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lundi 17 décembre 2007

Aux frontières du libre-service

Les grandes surfaces, c'est un peu comme les casinos. En mouvement perpétuel, tout est bon pour surprendre le client, pour satisfaire de nouveaux besoins, stimuler l'acte d'achat.

C'est très technique, la commerce. C'est pour ça que vous ne retrouvez jamais votre rayon, votre étagère : ce chamboulement est calculé pour vous faire perdre vos repères et vous inciter à découvrir les autres produits, les autres marques, notamment la marque maison, aussi bien mais moins chère que votre marque habituelle catapultée en haut du rayon, quand il en reste.

Vous croyez aller et venir librement dans le magasin, mais vous suivez un parcours pré-établi, vous rebondissez d'offre en offre, le paquet bleu vous fait fuir et le paquet rouge avec la grosse promo jaune vous attire.

Bon, il ne faut pas exagérer, la grande distribution n'est pas une science exacte.

Il y a une grande place pour la pratique, l'expérimental, les initiatives de chaque responsable de magasin. Tout ne vient pas d'en haut.

Dernier exemple en date, la trancheuse en libre-service.

Ne cherchez pas de vendeur, d'assistant, de coach. Si vous voulez du pain tranché, il va falloir retrousser les manches et le faire vous-même. C'est facile et sans danger, c'est écrit sur un grand panneau.

C'est une étape-clé dans l'évolution du statut de client, une mini-révolution. Le client devient actif !

Non content d'être captif, le client devient lui-même pendant 30 secondes un employé, le salaire en moins (vous perdez dans l'affaire 0,07 euro). Pour l'instant, l'usage de la machine est gratuit, et vous ne payez pas la coupe (comptez 0,15 euro dans certaines boulangeries).

L'avantage, c'est que si vous estimez que le pain n'est pas bien coupé, vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous-même. Et d'un point de vue comptable, c'est remarquable : pourquoi payer un employé pour une tâche que le client peut exécuter lui-même ? On sent la trouvaille du cost-killer (littéralement, le tueur de coûts, celui qui élimine les dépenses, le nettoyeur de gaspillage qui va souvent un peu trop loin, mais qui rapporte gros aux entreprises la première année).

Quelles seront les prochaines évolutions ?

Doit-on s'attendre à voir une éponge à la caisse, avec un petit panneau illustré nous proposant de participer au nettoyage du tapis, un acte responsable, un geste pour l'environnement, un élan de solidarité pour la caissière ?

Au rayon charcuterie, verra-t-on bientôt un hachoir parfaitement sécurisé, attaché par une chaîne, sous un grand panneau invitant le client à découper lui-même directement sur le bœuf la pièce de son choix ?

A quand l'opération "comme à la ferme", où le client pourra traire lui-même son litre de lait, sous le contrôle d'une caméra de surveillance ?

Faire ses courses redeviendrait peut-être, alors, une aventure palpitante !

samedi 15 décembre 2007

Commerce mondial du jemenfoutisme

2007 est l'année de la surprise.

Comme chaque année, me direz-vous.

Stupeur et émoi à l'annonce de terribles nouvelles.

A la lecture du Monde, aujourd'hui, on peut apprendre qu'un élément essentiel à la fabrication des téléphones portables, le coltan, fait l'objet d'un traffic incroyable dans le monde.

Vous changez de téléphone trois fois par an, ces téléphones quasiment donnés par votre opérateur contre la certitude que vous allez rester client pendant 12 à 24 mois ? Vous perpétuez un traffic, vous assurez la prospérité d'une milice dans un pays lointain et quelque part, tout le monde s'en fout. L'Australie et le Congo, c'est pas la porte à côté.

Enfin, vous participez.

Contre votre gré, à votre insu, oui et non.

Vous ne vous informez pas et on ne vous informe pas vraiment. Ce n'est pas bon pour les affaires.

Si on faisait autant d'information sur la fabrication du produit et tout ce qu'implique sa production industrielle, qu'on fait de publicité, peut-être auriez-vous le choix.

Mais vous avez besoin de votre téléphone portable, n'est-ce pas ? Tout est fait pour ça. Vos baskets, votre PDA, tout votre style de vie est échaffaudé autour de ces produits.

Alors qui se soucie, au bout du compte, si ce besoin finance des activités criminelles quelque part dans le monde ?

C'est tout le problème de l'insouciance, en 2007, malgré les progrès inimaginables des système d'information.

Tout le monde s'en fout.

Lien vers l'article du ''Monde''

dimanche 9 décembre 2007

Toujours la même histoire

La misère fait vendre, de temps en temps, les journaux par milliers. Une bonne "une" avec un gardien de la paix en tenue de combat de nuit devant une tour HLM, avec un hélicoptère et sa torche ou devant une voiture qui brûle, voilà la formule. Ambiance Terminator, ce n'est pas une guerre contre les machines, mais entre hommes.

L'histoire est toujours la même : après des années de galère, des jeunes finissent par laisser éclater leur colère en mettant à sac leur propre quartier pour attirer l'attention des autorités.

Comme si une cause unique, la lutte contre la pauvreté et l'exclusion, rassemblait tous ces individus, comme si on pouvait trouver un sens à des actes de barbarie incontrôlée.

Ne vous inquiétez pas, ce sont des jeunes qui s'énervent. Il faut bien que jeunesse se passe. Tout rentrera dans l'ordre dans quelques jours. Circulez !

Qui veut croire une telle histoire ? Un bric-à-brac assez pratique qui englobe tout dans un seul et même problème : les banlieues.

Vous comprenez, les banlieues, c'est la séremi, la drogue, à croire que l'air est plus lourd à mesure qu'on s'éloigne de la capitale, on respire mal, on perd tout espoir.

Chaque année, on en remet une couche. La banlieue c'est la mort.

Qui raconte ces histoires ? Le journal de 20h, les quotidiens gratuits et payants, la grand-mère qui ragote en prenant son chien.

Pourtant, on en connaît, des gens qui survivent en banlieue. Il y en a même pas mal qui mènent une vie paisible, figurez-vous, avec un travail, une famille, une communauté. Des familles où les enfants de moins de 14 ans se couchent avant 22h, font leurs devoirs, aident leurs parents comme ils peuvent en allant faire les courses, en sortant les poubelles. Des gens qui se rendent à la fac tous les jours malgré 1h30 de trajet, et qui cartonnent. Des gens qui réussissent. Des gens heureux, même. Des gens qui ne passeront jamais à la télévision.

Mais alors, il y a banlieue et banlieue ?

La banlieue, ce n'est pas un endroit où les voitures brûlent tous les jours ?

On nous ment par omission. Un fait divers, c'est au moins trois jours de couverture : le lendemain des faits, le jour de la reconstitution, la marche commémorative dans la semaine qui suit. On appelle les victimes par leur prénom. Et ça coûte moins cher qu'une interview de Paris Hilton.

A quand un grand reportage au journal de 20h sur une communauté qui va bien ? A quand un magazine consacré à toutes les success stories de gens issus de quartiers dits défavorisés, un article en première page du Monde ou du Figaro sur une chef d'entreprise qui a fait sa scolarité dans une Zone d'Éducation Prioritaire ?

Trop démago ? Ou pas assez vendeur ?

jeudi 6 décembre 2007

Pouvoir d'aphone

Comment va votre pouvoir d'achat en ce moment ?

Noël approche, les sapins sont de sortie, et la grande question, c'est… combien ? Combien allez-vous pouvoir dépenser ?

Attention, ce chiffre vous définit en tant que personne.

Vous connaissez le score de l'année dernière, il va falloir faire encore mieux cette année.

Combien, la diagonale de votre future télé Full HD, qui ne se chiffre plus en centimètres, mais en pouces ? Combien de chevaux, la prochaine voiture ? Combien de watts, les enceintes ? Combien de millions de pixels, l'appareil photo-téléphone-lecteur MP3-video ?

Le pouvoir d'achat, au cœur des débats un peu partout en France, vous n'y échappez pas, vous êtes concerné, puisque vous n'arrêtez pas de dépenser. Le pouvoir d'achat, vous l'avez, vous vous êtes bien débrouillé, encore, cette année.

Evidemment, tout augmente. Le prix, proportionnel à votre désir, n'arrête pas de grimper.

Fight Club, c'est démodé. Les objets que vous possédez vous possèdent depuis bien longtemps.

Votre prochain téléphone mobile ne sera pas le dernier : il est déjà dépassé à son arrivée en rayon.

Votre forfait de téléphone mobile, c'est un loyer dont vous devez vous acquitter pour être habité par une cartouche qui sonne et qui vibre, qui vous sauve la vie plusieurs fois par jour et qui vous réveille même la nuit.

Il y a le forfait, et le hors-forfait. Une minute de trop et c'est l'amende. Tolérance zéro. Dépendance totale.

Quand vous discutez au téléphone, est-ce que vous pesez davantage vos mots quand vous êtes hors-forfait ? Est-ce que vous stressez quand vous arrivez dans la dernière minute ? Est-ce que vous entendez tomber les euros de votre poche quand la conversation s'éternise ? Vous arrive-t-il de soupçonner vos amis de toucher une commission sur vos minutes de dépassement ?

En cas de grand dépassement, pourrait-on négocier avec son opérateur une remise de peine pour bonne conduite, une liberté d'appeler à condition de donner les noms de ses complices, échanger des renseignements sur leurs habitudes de consommation contre quelques minutes de plus ?

Il y a toujours une vie au-delà du forfait, une vie surtaxée.

C'est sans doute un réflexe de consommateur : le bonheur est dans le prix.

On vous vend le téléphone fixe illimité, vous consommez du portable toujours trop limité. Vous préférez la discussion de couloir, dans la rue ou dans une brasserie au beau milieu du déjeuner à la tranquille conversation du soir dans un fauteuil. On vous vend internet haut débit illimité à prix fixe sur des écrans 24 pouces, mails à volonté, vous voulez envoyer des SMS payants en toute liberté, du surf rationné sur un écran minuscule que vous tapotez en y laissant l'empreinte de doigts tous gras. On vous donne un portable correct avec votre forfait, il vous faut le tout petit trop petit très cher qui prend de la vidéo, dessiné par un spécialiste de la voiture de sport, qui fait des photos approximatives de vous joue contre joue avec une amie dans une boîte parisienne une vodka-orange à la main. Vous avez MSN gratuit au bureau et à la maison, vous allez trouver le moyen de payer une petite fortune pour l'avoir aussi dans le métro !

Et vous êtes tellement utile à l'activité économique de votre pays qu'au bord du déficit, d'aucuns négocient actuellement pour vous permettre de continuer à consommer.

Vous avez demandé le pouvoir ? Ne quittez pas…

mercredi 31 octobre 2007

56 secondes

56 secondes, c'est le temps écoulé lors de ma dernière conversation téléphonique avec ma grand-mère, incluant une quizaine de sonneries avant décrochage.

Je poursuivais la conversation quand elle raccrocha brusquement, me laissant finir ma phrase, à peine entamée, dans le vide. Sensation désagréable que j'évite pourtant en veillant à ne pas laisser le moindre blanc entre deux phrases. Mais je ne suis pas le seul à travailler mon style, visiblement.

Et pourtant, rien ne presse.

Retraitée depuis quelques années, occupée à ne rien faire et à regarder la télé, ma grand-mère est plutôt bavarde en général, mais jamais au téléphone. C'est le propre des générations qui ont connu le téléphone depuis son origine, le coût de la communication étant prohibitif, rendant toute conversation minimaliste.

Or, bénéficiant d'un forfait illimité chez Free, je sais que cet appel téléphonique national ne me coûtera pas un sou, qu'il dure 1 ou 55 minutes. Ma grand-mère devrait le savoir, je lui ai dit maintes fois, mais elle a sans doute oublié, ce concept étant trop nouveau pour elle. Moi qui pensais la divertir un peu, je reste sur ma faim, mais je ne me formalise pas, bien entendu. Elle n'y est pas pour grand chose.

Les compagnies de télécoms, en revanche…

mercredi 19 septembre 2007

Ecrire une lettre en 2007

Dans un article de milieu de page du journal Le Monde, loin de la une, sur une petite colonne, on apprend que la plupart des professeurs n'ont pas reçu la fameuse lettre de Nicolas Sarkozy. C'est parfaitement normal : ce document de 35 pages, rendu officiel le 4 septembre dernier, a été édité et distribué aux médias et à certaines personnalités, mais la plupart des exemplaires destinés aux éducateurs ne seront imprimés qu'à partir du 21 ou 22 septembre. Les destinataires annoncés ne recevront donc le courrier Présidentiel que 3 semaines après son annonce initiale.

En 2007, ce n'est pas le moyen le plus direct de faire passer un message, si tel est bien votre but.

Le texte, disponible sur internet, a d'ores et déjà été lu par bon nombre de professeurs. L'information circule bien plus vite sur les "autoroutes" dédiés que par routage "réel". Par conséquent, sur un million d'exemplaires prévus, combien iront directement à la poubelle ?

La mécanique de l'opération suggère que c'est le geste qui compte, le fait que le Président de la République s'adresse, par des moyens archaïques, à ceux qui pratiquent, en France, l'éducation. S'adresser aux éducateurs, certes. La démarche en elle-même fait débat, les éducateurs n'étant que la moitié de l'équation éducative, l'autre moitié étant les élèves. Mais le faire de manière si publique, que la lettre est entre les mains des média 3 bonnes semaines avant ses "véritables" destinataires ?

Du reste, le message du Président n'est pas tout à fait juste. Début septembre, il ne fallait pas dire : "Je m'adresse aux éducateurs", mais "Je m'adresse aujourd'hui aux médias et à quelques personnalités pour annoncer que j'ai écrit une lettre de 35 pages à l'attention des éducateurs, que je la ferai imprimer dans 3 semaines, ils finiront bien par la recevoir dans le mois qui vient."

Et comment justifier une telle débauche de moyens désuets, l'édition d'1 million d'exemplaires papier, le routage, dans un pays où le taux d'équipement en accès internet haut débit est l'un des meilleurs d'Europe, où tout professeur peut avoir accès, d'une manière ou d'une autre, à ce genre d'informations ? Quelques pages sur un site du gouvernement, et l'affaire était classée !

S'il s'agit d'un souci d'équité, tout le monde n'étant pas égal devant l'outil informatique, les solutions ne manquent pas : pourquoi ne pas faire circuler un fichier pdf à l'attention des chefs d'établissements scolaires, avec pour consigne d'en éditer au moins un exemplaire, consultable par l'ensemble du corps enseignant dans la salle des professeurs, à la bibliothèque ou ailleurs ?

Quelle conclusion ?

Le goût du symbôle, au prix d'une méthode lourde, maladroite et coûteuse ? Le luxe du papier imprimé par la volonté Présidentielle ? Le sens du spectacle, peut-être…