres à plus d'un titre dans la célébration du nouvel an.

L'escalade continue.

Désormais, il faut prévoir le pire, l'étape qui précède la guerre civile, le chaos ordinaire d'une fin d'année bien arrosée.

Aujourd'hui, la simple palissade en bois. Demain, le rideau de fer ?

dimanche 30 décembre 2007

Gérer sa connexion au monde

Faut-il être trentenaire pour comprendre tous les aspects des moyens de communication ?

Faut-il avoir connu le téléphone à cadran, avec sa sonnerie standard, imposée à tout le monde par le constructeur, pour vous réveiller du sommeil le plus profond en pleine nuit à travers 3 cloisons ?

Il semble que pour beaucoup de gens, les nouveaux moyens de communications ne soient absolument pas maîtrisés : ils sont littéralement subis.

Et pourtant, comme tout objet, tout bien de consommation, ces merveilles technologiques sont étudiées pour s'adapter au consommateur, et non l'inverse.

Le volume de la sonnerie est modulable depuis des années. Le choix de la sonnerie est plus ou moins restreint, d'aucuns ne savent même pas qu'ils entendent l'hymne national hollandais à chaque appel. Le vibreur, en particulier, est une merveille : discret, relativement efficace, c'est généralement la meilleure option pour être prévenu d'un appel sans assourdir ses voisins avec une version polyphonique de la Marseillaise.

Ensuite, et c'est plus compliqué, le téléphone, portable ou fixe, tout comme internet, le fax, ont une fonction essentielle trop souvent oubliée du fait de leur autonomie toujours plus longue et de la généralisation de l'illimité : toutes ces merveilles peuvent être éteintes à tout moment, aussi longtemps que vous le souhaitez.

Si vous souhaitez vous adonner à une activité sans être dérangé, déconcentré ou interrompu, il suffit de mettre tout votre matériel hors-tension. Vous retournez ainsi au Moyen-Âge, en termes de télécommunications. Vous devenez soudain injoignable, déconnecté du monde. Vous n'êtes plus disponible que pour l'activité que vous avez choisie, pour la personne qui vous accompagne dans ces instants exquis, où seule la perceuse du voisin peut vous atteindre.

Un ami n'avait jamais réalisé qu'il pouvait décrocher son téléphone pour ne plus être dérangé dans ses moments les plus intimes. Il n'y avait jamais pensé. Et pourtant, quelle nuisance. Un cas typique de coïtus interromptus a telephono.

Est-ce si difficile ? Cela vous parait-il stupide, désuet, inutile ? L'électronique serait-elle addictive ? Seriez-vous devenu sans le savoir un maniaque de la communication ?

Au-delà de l'aspect purement technologique, qu'est-ce qui pousse les gens à se rendre disponible en permanence ?

Il y a ceux qui considèrent que c'est ça le progrès, qu'il faut nécessairement être joignable en permanence, parce que c'est écrit dans le manuel. Si on a besoin de moi, je suis là. Qu'on se le dise.

Il y a ceux qui veulent qu'on les appelle. Qui appellent les autres pour leur demander pourquoi on ne les a pas appelé. Qui s'inquiètent d'un intervalle trop long entre deux sonneries. Les appeler, c'est s'intéresser à eux. Les appeler, c'est un peu les aimer. En plein dîner, ils s'éclipsent de table, mais pas trop loin, pour qu'on entende vaguement la conversation, les éclats de rire, sans pouvoir réellement écouter; au retour à table, on a droit au CV de la personne qui a appelé, le sujet de la conversation, la bonne nouvelle… Forcément, pour ces gens-là, la fin du forfait est une fatalité, la panne de batterie un drame.

Enfin, il y a les pros. Ceux dont le portable est payé par l'entreprise, qui doivent répondre à tout prix, leur mode de vie est réglé autour du portable. Mais ils échappent peut-être désormais à la catégorie des êtres humains. Ils sont en service commandé 24h sur 24h. Se méfier des imitations : le semi-pro à qui son entreprise n'a rien demandé, mais qui s'est si mal débrouillé dans son travail qu'il reçoit des alertes à tout moment, qu'il doit réparer ses errements à distance, son job n'en dépend pas vraiment, mais il aime à le penser et à le faire croire aux autres. Cet animal-là est le roi du coïtus interromptus a job. Reviens vite mon chéri; va sauver le monde !

Pour avoir fait le tour de la question, des irréductibles soucieux de leur bonheur et fâchés par l'attitude abusive des opérateurs de téléphonie mobile en France, avec des forfaits en légère augmentation sur 10 ans et des terminaux invariablement inabordables. Joignables par mail ou par ligne fixe, au prix d'une sonnerie si douce qu'on ne l'entend pas toujours.

Rater un appel, est-ce si grave ?

Mon entourage le sait : si vous avez un problème de santé, appelez une ambulance, le numéro est plus court. Un incendie ? Attrapez un extincteur, appelez les Pompiers, mais ne me dérangez pas. Un danger ? Appelez la Police !

Et si Jean-Pierre Foucault appelle pour me faire gagner des millions (improbable puisque je suis sur liste rouge), je risque fort de passer à côté de la fortune.

Ne dit-on pas, après tout, que le silence est d'or ?

samedi 15 décembre 2007

Commerce mondial du jemenfoutisme

2007 est l'année de la surprise.

Comme chaque année, me direz-vous.

Stupeur et émoi à l'annonce de terribles nouvelles.

A la lecture du Monde, aujourd'hui, on peut apprendre qu'un élément essentiel à la fabrication des téléphones portables, le coltan, fait l'objet d'un traffic incroyable dans le monde.

Vous changez de téléphone trois fois par an, ces téléphones quasiment donnés par votre opérateur contre la certitude que vous allez rester client pendant 12 à 24 mois ? Vous perpétuez un traffic, vous assurez la prospérité d'une milice dans un pays lointain et quelque part, tout le monde s'en fout. L'Australie et le Congo, c'est pas la porte à côté.

Enfin, vous participez.

Contre votre gré, à votre insu, oui et non.

Vous ne vous informez pas et on ne vous informe pas vraiment. Ce n'est pas bon pour les affaires.

Si on faisait autant d'information sur la fabrication du produit et tout ce qu'implique sa production industrielle, qu'on fait de publicité, peut-être auriez-vous le choix.

Mais vous avez besoin de votre téléphone portable, n'est-ce pas ? Tout est fait pour ça. Vos baskets, votre PDA, tout votre style de vie est échaffaudé autour de ces produits.

Alors qui se soucie, au bout du compte, si ce besoin finance des activités criminelles quelque part dans le monde ?

C'est tout le problème de l'insouciance, en 2007, malgré les progrès inimaginables des système d'information.

Tout le monde s'en fout.

Lien vers l'article du ''Monde''

vendredi 30 novembre 2007

Rien ne va plus à Cap Canaveral

Vous avez déjà vu plusieurs fois les images du lancement d'une fusée, réussi ou non.

Compte à rebours. Décollage. Scène de joie incroyable dans la salle de contrôle.

Curieusement, je n'y avais jamais réfléchi. Comme souvent à la télé, on prend ce qu'on nous donne sans discuter, ça passe ou ça casse, pas le temps de réfléchir qu'on se retrouve dans le Vaucluse pour l'ouverture du Beaujolais. Pas le temps de voir que l'ombre de Buzz Aldrine déconne complètement lors de son premier pas sur la Lune.

Cette joie dans la salle de contrôle, les tapes dans tous les sens, les gens qui s'embrassent, à chaque lancement réussi chez des professionnels du lancement de fusée, c'est quand même lourd de sens. On imagine la pression ressentie par chaque collaborateur, qui sait très bien que le bâtiment a des chances de ne jamais arriver à destination, équipage avec. Quand on revient sur les causes d'accident dans ce secteur, on comprend que bien peu de choses peuvent tout faire rater, coûter des vies, des millions de dollars et d'heures de travail; c'est un projet de plusieurs années qui peut partir en fumée en quelques secondes sous le nez de centaines de milliers de téléspectateurs. On ne se cure pas le nez le jour du lancement, à Cap Canaveral, sous peine de finir au Zapping.

On parle de pression.

Quel rapport entre Cap Canaveral et la communication ?

Tout. Sauf la fusée.

Le lancement, la pression de résultat, les délais de malade, l'impression que toute la planète vous regarde et que c'est le drame à la moindre erreur. Dans la communication, on ne lance pas des fusées (mais ça ne saurait tarder, elles seront rouges et jaunes, on sait tout faire dans la com, on n'a peur de rien). On lance des opérations promotionnelles, des campagnes publicitaires, à tire-larigo, et on brasse des budgets colossaux.

Bon, j'exagère. Il y a bien des petites différences.

Le chef de projet, à la NASA, ne retarde pas un lancement pour grossir le logo sur la fusée à la dernière minute. Claire Chazal et CNN attendent !

Il ne viendrait pas à l'idée du pilote, même en proie à une forme de fatigue mélée de dépression, d'expédier la fusée dans un champ de patates uniquement parce qu'il en a plein le dos.

Le préposé au contrôle de pression des turbines ne se permettrait pas, par peur de tout faire foirer, de ne pas dire qu'il y a un gros voyant rouge qui clignote alors que le lancement se prépare.

"Je m'en fous, c'est pas ma fusée !", ça n'existe pas à Cap Canaveral.

Quand on participe à un lancement avec des vies en jeu, on est toujours lucides et responsables.

Enfin, j'espère…

mardi 27 novembre 2007

Recherche d'emploi acharnée

Le recherche d'emploi, ça use, ça use. La recherche d'emploi, ça use les petits nerfs.

Pour gagner son bifteck, il faut savoir employer les grands moyens, c'est un fait, mais toujours avec tact.

C'est très facile à dire quand on est en CDI, mais les gens en poste sont toujours, eux aussi, en recherche de quelque chose : augmentation, évolution, intéressement… et ces choses-là se négocient longuement. Parfois sans succès.

Le propos reste le même pour tout le monde : zen !

Même si on joue sa vie, quelque part.

Même dans la détresse, gardez votre sang froid. Même avec les huissiers à la porte, gardez la tête haute; vous êtes toujours à un entretien du salut. Même si vous êtes dans votre droit, si vous convenez parfaitement au poste proposé, si c'est la neuvième candidature rejetée ce mois-ci, il n'est jamais de bon conseil de perdre son calme face à un employeur ou l'un de ses représentants.

L'entretien d'embauche commence à la minute où vous lisez l'annonce. Il ne faut surtout pas être désagrable avec la standardiste qui a pour mission de ne pas vous passer au téléphone la personne que vous cherchez à contacter. C'est une future collègue, vous n'avez aucun intérêt à vous la mettre à dos. Elle connait probablement votre employeur potentiel par son prénom; elle ne vous pistonnera pas, mais un mot défavorable de sa part peut précipiter votre CV à la corbeille. Surtout si vous postulez dans la communication.

Dans un contexte de chômage important, le marché est en faveur de l'employeur : il a l'embarras du choix. Personne n'embauchera un demandeur d'emploi agressif (à part peut-être dans certains milieux, mais ils recrutent généralement par relation).

Passez vos nerfs sur un oreiller, insultez dans votre tête l'employeur qui vient de refuser votre candidature, fâchez-vous virtuellement. Mais si vous avez une petite chance de trouver un jour la bonne opportunité, celle qui se cache là où vous ne l'attendrez plus, par pitié, n'allez pas la gâcher par un mot de travers à la mauvaise personne.

Il y a trop d'aléatoire dans la recherche d'emploi pour se permettre pareil risque.

mardi 20 novembre 2007

Le client est roi, mais quel genre de roi ?

Une devise, ça fait classe, ça rassure, ça sert à tout.

Dans la communication, c'est souvent le pot de terre contre le pot de fer. On a beau brainstormer comme des beaux diables, retravailler sa création jusqu'au bout de la nuit, expliquer qu'on ne peut plus faire de modification pendant l'impression, il y a toujours quelqu'un pour dire la phrase qui tue. Peut-être, mais… le client est roi.

Une belle manière de rompre toute discussion.

Mais au fait, un roi, qu'est ce que c'est au juste ?

Notre dernier roi, en France, était Louis XVI. Son dernier acte marquant a été de convoquer les États généraux (le Clergé, la Noblesse et le Tiers État) le 5 mai 1789 afin de leur faire voter de nouveaux impôts pour renflouer les caisses de l'État, en vain. Le Tiers État a proposé d'accorder plus de libertés, d'organiser une répartition plus juste des impôts et une nouvelle manière de gouverner. Le refus du Roi s'inscrit dans une succession d'événements qui ont amené la chute de la monarchie. Un client, comme un roi, peut s'il n'y prend pas garde, se faire renverser par une révolution !

Henry VIII (1509-1547) était roi d'Angleterre, il a fait assassiner deux de ses femmes, dont l'une en demandant expréssement au bourreau de s'y reprendre à plusieurs fois pour la décapiter (il suffit de couper un peu mollement). Est-ce que vous voudriez de lui comme client ?

Considérer son client comme un roi, supposant que cela lui donne tous les droits, cela lui donne aussi certainement des devoirs. Respect, dignité, patience. Après tout, un roi n'est pas entouré que de laquais - il y a bien des chevaliers, des dignitaires. Si le client pouvait être un roi maganime et organisé, cela ferait du bien à pas mal d'agences de communication.

vendredi 16 novembre 2007

Le retour de Madame Olson

Personnage imbuvable, impitoyable et incontournable de la saga de la "Petite Maison dans la Prairie", Madame Olson était la femme du brave commerçant du village, qui ne perdait pas une occasion de blesser par sa méchanceté les simples mortels infortunés, parmi lesquels les fameux Ingalls.

Certains ont dû la vénérer secrètement et reproduisent aujourd'hui ce comportement dans l'exercice de leur fonction. Ils prennent vraisemblablement un malin plaisir à faire travailler des gens pour rien, à insulter et /ou humilier les êtres plus faibles et moins fortunés, ceux dont ils ont bien souvent le destin en main.

C'est tout le pouvoir de l'annonceur sur les agences de communication, par exemple, et d'aucuns abusent allègrement de cette position de force.

Tous les moyens sont bons pour, finalement, bassement, discuter les prix.

La méchanceté, à la mode jusque dans les cabinets de recrutement, personnifiée sur le petit écran par Laurence Boccolini, une fausse méchante trahie par ses lacunes d'actrice. La méchanceté, ça paye : cela permet souvent de gagner 10% sur une facture.

Il y a des méthodes pour bien gâcher la vie des autres, au travail comme à la maison.

On met la pression pour montrer qui est le boss. Il suffit d'appeler toutes les heures pour savoir si le travail demandé "avance".

On impose arbitrairement des délais défiant toute logique pour tester la réactivité, et on gueule dès la première minute de dépassement, augmentant le volume à chaque demi-heure supplémentaire.

On fait de la rétention d'informations pour mieux semer la panique dans un dossier. Ah, je ne te l'ai pas dit ? Désolé. Débrouille-toi, je ne change pas mon délai.

On menace de retirer le budget de l'année suivante, de ne pas payer l'opération en cours. On fait mine d'aller voir ailleurs, alors que plus personne ne veut travailler avec vous !

Coups de téléphones assassins, mails de remerciements assortis d'une petite vacherie à destination des n+1, n+2 et n+3.

Rendez-vous compte : il y a des gens qui hurlent au téléphone, passent littéralement leurs nerfs sur des stagiaires, parfois même sur des professionnels chevronnés. Les victimes les plus stoïques dépriment un peu, mais savent encaisser. D'autres, plus sensibles, ne sachant pas lire entre les lignes, ne parvenant plus à décrypter une situation absurde, fondent en larmes, pâlissent, vont vômir aux toilettes. Et il y a ceux qui souffrent en silence, et qui se préparent très calmement un ulcère à l'estomac. On finit par douter de ses compétences, on se demande si le jeu en vaut la chandèle. On démissionne. On ne peut rien dire, car c'est le client, et rien de bon ne sort jamais d'un conflit avec un client, surtout pour celui qui est généralement accusé d'en être l'origine exclusive - la victime ! Combien de carrières ont été brisées par pure malveillance ?

Ces méchants intouchables posent un gros problème dans le monde du travail.

Attention, il s'agit peut-être d'un cas clinique banal. On ne reproduit pas ce type de comportement par hasard. Il faut chercher dans l'enfance un parent inutilement violent ou abusif. Dans la scolarité, un responsable de cycle un peu sévère, à la critique cassante. Au cours des études supérieures, un professeur désobligeant. Aujourd'hui, les anciennes victimes sont en position de rendre coup pour coup, et elles ne s'en privent pas.

Ou alors, on a affaire à des gens foncièrement méchants, incapables de se réfreiner, enfin débarrassés de toute forme d'autorité, et qui abusent impunément de leur petit pouvoir sur autrui.

On parle de pénibilité du travail pour les cheminots, mais il va falloir s'intéresser sans trop tarder au travail de bureau, lieu de souffrance psychologique et d'abus. Personne ne veut travailler pour Madame Olson. Personne ne devrait laisser sa santé se détériorer au travail. Cela n'en vaut pas la peine.

mercredi 14 novembre 2007

Logique du chiffre

On peut faire dire n'importe quoi aux chiffres, notamment en entreprise. Et tout particulièrement dans la communication.

Pourquoi changer les méthodes ? Les chiffres sont au vert !

Pourquoi travailler plus ? Le chiffre d'affaires est excellent !

De quel chiffre d'affaires parlons-nous ? De celui qui était déjà à ce niveau avant nous, c'est-à-dire le business généré par d'autres ? Est-ce qu'il faut s'enorgueillir d'avoir tout simplement maintenu le chiffre, freiné la descente malgré la "crise", nettement amélioré sans pouvoir donner une seule bonne raison ?

Est-ce que l'équipe qui ouvre le Champagne ne se félicite pas du travail d'une équipe précédente, remerciée sans ménagement quelque mois plus tôt ? Le succès célébré prépare-t-il la chute à venir ?

Qui fait le chiffre d'affaires d'une entreprise ? Le grand patron, le directeur général, l'équipe commerciale, les créatifs, les techniciens ? Faut-il féliciter celui qui fait entrer le client ou celui qui le retient ?

Lorsqu'un client augmente son budget de communication, le chiffre d'affaires de son agence augmente aussi, faut-il y voir un succès pour l'équipe commerciale qui aurait su trouver les mots justes pour déclencher l'investissement ou une stratégie d'ores et déjà formulée par le service marketing de l'annonceur ?

La fameuse crise de la communication du début du siècle est-elle liée aux attentats du 11 septembre 2001, à l'émergence du numérique ou à d'autres problématiques du secteur ? Tout à la fois ?

Et si l'Équipe de France de Rugby avait remporté la Coupe du Monde, est-ce que cela aurait permis aux entreprises mêmes les plus mal gérées de profiter de l'euphorie et de faire du chiffre ?

Finalement, qui a le plus d'impact sur le chiffre d'affaires de votre entreprise ? Chabal, Ben Laden ou Steve Jobs ?

Ou bien vous ?

lundi 12 novembre 2007

Phone culture

Qu'est-ce qui rythme votre journée ?

Il faut se lever le matin pour aller travailler, beaucoup trop tôt.

Vers midi, il faudra déjeuner.

En fin d'après-midi, on finit bien par quitter le travail, faire quelques courses, on s'efforce d'arriver à temps pour ne pas rater une émission de télé, on se prépare un plateau pour regarder les informations à 20h, le film du soir ou bien un DVD.

Toute cette mécanique est bien rôdée, 5 jours par semaine, le weekend est un peu plus aléatoire.

Enfin, c'était avant l'émergence du téléphone mobile.

Quel stress !

Chaque minute, quelqu'un peut appeler pour proposer un déjeuner, annuler un rendez-vous, précipiter le cours des événements.

En général, c'est la famille ou des amis.

Si vous avez un poste à responsabilités, c'est votre supérieur (le fameux n+1, comme on dit quand on est branché) qui appelle pour vous rappeler la réunion du lendemain - en fait, un petit coup de pression pour se rassurer, puisqu'il vous a vu noter le rendez-vous sur votre PDA.

Ou alors, c'est un n-1 plus prompt à décrocher son téléphone qu'à résoudre ses propres problèmes, tellement dépendant de vous, qui appelle au secours, vous permettant une nouvelle fois de sauver la planète et de montrer à quel point vous êtes important…

Si vous êtes encore néophite, vous recevez régulièrement des alertes promotionnelles de votre fournisseur, mais vous ne le savez pas tout de suite, votre esprit cherche pendant quelques secondes, en panique, qui peut bien vous solliciter. Votre grand-mère toujours un peu souffrante ? La Française des Jeux qui vous cherche partout pour toucher enfin votre super-cagnotte ?

Est-ce que c'est ce rush qui vous pousse à rester joignable toute la journée, 16 heures sur 24 ?

Est-ce que c'est l'imprévu, l'attente du coup de fil qui chamboule tout, qui vous fait décrocher si vite ?

Cette activité supplémentaire, écouter ses messages, envoyer des SMS, réengregistrer son message d'accueil, choisir sa sonnerie, changer son fond d'écran, est-ce absolument nécessaire, ou bien est-ce parce que c'est totalement superflu, précisément, que c'est amusant ?

Evidemment, le téléphone mobile est un progrès indéniable, un outil de communication devenu essentiel dans la vie de tous les jours. Il permet sans doute de sauver des vies, ou bien tout simplement de prévenir quand vous êtes en retard, et c'est déjà pas mal.

Mais est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Un forfait entre 20 et 50 euros par mois, c'est-à-dire 240 à 600 euros par an hors dépassements, un terminal entre 100 et 300 euros, un ou plusieurs chargeurs prêts à fonctionner à la maison et au bureau, les contacts à mettre à jour, qu'on perd quand on change de téléphone, tout un style de vie modifié pour intégrer ce petit morceau de technologie qui fait des photos toutes petites ?

dimanche 11 novembre 2007

Une expérience humaine grâce à l'informatique

Je viens de lire un commentaire d'un lecteur et ami (dans le désordre), dans ma boîte mail, daté d'une petite heure environ.

C'est toujours fascinant de se dire qu'il y a une heure, cette personne était comme moi, devant un oridnateur, chez elle ou dans un web café, en France ou peut-être en voyage dans n'importe quel pays, peut-être qu'il y faisait jour.

Il y a une heure, cette personne était donc debout, et j'étais moi-même en train de bouiner (s'adonner à une activité quelconque) sans faire attention à ma boîte mail. J'aurais pu lire ce courriel instantanément, y répondre, peut-être avoir une réponse dans la minute suivante. Si j'étais branché MSN, on aurait même pu avoir une conversation. Il se trouve que le format courrier était meilleur, car on écrit plus facilement qu'on ne dit certaines choses.

After hours, passé 22h, on n'appelle pas les gens. C'est l'usage. On estime qu'ils dorment, qu'ils ont envie d'être tranquilles, on ne veut pas déranger.

Mais grâce à la technologie, on peut faire passer ses idées en temps réel, au moment où elles viennent, sans avoir à attendre que la personne soit disponible, et sans délai de livraison.

C'est de la communication instantannée, dans le respect des usages et des personnes.

C'est surtout un moyen de garantir la circulation des idées. Sans ces moyens, cette personne aurait sans doute oublié de m'appeler, je n'aurais probablement pas songé à la recontacter, et nous nous serions perdus de vue, alors que nous avons tant de choses à nous dire. Quelle honte ! (Sans cette technologie, je serais déjà couché depuis deux bonnes heures, et ma maman ne serait pas consternée par mes cernes, il faut bien le reconnaitre…)

Au bout du compte, la technologie rapproche les gens, à moindres frais et sans efforts. Ne vivons-nous pas une époque formidable ?

vendredi 9 novembre 2007

Liberté de l'intox

Curieuse notion que la liberté de la presse.

Un peu comme la liberté d'expression.

Une belle illusion…

Selon le pays, c'est avant tout la liberté de se faire casser la gueule.

Personne n'est libre !

Sans aller jusqu'aux jeux de pouvoir, les fameuses pressions politiques, ni même le politiquement correct.

Tout le monde a une famille, des amis, une communauté. Un mot de travers, et c'est la polémique. Les discussions sans fin.

De nos jours, il faut même faire particulièrement attention pour ne pas écrire une sottise; faire des efforts considérables pour arriver au bout d'un article sans fâcher quiconque.

Rien qu'une faute de frappe ou une grosse coquille, c'est devenu inadmissible, passible de raillerie ou pire, d'indignation…

Comment est-ce possible ?? L'erreur, humaine ?

Aujourd'hui, un auteur de roman peut se retrouver au tribunal pour les propos d'un de ses personnages, jugés scandaleux. Pas coupable, finalement relaxé sans suite, mais au moins un après-midi de perdu, une inquiétude durant la procédure, sans doute longtemps après, le visage d'un plaignant indigné par le classement de son affaire, promettant de ne pas en rester là…

C'est à se demander comment on trouve encore, aujourd'hui, des gens pour écrire !

vendredi 26 octobre 2007

Terminologie du cool

Dans la com, on n'est pas des intellos.

Si on avait fait Polytechnique, on ne serait pas payé à vendre des idées à des vendeurs de yaourts.

On l'aime bien le client, il nous fait vivre juste ce qu'il faut. Il chipote sur les devis, mais bon, on n'a pas trop le choix en même temps. Des fois, le client, il nous met trop la pression. Il nous impose des délais de fou furieux parce que souvent, il comprend pas vraiment notre métier.

Dans le métier, on est obligés d'inventer des mots, parce que c'est pas facile d'exprimer son idée avec très peu de vocabulaire.

Mais la com, au fond, c'est tout simple.

Une pub, c'est carré. Ecran de télé, quatre-par-trois dans le métro, page de magazine. Tout carré, ou rectangulaire si vous voulez, mais vous chipotez. Dans ce carré, on distingue 3 composants : le fond, les textes et les visuels.

Le fond, c 'est le papier. Faut pas que ce soit trop blanc, sinon ça fait vide. Vu ce qu'on facture en fab, vaut mieux pas être radin sur la couleur. La fabrication, c'est tout ce qui tourne autour de l'impression (achat de papier, impression, façonnage, livraison). Vous chipotez, là. Je vais pas tout vous expliquer (j'ai pas le temps). Faites comme moi, quand vous ne savez pas, vous ne dites rien ! Bon, de toutes façons, j'ai besoin d'une petite pause, je vais me fumer une clope, alors je vous accorde encore 5 minutes, mais pas plus, je dois aller à un brainstorming dans 10 minutes (une réunion qui, malgré son nom, ne nécessite pas d'avoir un cerveau).

Les textes, c'est le rédac qui les écrit. Quand le rédac n'est pas dispo, c'est bibi qui s'y colle. Bibi, c'est n'importe qui, après tout, pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour trouver une accroche. Une accroche, c'est un bout de texte qui flotte. Il flotte, quand il est posé sur rien, on a l'impression qu'il est en l'air. Le client aime bien quand c'est aéré, mais faut pas que ça flotte trop. C'est quelqu'un de sensible, le client.

Quand c'est pas du texte, c'est du visuel : reuf (rough = esquisse, un dessin quoi), photo, volume (truc pas plat). Un visuel, faut que ça ait de la pêche. Un visuel pas assez péchu, c'est fade. Faut demander au graphiste de le péchufier un peu.

Le graphiste, il est trop fort, il fait des trucs, je pige que dalle. Des années que je le vois faire, et j'ai toujours rien compris. En même temps, c'est pas mon boulot.

Ce que le client aime chez nous, c'est notre réactivité. Les autres, ils dorment, mais nous, on est réactifs ! On nous demande un truc et paf ! on le fait.

Chipotez pas. Rapide, c'est pas pareil. On est ré-a-ctifs. On réagit. On agit. On est trop forts et les autres ils sont trop nuls.

D'ailleurs, on va faire un pot. Pendant un pot, on n'est ni vraiment au boulot, ni vraiment à la maison, on peut se lacher un peu, mais pas trop. Il y a de l'alcool, des chips, un peu de musique, pour fêter un départ, deux arrivées, une compet gagnée et un nouveau budget.

Quoi, on n'a pas le droit de respirer un peu, de s'amuser ?

Vous chipotez vraiment trop. Vous êtes pas cool. Vous n'avez aucun avenir dans la pub.

lundi 22 octobre 2007

La Pub pour les Nuls

Il y a probablement une grille tarifaire qui régit les droits d'utilisation d'une chanson dans une publicité, avec l'accord de l'auteur, de l'éditeur ou des ayant-droit. Si j'étais journaliste, je devrais faire ma recherche et obtenir cette grille avant de l'évoquer, mais ceci n'est qu'un blog, alors nous allons rester dans l'hypothèse.

Tout en haut de cette grille, le plus cher doit être l'utilisation de la chanson originale, qui implique peut-être l'image de l'artiste. Et comme c'est prohibitif, cela doit coûter beaucoup moins cher de la réenregistrer avec un groupe de jeunes, si possible avec un peu de saxophone. Il doit y avoir une astuce, car c'est généralement une version inédite, pour ne pas dire massacrée, qui nous est servie.

Très franchement, c'est assez embarrassant d'entendre un air de Laurent Voulzy sur une pub de pastis, mais à la limite, il eût été préférable que ce soit son interprétation. Utiliser une œuvre d'art pour faire de la pub, c'est délicat; la dénaturer en prime, c'est intolérable.

Mais j'imagine qu'un partenariat avec Laurent Voulzy, en plus de la chanson, c'est plus cher à l'achat. En termes de retombées, ça doit être plus intéressant quand même, et plus satisfaisant d'un point de vue artistique; si ça se trouve, Laurent Voulzy aime bien le pastis…

Le point de vue artistique dans la pub, face aux arguments commerciaux, ou aux arguments des commerciaux…

Le but de la musique, c'est d'accompagner le message publicitaire, pas de lutter avec lui.

En général, à moins que le message d'une chanson colle parfaitement avec le message de l'annonceur, il n'y a pas lieu d'utiliser les parties chantées, à moins de les réinterpréter pour éviter le clash.

Pendant la finale de la Coupe du Monde de rugby, l'Oréal a présenté un gel coiffant, utilisant une version de "Walk Like an Egyptian", vieux tube des Bangles repris plusieurs fois.

La musique colle bien au spot, c'est vivant, ça ne sent pas le réchauffé, on reconnait le titre. En revanche, le texte original ne colle pas vraiment - pas d'égyptien à l'horizon, pas de gens de profil, pas de bras en Z, pas d'identification au clip original, où tout le monde y compris la Statue de la Liberté se livre au pas révisité de l'égyptien.

Et pourtant, en fin de spot, est arrivé le refrain de la chanson, "Walk like an egyptian", sans lien ni avec l'image, le ton, ou l'accroche - les égyptiens utilisaient-ils un gel coiffant ?

A qui doit-on cette intervention ?

Au client, qui estime le coût des droits d'utilisation trop exhorbitant pour ne pas s'assurer que le spectateur la chanson ? C'est à ce genre de considérations qu'on doit l'identification de "Pierre Barthez, champion de tennis", dans plusieurs spots pour Lipton Yellow au milieu des années 80, montrant les limites du partenariat pas cher avec une vieille gloire méconnaissable - Bjorn Borg ne devait pas boire de thé.

Au commercial qui aime bien la chanson, qui pense que ça fait vendre si les gens identifient la marque à un tube, répercutant le succès de la chanson originale sur le produit, peu importe la confusion que cela engendre ?

Au directeur artistique, qui avait proposé la chanson au départ du projet, et qui ne se remet toujours pas du fait qu'on ait privilégié la voie sans égyptiens ?

En principe, quand on fait de la pub, il faut oublier les principes. Il paraît que ça nuit à la créativité. L'important, c'est ce qui reste de ces messages publicitaires. Pierre Barthez était un joueur de tennis, je ne bois toujours pas de thé, et si je veux avoir l'air d'un égyptien, il va falloir que je me coiffe.

mercredi 19 septembre 2007

Ecrire une lettre en 2007

Dans un article de milieu de page du journal Le Monde, loin de la une, sur une petite colonne, on apprend que la plupart des professeurs n'ont pas reçu la fameuse lettre de Nicolas Sarkozy. C'est parfaitement normal : ce document de 35 pages, rendu officiel le 4 septembre dernier, a été édité et distribué aux médias et à certaines personnalités, mais la plupart des exemplaires destinés aux éducateurs ne seront imprimés qu'à partir du 21 ou 22 septembre. Les destinataires annoncés ne recevront donc le courrier Présidentiel que 3 semaines après son annonce initiale.

En 2007, ce n'est pas le moyen le plus direct de faire passer un message, si tel est bien votre but.

Le texte, disponible sur internet, a d'ores et déjà été lu par bon nombre de professeurs. L'information circule bien plus vite sur les "autoroutes" dédiés que par routage "réel". Par conséquent, sur un million d'exemplaires prévus, combien iront directement à la poubelle ?

La mécanique de l'opération suggère que c'est le geste qui compte, le fait que le Président de la République s'adresse, par des moyens archaïques, à ceux qui pratiquent, en France, l'éducation. S'adresser aux éducateurs, certes. La démarche en elle-même fait débat, les éducateurs n'étant que la moitié de l'équation éducative, l'autre moitié étant les élèves. Mais le faire de manière si publique, que la lettre est entre les mains des média 3 bonnes semaines avant ses "véritables" destinataires ?

Du reste, le message du Président n'est pas tout à fait juste. Début septembre, il ne fallait pas dire : "Je m'adresse aux éducateurs", mais "Je m'adresse aujourd'hui aux médias et à quelques personnalités pour annoncer que j'ai écrit une lettre de 35 pages à l'attention des éducateurs, que je la ferai imprimer dans 3 semaines, ils finiront bien par la recevoir dans le mois qui vient."

Et comment justifier une telle débauche de moyens désuets, l'édition d'1 million d'exemplaires papier, le routage, dans un pays où le taux d'équipement en accès internet haut débit est l'un des meilleurs d'Europe, où tout professeur peut avoir accès, d'une manière ou d'une autre, à ce genre d'informations ? Quelques pages sur un site du gouvernement, et l'affaire était classée !

S'il s'agit d'un souci d'équité, tout le monde n'étant pas égal devant l'outil informatique, les solutions ne manquent pas : pourquoi ne pas faire circuler un fichier pdf à l'attention des chefs d'établissements scolaires, avec pour consigne d'en éditer au moins un exemplaire, consultable par l'ensemble du corps enseignant dans la salle des professeurs, à la bibliothèque ou ailleurs ?

Quelle conclusion ?

Le goût du symbôle, au prix d'une méthode lourde, maladroite et coûteuse ? Le luxe du papier imprimé par la volonté Présidentielle ? Le sens du spectacle, peut-être…