Quidamned !

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vendredi 6 février 2009

Les mots débiles

L'orthographe française a connu son Mai 68, tout récemment, dans une certaine confidentialité.

En gros, ni vous ni moi n'avons été invités, et certainement pas non plus ces esprits remarquables qui eussent été aptes à mener une telle réforme.

L'idée, certainement, était de tordre le coup aux difficultés qui ont fait souffrir des générations d'élèves, mais aussi de franciser des expressions courantes, et notamment de donner un féminin à ces titres qui n'en avaient pas.

La méthode ? Débile. Faible. Facile, soi-disant. On simplifie, paraît-il. On sabote, on escamote, on se venge, le résultat laisse pantois.

Aujourdhui, on ne dit plus Madame le procureur, mais Madame la procureure. Par décrêt ! Pourtant, en général, un mot composé du suffixe -eur au masculin se transforme au féminin en -euse : un serveur, une serveuse. On connaissait déjà une variante : un directeur, une directrice. Suite à la réforme, nous avons une combinaison supplémentaire : on dit bien un serveur, une serveuse; un directeur, une directrice; mais on dit un procureur, une procureure. Procureuse, ça ne devait pas plaire au comité.

Au chapître des diplômes, il y a aujourd'hui le mastère. Grande réussite. Comme c'est un diplôme harmonisé au niveau européen, il fallait faire correspondre le titre français à l'anglais "master". Qui se prononce d'ailleurs "masteur". Résultat : "mastère". Mot masculin. Mais qui s'écrit, comme "rivière", mot féminin. Vous avez dit logique ?

C'est presque le même mot, mais ça ne sonne pas pareil. On aurait pu tout simplement construire "masteur" en français, même sonorité, orthographe française. Pourquoi "mastère" ? A cause de "magistère" ? Si l'idée, c'est de produire une orthographe moderne, il faut peut-être se fier à l'usage; or, titulaire du diplôme, pour épater vos copains, ou en entretien d'embauche, vous direz plutôt quoi ? "Mastère" ou "master" ?

Il y avait bien en français le mot "maîtrise", qui était à la fois classe et clair, et qui collait parfaitement avec l'anglais "master", au niveau du sens; mais c'était un diplôme qui sanctionnait 4 ans d'études, alors que le "mastère" en compte 5. C'était sans doute trop compliqué à adapter, et bien moins créatif. Moins original aussi…

Voilà l'idée, on réforme, on adapte, on simplifie… Enfin, disons qu'un improbable groupe de quadras et de quiquagénères règle ses comptes avec l'orthographe, qui les a probablement fait souffrir dans leur jeunesse ! Au lieu de faire vraiment simple, c'est-à-dire juste, élémentaire, quelque chose de construit et bien pensé, on se contente de tirer dans les coins et de marquer son originalité, au mépris de l'étymologie, du bon sens, de la logique de la langue. On fait dans l'art moderne. On peut se demander si, pour les générations d'élèves qui apprendront et devront appliquer la nouvelle orthographe améliorée, l'affaire ne vient pas brusquement de se compliquer…

jeudi 20 décembre 2007

C'est au cul du camion qu'on trouve l'offre d'emploi

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Le vrai problème du chômage en France, vous l'avez peut-être sous les yeux.

Les emplois existent !

C'est juste difficile de les trouver.

Prenez cette annonce, par exemple. Il faut aller la chercher !

Quel chômeur aurait l'idée, quand il se promène en voiture (s'il a toujours une voiture), de regarder à l'arrière d'un camion, au milieu des inscriptions de toutes sortes, plaque d'immatriculation, indications de vitesse, et autres marques, s'il n'y a pas une offre d'emploi ?

Est-ce là une initiative de dernière minute, une preuve de détresse ?

Si vous voyez ce camion, peut-être serez-vous séduit par cette vision de rêve, ce paradis sur roues, cette fabuleuse destinée ?

Vous n'y avez jamais pensé, mais là, en attendant que le feu passe enfin au vert, vous avez lu cette annonce et vous avez décidé de prendre votre vie en mains.

Piéton, en passant entre deux voitures, avant de traverser, vous êtes tombé sur cette annonce, et vous vous êtes dit : quelle bonne idée ! Finie la vie pédestre, à moi les nuits blanches au volant d'un 15 tonnes !

On se moque, mais si ça se trouve, la méthode fonctionne. Les routiers, amateurs comme professionnels, ont peut-être l'habitude de regarder les annonces au cul du camion. Après tout, les commerçants affichent bien leurs annonces sur leur propre porte.

En cherchant bien sur la poubelle de votre immeuble, peut-être trouverez-vous une annonce pour un emploi dans le tri sélectif ?

De nos jours, pour trouver un emploi, il faut ouvrir l'œil.

vendredi 9 novembre 2007

Liberté de l'intox

Curieuse notion que la liberté de la presse.

Un peu comme la liberté d'expression.

Une belle illusion…

Selon le pays, c'est avant tout la liberté de se faire casser la gueule.

Personne n'est libre !

Sans aller jusqu'aux jeux de pouvoir, les fameuses pressions politiques, ni même le politiquement correct.

Tout le monde a une famille, des amis, une communauté. Un mot de travers, et c'est la polémique. Les discussions sans fin.

De nos jours, il faut même faire particulièrement attention pour ne pas écrire une sottise; faire des efforts considérables pour arriver au bout d'un article sans fâcher quiconque.

Rien qu'une faute de frappe ou une grosse coquille, c'est devenu inadmissible, passible de raillerie ou pire, d'indignation…

Comment est-ce possible ?? L'erreur, humaine ?

Aujourd'hui, un auteur de roman peut se retrouver au tribunal pour les propos d'un de ses personnages, jugés scandaleux. Pas coupable, finalement relaxé sans suite, mais au moins un après-midi de perdu, une inquiétude durant la procédure, sans doute longtemps après, le visage d'un plaignant indigné par le classement de son affaire, promettant de ne pas en rester là…

C'est à se demander comment on trouve encore, aujourd'hui, des gens pour écrire !

vendredi 26 octobre 2007

Terminologie du cool

Dans la com, on n'est pas des intellos.

Si on avait fait Polytechnique, on ne serait pas payé à vendre des idées à des vendeurs de yaourts.

On l'aime bien le client, il nous fait vivre juste ce qu'il faut. Il chipote sur les devis, mais bon, on n'a pas trop le choix en même temps. Des fois, le client, il nous met trop la pression. Il nous impose des délais de fou furieux parce que souvent, il comprend pas vraiment notre métier.

Dans le métier, on est obligés d'inventer des mots, parce que c'est pas facile d'exprimer son idée avec très peu de vocabulaire.

Mais la com, au fond, c'est tout simple.

Une pub, c'est carré. Ecran de télé, quatre-par-trois dans le métro, page de magazine. Tout carré, ou rectangulaire si vous voulez, mais vous chipotez. Dans ce carré, on distingue 3 composants : le fond, les textes et les visuels.

Le fond, c 'est le papier. Faut pas que ce soit trop blanc, sinon ça fait vide. Vu ce qu'on facture en fab, vaut mieux pas être radin sur la couleur. La fabrication, c'est tout ce qui tourne autour de l'impression (achat de papier, impression, façonnage, livraison). Vous chipotez, là. Je vais pas tout vous expliquer (j'ai pas le temps). Faites comme moi, quand vous ne savez pas, vous ne dites rien ! Bon, de toutes façons, j'ai besoin d'une petite pause, je vais me fumer une clope, alors je vous accorde encore 5 minutes, mais pas plus, je dois aller à un brainstorming dans 10 minutes (une réunion qui, malgré son nom, ne nécessite pas d'avoir un cerveau).

Les textes, c'est le rédac qui les écrit. Quand le rédac n'est pas dispo, c'est bibi qui s'y colle. Bibi, c'est n'importe qui, après tout, pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour trouver une accroche. Une accroche, c'est un bout de texte qui flotte. Il flotte, quand il est posé sur rien, on a l'impression qu'il est en l'air. Le client aime bien quand c'est aéré, mais faut pas que ça flotte trop. C'est quelqu'un de sensible, le client.

Quand c'est pas du texte, c'est du visuel : reuf (rough = esquisse, un dessin quoi), photo, volume (truc pas plat). Un visuel, faut que ça ait de la pêche. Un visuel pas assez péchu, c'est fade. Faut demander au graphiste de le péchufier un peu.

Le graphiste, il est trop fort, il fait des trucs, je pige que dalle. Des années que je le vois faire, et j'ai toujours rien compris. En même temps, c'est pas mon boulot.

Ce que le client aime chez nous, c'est notre réactivité. Les autres, ils dorment, mais nous, on est réactifs ! On nous demande un truc et paf ! on le fait.

Chipotez pas. Rapide, c'est pas pareil. On est ré-a-ctifs. On réagit. On agit. On est trop forts et les autres ils sont trop nuls.

D'ailleurs, on va faire un pot. Pendant un pot, on n'est ni vraiment au boulot, ni vraiment à la maison, on peut se lacher un peu, mais pas trop. Il y a de l'alcool, des chips, un peu de musique, pour fêter un départ, deux arrivées, une compet gagnée et un nouveau budget.

Quoi, on n'a pas le droit de respirer un peu, de s'amuser ?

Vous chipotez vraiment trop. Vous êtes pas cool. Vous n'avez aucun avenir dans la pub.