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jeudi 11 décembre 2008

Le point sur la liberté de la presse et l'éducation

Manifestation rare et exemplaire de la grave crise identitaire et déontologique qui menace la presse, un article étonnant propulsé en couverture du magazine Le Point pose de troublantes questions.

Accident ou tendance ?

Tout d'abord, on peut se demander quelle cohérence il y a entre la couverture du magazine, diffusée sous forme d'affichage public à but clairement promotionnel, et l'article lui-même - il est toujours difficile de résumer en quelques mots bien sentis un texte de plusieurs pages, surtout quand l'auteur de ces pages n'est pas celui des titres, comme c'est le cas dans la presse.

A l'intérieur du magazine, en théorie, on informe. En couverture, on accroche, on choque, on accapare. La divergence entre ces deux méthodes explique sans doute la distance certaine entre les propos des deux documents, qui devraient pourtant être intimement liés.

En titre, "Les profs - Tout ce que l'on n'ose pas dire". Ce n'est pas comme si on se privait de dire quoi que ce soit sur les professeurs, depuis 20 ans, et c'est même un sujet de grief récurrent : le respect pour les enseignants, déterminant dans le domaine de l'éducation, n'est plus là, notamment de la part du Ministre de tutelle, cela lui est suffisamment reproché. En mettant en tête "les profs", l'auteur implique que les points abordés relèvent de leur responsabilité. Comme si les profs étaient dissociables de l'Education Nationale, comme si les différentes politiques ministérielles depuis 20 ans n'étaient pas en cause.

Les sous-titres courts, évasifs, contribuent à semer le trouble :

• Les chiffres qui dérangent. Qui dérangent qui ? Comme si on essayait de cacher les problèmes archi-connus de l'Education Nationale. Comme si les profs eux-mêmes essayaient de cacher quoi que ce soit. Un chiffre éloquent devrait être expliqué par le Ministère, et certainement pas être dressé contre les profs : il y a en France un prof rémunéré par l'Education Nationale pour 12 élèves; or, en pratique, il y a régulièrement 30-35 élèves par classe. Si 1 prof sur 2 est payé pour ne pas faire cours, à qui la faute, sachant que ce ne sont pas les profs qui choisissent leur affectation ? Problème d'organisation ? Ce mammouth, dont on se plaint, qu'il faut dégraisser soi-disant, qui l'administre ? Et qui supprime des postes, sans pour autant revoir ce système déficitaire ?

• Le scandale de l'inégalité scolaire. L'inégalité scolaire n'est pas une nouveauté. Elle est archi-connue, et ses causes sont multiples, les profs eux-mêmes ne peuvent pas être tenus pour seuls responsables de l'inégalité scolaire. L'encadrement se fait en deux temps : à l'école et à la maison. Le travail personnel est déterminant pour le développement de l'élève. Que faire pour améliorer l'encadrement à la maison ? Pour Darcos, rien. Pire : il part en guerre contre ce qu'il nomme la "privatisation de l'enseignement", le secteur très porteur du soutien scolaire à domicile. Une mauvaise chose, selon Xavier Darcos ? Pourtant, un moyen efficace pour les parents d'apporter un soutien à leur enfant, quel que soit leur niveau d'éducation, moyennant un sacrifice financier bien sur, mais du coup à la portée de parents qui mettent en avant la réussite de leur enfant sans discrimination sociale; avec en prime la possibilité de contrôler les résultats (et de changer de répétiteur si l'enfant ne progresse pas).

• Le plan-choc de Xavier Darcos. L'effet choc de Darcos, c'est la réforme sans concertation. Et ses idées ne sont pas nouvelles. Elles choquent parce qu'elles n'ont pas de fondement logique, parce qu'elles contournent les problèmes importants et se font sans tenir compte des profs, précisément, qui ne contestent pas que par plaisir ou par habitude, comme cela est évoqué dans l'article, mais par conviction et fierté pour leur travail, accompli quotidiennement. Car malgré tout le travail de dénigrement effectué dans l'article, dans la continuité du dénigrement général observé depuis 20 ans, les profs enseignent, et des générations d'élèves sortent du système scolaire avec une solide formation. Le système a des défauts, nombre d'enfants en sortent mal en point, mais les causes de l'échec scolaire sont multiples, à commencer par l'environnement de l'enfant, sa famille. Prétendre régler le problème de l'échec scolaire uniquement à l'école, c'est occulter les grands problèmes de fond et menacer, sans certitude de résultat, un système et des profs qui fonctionnent.

• Pourquoi il faut mieux les payer. Mieux payer, cela veut dire donner plus d'argent pour un même travail. C'est le principe du mieux. Dans l'article, on évoque l'initiative maladroite de Xavier Darcos, qui, fidèle à la doctrine Présidentielle, a proposé de payer plus pour travailler plus. Il ne s'agit donc pas d'une augmentation de salaire seule, mais d'une augmentation de salaire proportionnelle à une augmentation du temps de travail, il ne s'agit donc pas de mieux payer. Grave contradiction.

La question de la liberté de la presse se pose quand un Ministre (en couverture, le regard bienveillant sur un enfant qui travaille) fait l'objet d'un article-éloge au détriment d'une classe de travailleurs. Le titre est faux : cet article n'évoque pas les profs, si ce n'est quelques lieux communs enchaînés à l'emporte-pièce sans s'appuyer sur une étude de fond dans un secteur en crise.

L'article est clairement orienté, faiblement argumenté, avec des commentaires de très peu d'intervenants acquis à la cause du Ministre, véritable héros/sujet de l'article. Un tel travail de soutien envers une personnalité ne devrait pas passer inaperçu, à tel point qu'on se demande pourquoi, tout simplement, le Ministre n'a pas eu droit, en plus de sa présence en couverture, à son propre titre. Hypocrisie ?

Morceaux choisis : • "Le ministre peut-il réussir ? Xavier Darcos a pour lui la volonté." • "Davantage d'argent. Quelle catégorie sociale n'en rêverait pas ?" (Pour 3 heures de plus par semaine, CQFD). • "Xavier Darcos : "Le système éducatif n'est pas fait pour les enseignants, il est fait pour les élèves et pour la famille." " • "Bien sûr, nul n'ignore que les heures sont plus nombreuses qu'il n'y paraît, que les enseignants corrigent leurs copies à la maison, préparent leurs cours le soir, mais, soyons honnêtes, leurs rythmes sont incomparablement plus légers que ceux de tous les salariés du privé."

En bref, si on en croit l'article (et bon nombre de lecteurs le croiront, puisque c'est écrit dans un journal respectable), les profs travaillent moins que les autres, ne veulent pas gagner plus d'argent (donc, plus besoin pour le Ministre de proposer des augmentations) et le Ministre Xavier Darcos est au service de la famille, les profs n'auront qu'à suivre. Raz-le-bol de ces fonctionnaires mal payés peut-être, mais qui ont du temps libre et tellement de vacances (vous, les français qui travaillent comme des mules, suivez mon regard) !

Les réactions relevées sur le site sont assez représentatives, et curieusement, souvent fondées (on a rarement autant de bon sens dans les contributions des internautes). Les profs réagissent avec désarroi et déception, puisqu'ils ont le sentiment assez juste dans l'ensemble de beaucoup travailler. Il y a bien sur les anti-profs, qui profitent de la brèche pour distiller leur haine, répondant sans subtilité à un article qui encourage ce genre de tendances, en montrant publiquement du doigt une frange de la société. Et enfin, un lecteur pose la question centrale : à quand un article sur les flics, les toubibs, pour évoquer les problèmes de ces secteurs ?

A propos de ces réformes-chocs : que se passera-t-il si, pendant que le Ministre se met à dos les profs avec des mesures inadaptées, la famille ne joue pas le jeu ? Quelle réussite peut-on espérer ?

Lire l'article du magazine Le Point

lundi 17 décembre 2007

Aux frontières du libre-service

Les grandes surfaces, c'est un peu comme les casinos. En mouvement perpétuel, tout est bon pour surprendre le client, pour satisfaire de nouveaux besoins, stimuler l'acte d'achat.

C'est très technique, la commerce. C'est pour ça que vous ne retrouvez jamais votre rayon, votre étagère : ce chamboulement est calculé pour vous faire perdre vos repères et vous inciter à découvrir les autres produits, les autres marques, notamment la marque maison, aussi bien mais moins chère que votre marque habituelle catapultée en haut du rayon, quand il en reste.

Vous croyez aller et venir librement dans le magasin, mais vous suivez un parcours pré-établi, vous rebondissez d'offre en offre, le paquet bleu vous fait fuir et le paquet rouge avec la grosse promo jaune vous attire.

Bon, il ne faut pas exagérer, la grande distribution n'est pas une science exacte.

Il y a une grande place pour la pratique, l'expérimental, les initiatives de chaque responsable de magasin. Tout ne vient pas d'en haut.

Dernier exemple en date, la trancheuse en libre-service.

Ne cherchez pas de vendeur, d'assistant, de coach. Si vous voulez du pain tranché, il va falloir retrousser les manches et le faire vous-même. C'est facile et sans danger, c'est écrit sur un grand panneau.

C'est une étape-clé dans l'évolution du statut de client, une mini-révolution. Le client devient actif !

Non content d'être captif, le client devient lui-même pendant 30 secondes un employé, le salaire en moins (vous perdez dans l'affaire 0,07 euro). Pour l'instant, l'usage de la machine est gratuit, et vous ne payez pas la coupe (comptez 0,15 euro dans certaines boulangeries).

L'avantage, c'est que si vous estimez que le pain n'est pas bien coupé, vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous-même. Et d'un point de vue comptable, c'est remarquable : pourquoi payer un employé pour une tâche que le client peut exécuter lui-même ? On sent la trouvaille du cost-killer (littéralement, le tueur de coûts, celui qui élimine les dépenses, le nettoyeur de gaspillage qui va souvent un peu trop loin, mais qui rapporte gros aux entreprises la première année).

Quelles seront les prochaines évolutions ?

Doit-on s'attendre à voir une éponge à la caisse, avec un petit panneau illustré nous proposant de participer au nettoyage du tapis, un acte responsable, un geste pour l'environnement, un élan de solidarité pour la caissière ?

Au rayon charcuterie, verra-t-on bientôt un hachoir parfaitement sécurisé, attaché par une chaîne, sous un grand panneau invitant le client à découper lui-même directement sur le bœuf la pièce de son choix ?

A quand l'opération "comme à la ferme", où le client pourra traire lui-même son litre de lait, sous le contrôle d'une caméra de surveillance ?

Faire ses courses redeviendrait peut-être, alors, une aventure palpitante !

samedi 15 décembre 2007

Commerce mondial du jemenfoutisme

2007 est l'année de la surprise.

Comme chaque année, me direz-vous.

Stupeur et émoi à l'annonce de terribles nouvelles.

A la lecture du Monde, aujourd'hui, on peut apprendre qu'un élément essentiel à la fabrication des téléphones portables, le coltan, fait l'objet d'un traffic incroyable dans le monde.

Vous changez de téléphone trois fois par an, ces téléphones quasiment donnés par votre opérateur contre la certitude que vous allez rester client pendant 12 à 24 mois ? Vous perpétuez un traffic, vous assurez la prospérité d'une milice dans un pays lointain et quelque part, tout le monde s'en fout. L'Australie et le Congo, c'est pas la porte à côté.

Enfin, vous participez.

Contre votre gré, à votre insu, oui et non.

Vous ne vous informez pas et on ne vous informe pas vraiment. Ce n'est pas bon pour les affaires.

Si on faisait autant d'information sur la fabrication du produit et tout ce qu'implique sa production industrielle, qu'on fait de publicité, peut-être auriez-vous le choix.

Mais vous avez besoin de votre téléphone portable, n'est-ce pas ? Tout est fait pour ça. Vos baskets, votre PDA, tout votre style de vie est échaffaudé autour de ces produits.

Alors qui se soucie, au bout du compte, si ce besoin finance des activités criminelles quelque part dans le monde ?

C'est tout le problème de l'insouciance, en 2007, malgré les progrès inimaginables des système d'information.

Tout le monde s'en fout.

Lien vers l'article du ''Monde''

dimanche 9 décembre 2007

Toujours la même histoire

La misère fait vendre, de temps en temps, les journaux par milliers. Une bonne "une" avec un gardien de la paix en tenue de combat de nuit devant une tour HLM, avec un hélicoptère et sa torche ou devant une voiture qui brûle, voilà la formule. Ambiance Terminator, ce n'est pas une guerre contre les machines, mais entre hommes.

L'histoire est toujours la même : après des années de galère, des jeunes finissent par laisser éclater leur colère en mettant à sac leur propre quartier pour attirer l'attention des autorités.

Comme si une cause unique, la lutte contre la pauvreté et l'exclusion, rassemblait tous ces individus, comme si on pouvait trouver un sens à des actes de barbarie incontrôlée.

Ne vous inquiétez pas, ce sont des jeunes qui s'énervent. Il faut bien que jeunesse se passe. Tout rentrera dans l'ordre dans quelques jours. Circulez !

Qui veut croire une telle histoire ? Un bric-à-brac assez pratique qui englobe tout dans un seul et même problème : les banlieues.

Vous comprenez, les banlieues, c'est la séremi, la drogue, à croire que l'air est plus lourd à mesure qu'on s'éloigne de la capitale, on respire mal, on perd tout espoir.

Chaque année, on en remet une couche. La banlieue c'est la mort.

Qui raconte ces histoires ? Le journal de 20h, les quotidiens gratuits et payants, la grand-mère qui ragote en prenant son chien.

Pourtant, on en connaît, des gens qui survivent en banlieue. Il y en a même pas mal qui mènent une vie paisible, figurez-vous, avec un travail, une famille, une communauté. Des familles où les enfants de moins de 14 ans se couchent avant 22h, font leurs devoirs, aident leurs parents comme ils peuvent en allant faire les courses, en sortant les poubelles. Des gens qui se rendent à la fac tous les jours malgré 1h30 de trajet, et qui cartonnent. Des gens qui réussissent. Des gens heureux, même. Des gens qui ne passeront jamais à la télévision.

Mais alors, il y a banlieue et banlieue ?

La banlieue, ce n'est pas un endroit où les voitures brûlent tous les jours ?

On nous ment par omission. Un fait divers, c'est au moins trois jours de couverture : le lendemain des faits, le jour de la reconstitution, la marche commémorative dans la semaine qui suit. On appelle les victimes par leur prénom. Et ça coûte moins cher qu'une interview de Paris Hilton.

A quand un grand reportage au journal de 20h sur une communauté qui va bien ? A quand un magazine consacré à toutes les success stories de gens issus de quartiers dits défavorisés, un article en première page du Monde ou du Figaro sur une chef d'entreprise qui a fait sa scolarité dans une Zone d'Éducation Prioritaire ?

Trop démago ? Ou pas assez vendeur ?

jeudi 6 décembre 2007

Pouvoir d'aphone

Comment va votre pouvoir d'achat en ce moment ?

Noël approche, les sapins sont de sortie, et la grande question, c'est… combien ? Combien allez-vous pouvoir dépenser ?

Attention, ce chiffre vous définit en tant que personne.

Vous connaissez le score de l'année dernière, il va falloir faire encore mieux cette année.

Combien, la diagonale de votre future télé Full HD, qui ne se chiffre plus en centimètres, mais en pouces ? Combien de chevaux, la prochaine voiture ? Combien de watts, les enceintes ? Combien de millions de pixels, l'appareil photo-téléphone-lecteur MP3-video ?

Le pouvoir d'achat, au cœur des débats un peu partout en France, vous n'y échappez pas, vous êtes concerné, puisque vous n'arrêtez pas de dépenser. Le pouvoir d'achat, vous l'avez, vous vous êtes bien débrouillé, encore, cette année.

Evidemment, tout augmente. Le prix, proportionnel à votre désir, n'arrête pas de grimper.

Fight Club, c'est démodé. Les objets que vous possédez vous possèdent depuis bien longtemps.

Votre prochain téléphone mobile ne sera pas le dernier : il est déjà dépassé à son arrivée en rayon.

Votre forfait de téléphone mobile, c'est un loyer dont vous devez vous acquitter pour être habité par une cartouche qui sonne et qui vibre, qui vous sauve la vie plusieurs fois par jour et qui vous réveille même la nuit.

Il y a le forfait, et le hors-forfait. Une minute de trop et c'est l'amende. Tolérance zéro. Dépendance totale.

Quand vous discutez au téléphone, est-ce que vous pesez davantage vos mots quand vous êtes hors-forfait ? Est-ce que vous stressez quand vous arrivez dans la dernière minute ? Est-ce que vous entendez tomber les euros de votre poche quand la conversation s'éternise ? Vous arrive-t-il de soupçonner vos amis de toucher une commission sur vos minutes de dépassement ?

En cas de grand dépassement, pourrait-on négocier avec son opérateur une remise de peine pour bonne conduite, une liberté d'appeler à condition de donner les noms de ses complices, échanger des renseignements sur leurs habitudes de consommation contre quelques minutes de plus ?

Il y a toujours une vie au-delà du forfait, une vie surtaxée.

C'est sans doute un réflexe de consommateur : le bonheur est dans le prix.

On vous vend le téléphone fixe illimité, vous consommez du portable toujours trop limité. Vous préférez la discussion de couloir, dans la rue ou dans une brasserie au beau milieu du déjeuner à la tranquille conversation du soir dans un fauteuil. On vous vend internet haut débit illimité à prix fixe sur des écrans 24 pouces, mails à volonté, vous voulez envoyer des SMS payants en toute liberté, du surf rationné sur un écran minuscule que vous tapotez en y laissant l'empreinte de doigts tous gras. On vous donne un portable correct avec votre forfait, il vous faut le tout petit trop petit très cher qui prend de la vidéo, dessiné par un spécialiste de la voiture de sport, qui fait des photos approximatives de vous joue contre joue avec une amie dans une boîte parisienne une vodka-orange à la main. Vous avez MSN gratuit au bureau et à la maison, vous allez trouver le moyen de payer une petite fortune pour l'avoir aussi dans le métro !

Et vous êtes tellement utile à l'activité économique de votre pays qu'au bord du déficit, d'aucuns négocient actuellement pour vous permettre de continuer à consommer.

Vous avez demandé le pouvoir ? Ne quittez pas…

mercredi 31 octobre 2007

56 secondes

56 secondes, c'est le temps écoulé lors de ma dernière conversation téléphonique avec ma grand-mère, incluant une quizaine de sonneries avant décrochage.

Je poursuivais la conversation quand elle raccrocha brusquement, me laissant finir ma phrase, à peine entamée, dans le vide. Sensation désagréable que j'évite pourtant en veillant à ne pas laisser le moindre blanc entre deux phrases. Mais je ne suis pas le seul à travailler mon style, visiblement.

Et pourtant, rien ne presse.

Retraitée depuis quelques années, occupée à ne rien faire et à regarder la télé, ma grand-mère est plutôt bavarde en général, mais jamais au téléphone. C'est le propre des générations qui ont connu le téléphone depuis son origine, le coût de la communication étant prohibitif, rendant toute conversation minimaliste.

Or, bénéficiant d'un forfait illimité chez Free, je sais que cet appel téléphonique national ne me coûtera pas un sou, qu'il dure 1 ou 55 minutes. Ma grand-mère devrait le savoir, je lui ai dit maintes fois, mais elle a sans doute oublié, ce concept étant trop nouveau pour elle. Moi qui pensais la divertir un peu, je reste sur ma faim, mais je ne me formalise pas, bien entendu. Elle n'y est pas pour grand chose.

Les compagnies de télécoms, en revanche…

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