L'orthographe française a connu son Mai 68, tout récemment, dans une certaine confidentialité.
En gros, ni vous ni moi n'avons été invités, et certainement pas non plus ces esprits remarquables qui eussent été aptes à mener une telle réforme.
L'idée, certainement, était de tordre le coup aux difficultés qui ont fait souffrir des générations d'élèves, mais aussi de franciser des expressions courantes, et notamment de donner un féminin à ces titres qui n'en avaient pas.
La méthode ? Débile. Faible. Facile, soi-disant. On simplifie, paraît-il. On sabote, on escamote, on se venge, le résultat laisse pantois.
Aujourdhui, on ne dit plus Madame le procureur, mais Madame la procureure. Par décrêt ! Pourtant, en général, un mot composé du suffixe -eur au masculin se transforme au féminin en -euse : un serveur, une serveuse. On connaissait déjà une variante : un directeur, une directrice. Suite à la réforme, nous avons une combinaison supplémentaire : on dit bien un serveur, une serveuse; un directeur, une directrice; mais on dit un procureur, une procureure. Procureuse, ça ne devait pas plaire au comité.
Au chapître des diplômes, il y a aujourd'hui le mastère. Grande réussite. Comme c'est un diplôme harmonisé au niveau européen, il fallait faire correspondre le titre français à l'anglais "master". Qui se prononce d'ailleurs "masteur". Résultat : "mastère". Mot masculin. Mais qui s'écrit, comme "rivière", mot féminin. Vous avez dit logique ?
C'est presque le même mot, mais ça ne sonne pas pareil. On aurait pu tout simplement construire "masteur" en français, même sonorité, orthographe française. Pourquoi "mastère" ? A cause de "magistère" ? Si l'idée, c'est de produire une orthographe moderne, il faut peut-être se fier à l'usage; or, titulaire du diplôme, pour épater vos copains, ou en entretien d'embauche, vous direz plutôt quoi ? "Mastère" ou "master" ?
Il y avait bien en français le mot "maîtrise", qui était à la fois classe et clair, et qui collait parfaitement avec l'anglais "master", au niveau du sens; mais c'était un diplôme qui sanctionnait 4 ans d'études, alors que le "mastère" en compte 5. C'était sans doute trop compliqué à adapter, et bien moins créatif. Moins original aussi…
Voilà l'idée, on réforme, on adapte, on simplifie… Enfin, disons qu'un improbable groupe de quadras et de quiquagénères règle ses comptes avec l'orthographe, qui les a probablement fait souffrir dans leur jeunesse ! Au lieu de faire vraiment simple, c'est-à-dire juste, élémentaire, quelque chose de construit et bien pensé, on se contente de tirer dans les coins et de marquer son originalité, au mépris de l'étymologie, du bon sens, de la logique de la langue. On fait dans l'art moderne. On peut se demander si, pour les générations d'élèves qui apprendront et devront appliquer la nouvelle orthographe améliorée, l'affaire ne vient pas brusquement de se compliquer…
