Quidamned !

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samedi 26 juillet 2008

Socialiste ?

La communication, c'est un secteur très chantant.

En parallèle des concepts publicitaires, slogans, accroches, il y a une production constante de petites phrases qui n'arrivent jamais dans les annonces presse ou dans les présentations à la clientèle, mais qui circulent bien dans les couloirs.

Avant les 35 heures, on entendait fréquemment : "On n'est pas des fonctionnaires ici !"

Quand on n'était pas encore aux 35 heures, c'était : "Oh, eh, on n'est pas aux 35 heures ici !"

Puis on est passés aux 35 heures, et ça a calmé un peu tout le monde. Comprenez que ces 35 heures, ça a permis de passer pas mal de choses, en bien et en mal, alors silence radio ! On ne communique pas sur les coups en douce.

Et soudain, dès qu'on tentait de respecter un peu le code du travail, on entendait ceci : "Dis donc, tu serais pas en train de devenir syndicaliste ?" Allez expliquer que vous essayez simplement de jouer le jeu, de respecter les règles, et ce faisant, les personnes…

Ces petits slogans, déjà bien pratiques par leur étonnante concision, sont encore trop longs. Si on veut, en cas d'urgence (c'est à dire tout le temps, dans la com), on peut effectivement résumer toute l'activité de l'entreprise en un seul mot : rentabilité. On lui fait tout dire. On menace des gens avec. Parfois, sur un malentendu, un coup de gueule, une personne qui se défend bien mal, on licencie…

Eh oui. Un mot, un seul, terrorise tout le monde : est-on rentable ?

Dans la com, on rend des comptes tout le temps. On ne fait pas n'importe quoi. Sauf quand on fait n'importe quoi, mais si on ne s'en rend pas compte, c'est différent, car on ne risque pas la prison quand on est incompétent. La connerie, ça passe en frais généraux…

On facture, on passe même un temps fou à deviser, ajuster les devis, faire des remises commerciales, on se serre carrément la ceinture, entre un pot de départ et la célébration d'un nouveau budget déficitaire dès l'ouverture d'une bouteile de Champagne. Mais c'est pas le même calcul, appelez ça de la réthorique, le Champagne passe en notes de frais…

On flippe. Pour garder son client, celui qui ne fera jamais gagner de l'argent à l'entreprise, mais dont la perte entraînerait sans doute une perte de crédibilité personnelle ingérable, on flingue l'entreprise pour ne pas se faire flinguer. On appelle ça un client stratégique. Celui qui figurera sur le prochaine plaquette, éditée à la va-vite juste avant de perdre le budget. Celui dont on espère qu'il fera décrocher un autre client, rentable, cette fois. C'est dire si on rêve…

Dans la comunication, on commence la journée à 10h. Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, mas ils ne briefent pas avant 18h…

On se rattrappe : comme on ne sait jamais à quelle heure on va finir, on s'adapte. Si l'opportunité se présente de partir à 18h quand même, on fonce. On prend ses provisions de liberté car demain, ce sera forcément terrible.

Et puis dans la com, la crise, ça ne dure jamais plus d'une semaine. Le vendredi après-midi, c'est fini, on est déjà en weekend, on ne peut plus redresser l'entreprise en quelques heures, alors on attérit en douceur pour ne pas être trop crevé, les clients sont déjà sur la route, le téléphone ne sonne plus, la vie peut enfin reprendre. C'est lundi matin, quand tout le monde sera là, vers midi, que ce sera l'enfer.

mardi 1 janvier 2008

Fortifications de fête

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Cette année, une nouvelle mode a fait son apparition sur les Champs-Élysées.

Les touristes, on a l'habitude. Les autochtones éméchés qui viennent s'embrasser à Minuit, c'est une tradition. Les appareils photo se multiplient, mais ne sont pas nouveaux.

La dernière mode, le grand chic, c'est la palissade.

Nombre de grands magasins ont organisé dans l'après-midi, en prévision de l'imprévisible, la fortification de leurs vitrines, comme la boutique Hugo Boss ci-dessus. On pouvait voir des ouvriers poser à la tombée de la nuit des planches de couleur sobre, un bleu nuit sur notre photo, qui donnent à la plus belle rue de la capitale une allure de bidon-ville.

Pour les grandes enseignes qui payent si cher le droit de se montrer sur l'une des artères les plus visitées de Paris, l'heure n'est plus à la pub, mais à la sauvegarde.

À l'origine de cette protection, sans doute une astuce perdue entre deux paragraphes d'un contrat d'assurance.

La Mairie de Paris avait déjà mis en place un service redoutablement efficace pour ramasser les tessons de bouteille par millions qui jonchent chaque année la chaussée entre l'Étoile et le carré Marigny, autant de bouteilles jetées par les badauds bien nigauds qui s'embrassent et se débarrassent, ivres à plus d'un titre dans la célébration du nouvel an.

L'escalade continue.

Désormais, il faut prévoir le pire, l'étape qui précède la guerre civile, le chaos ordinaire d'une fin d'année bien arrosée.

Aujourd'hui, la simple palissade en bois. Demain, le rideau de fer ?

dimanche 30 décembre 2007

Gérer sa connexion au monde

Faut-il être trentenaire pour comprendre tous les aspects des moyens de communication ?

Faut-il avoir connu le téléphone à cadran, avec sa sonnerie standard, imposée à tout le monde par le constructeur, pour vous réveiller du sommeil le plus profond en pleine nuit à travers 3 cloisons ?

Il semble que pour beaucoup de gens, les nouveaux moyens de communications ne soient absolument pas maîtrisés : ils sont littéralement subis.

Et pourtant, comme tout objet, tout bien de consommation, ces merveilles technologiques sont étudiées pour s'adapter au consommateur, et non l'inverse.

Le volume de la sonnerie est modulable depuis des années. Le choix de la sonnerie est plus ou moins restreint, d'aucuns ne savent même pas qu'ils entendent l'hymne national hollandais à chaque appel. Le vibreur, en particulier, est une merveille : discret, relativement efficace, c'est généralement la meilleure option pour être prévenu d'un appel sans assourdir ses voisins avec une version polyphonique de la Marseillaise.

Ensuite, et c'est plus compliqué, le téléphone, portable ou fixe, tout comme internet, le fax, ont une fonction essentielle trop souvent oubliée du fait de leur autonomie toujours plus longue et de la généralisation de l'illimité : toutes ces merveilles peuvent être éteintes à tout moment, aussi longtemps que vous le souhaitez.

Si vous souhaitez vous adonner à une activité sans être dérangé, déconcentré ou interrompu, il suffit de mettre tout votre matériel hors-tension. Vous retournez ainsi au Moyen-Âge, en termes de télécommunications. Vous devenez soudain injoignable, déconnecté du monde. Vous n'êtes plus disponible que pour l'activité que vous avez choisie, pour la personne qui vous accompagne dans ces instants exquis, où seule la perceuse du voisin peut vous atteindre.

Un ami n'avait jamais réalisé qu'il pouvait décrocher son téléphone pour ne plus être dérangé dans ses moments les plus intimes. Il n'y avait jamais pensé. Et pourtant, quelle nuisance. Un cas typique de coïtus interromptus a telephono.

Est-ce si difficile ? Cela vous parait-il stupide, désuet, inutile ? L'électronique serait-elle addictive ? Seriez-vous devenu sans le savoir un maniaque de la communication ?

Au-delà de l'aspect purement technologique, qu'est-ce qui pousse les gens à se rendre disponible en permanence ?

Il y a ceux qui considèrent que c'est ça le progrès, qu'il faut nécessairement être joignable en permanence, parce que c'est écrit dans le manuel. Si on a besoin de moi, je suis là. Qu'on se le dise.

Il y a ceux qui veulent qu'on les appelle. Qui appellent les autres pour leur demander pourquoi on ne les a pas appelé. Qui s'inquiètent d'un intervalle trop long entre deux sonneries. Les appeler, c'est s'intéresser à eux. Les appeler, c'est un peu les aimer. En plein dîner, ils s'éclipsent de table, mais pas trop loin, pour qu'on entende vaguement la conversation, les éclats de rire, sans pouvoir réellement écouter; au retour à table, on a droit au CV de la personne qui a appelé, le sujet de la conversation, la bonne nouvelle… Forcément, pour ces gens-là, la fin du forfait est une fatalité, la panne de batterie un drame.

Enfin, il y a les pros. Ceux dont le portable est payé par l'entreprise, qui doivent répondre à tout prix, leur mode de vie est réglé autour du portable. Mais ils échappent peut-être désormais à la catégorie des êtres humains. Ils sont en service commandé 24h sur 24h. Se méfier des imitations : le semi-pro à qui son entreprise n'a rien demandé, mais qui s'est si mal débrouillé dans son travail qu'il reçoit des alertes à tout moment, qu'il doit réparer ses errements à distance, son job n'en dépend pas vraiment, mais il aime à le penser et à le faire croire aux autres. Cet animal-là est le roi du coïtus interromptus a job. Reviens vite mon chéri; va sauver le monde !

Pour avoir fait le tour de la question, des irréductibles soucieux de leur bonheur et fâchés par l'attitude abusive des opérateurs de téléphonie mobile en France, avec des forfaits en légère augmentation sur 10 ans et des terminaux invariablement inabordables. Joignables par mail ou par ligne fixe, au prix d'une sonnerie si douce qu'on ne l'entend pas toujours.

Rater un appel, est-ce si grave ?

Mon entourage le sait : si vous avez un problème de santé, appelez une ambulance, le numéro est plus court. Un incendie ? Attrapez un extincteur, appelez les Pompiers, mais ne me dérangez pas. Un danger ? Appelez la Police !

Et si Jean-Pierre Foucault appelle pour me faire gagner des millions (improbable puisque je suis sur liste rouge), je risque fort de passer à côté de la fortune.

Ne dit-on pas, après tout, que le silence est d'or ?

jeudi 6 décembre 2007

Pouvoir d'aphone

Comment va votre pouvoir d'achat en ce moment ?

Noël approche, les sapins sont de sortie, et la grande question, c'est… combien ? Combien allez-vous pouvoir dépenser ?

Attention, ce chiffre vous définit en tant que personne.

Vous connaissez le score de l'année dernière, il va falloir faire encore mieux cette année.

Combien, la diagonale de votre future télé Full HD, qui ne se chiffre plus en centimètres, mais en pouces ? Combien de chevaux, la prochaine voiture ? Combien de watts, les enceintes ? Combien de millions de pixels, l'appareil photo-téléphone-lecteur MP3-video ?

Le pouvoir d'achat, au cœur des débats un peu partout en France, vous n'y échappez pas, vous êtes concerné, puisque vous n'arrêtez pas de dépenser. Le pouvoir d'achat, vous l'avez, vous vous êtes bien débrouillé, encore, cette année.

Evidemment, tout augmente. Le prix, proportionnel à votre désir, n'arrête pas de grimper.

Fight Club, c'est démodé. Les objets que vous possédez vous possèdent depuis bien longtemps.

Votre prochain téléphone mobile ne sera pas le dernier : il est déjà dépassé à son arrivée en rayon.

Votre forfait de téléphone mobile, c'est un loyer dont vous devez vous acquitter pour être habité par une cartouche qui sonne et qui vibre, qui vous sauve la vie plusieurs fois par jour et qui vous réveille même la nuit.

Il y a le forfait, et le hors-forfait. Une minute de trop et c'est l'amende. Tolérance zéro. Dépendance totale.

Quand vous discutez au téléphone, est-ce que vous pesez davantage vos mots quand vous êtes hors-forfait ? Est-ce que vous stressez quand vous arrivez dans la dernière minute ? Est-ce que vous entendez tomber les euros de votre poche quand la conversation s'éternise ? Vous arrive-t-il de soupçonner vos amis de toucher une commission sur vos minutes de dépassement ?

En cas de grand dépassement, pourrait-on négocier avec son opérateur une remise de peine pour bonne conduite, une liberté d'appeler à condition de donner les noms de ses complices, échanger des renseignements sur leurs habitudes de consommation contre quelques minutes de plus ?

Il y a toujours une vie au-delà du forfait, une vie surtaxée.

C'est sans doute un réflexe de consommateur : le bonheur est dans le prix.

On vous vend le téléphone fixe illimité, vous consommez du portable toujours trop limité. Vous préférez la discussion de couloir, dans la rue ou dans une brasserie au beau milieu du déjeuner à la tranquille conversation du soir dans un fauteuil. On vous vend internet haut débit illimité à prix fixe sur des écrans 24 pouces, mails à volonté, vous voulez envoyer des SMS payants en toute liberté, du surf rationné sur un écran minuscule que vous tapotez en y laissant l'empreinte de doigts tous gras. On vous donne un portable correct avec votre forfait, il vous faut le tout petit trop petit très cher qui prend de la vidéo, dessiné par un spécialiste de la voiture de sport, qui fait des photos approximatives de vous joue contre joue avec une amie dans une boîte parisienne une vodka-orange à la main. Vous avez MSN gratuit au bureau et à la maison, vous allez trouver le moyen de payer une petite fortune pour l'avoir aussi dans le métro !

Et vous êtes tellement utile à l'activité économique de votre pays qu'au bord du déficit, d'aucuns négocient actuellement pour vous permettre de continuer à consommer.

Vous avez demandé le pouvoir ? Ne quittez pas…

dimanche 25 novembre 2007

Ne pas confondre piratage et téléchargement

Très bonne nouvelle dans Le Monde daté du samedi 24 novembre, en ce qui concerne la Culture et internet.

Incroyable page de bon sens, de logique et de choses accomplies par Denis Olivennes, par ailleurs PDG de la FNAC (dont je suis, comme beaucoup, heureux client, mais cela n'a rien à voir). Après des années de politique de l'autruche côté fournisseurs d'accès, d'abus démesuré de la part des internautes, et de coups d'anti-pub regrettables de la part des autorités et des acteurs des différentes industries contrariées (disque, cinéma…), voici enfin une initiative utile et salvatrice pour régler le problème du téléchargement illicte sur internet.

Le problème était simple : c'est comme si une faille dans la système de distribution avait permis à tout le monde de pomper l'électricité d'EDF sans payer de facture, ou à consommer de l'eau sans payer. Beaucoup de gens ont vu dans leur abonnement à internet un moyen très avantageux de s'offrir en toute impunité, en toute gratuité et par milliers chansons et films, du plus ancien au plus récent, immortalisant sur disque dur certains films avant même leur sortie en salles !

Le succès de l'internet haut débit en France était un signe fort : persone n'a besoin de plus de 512k pour consulter ses mails ou surfer. Le nerf de la guerre, c'était le gain de temps des téléchargements, devenus presque instantannés pour les modestes fichiers musicaux, plus raisonnables pour les contenus plus longs comme les séries ou même les films (de quelques jours en risquant une coupure, à quelques heures en toute fiaiblité aujourd'hui pour un film de 2 heures). Le téléchargement devenait aussi instantanné que l'achat, plus pratique, décourageant l'internaute de toute consommation payante. Aujourd'hui, on trouve même des jeux Wii sur le réseau, les subtilités consistant dans la gravure du produit sur DVD et dans la pose d'une puce sur la console.

En accord avec les différentes parties concernées, Monsieur Olivennes serait parvenu en proposant 3 mesures à tordre le cou du téléchargement illicite, source caractérisée de piratage, véritable menace pesant sur les modèles économiques des secteurs culturels. Les fournisseurs d'accès sont renvoyés à leur responsabilité première : ils contrôlent votre débit, savent ce qui se passe sur la ligne, ils peuvent distinguer un téléchargement illicite d'un téléchargement normal. Bientôt, si vous utilisez votre abonnement pour télécharger des données de manière illicite, vous aurez droit à un avertissement, puis un second en cas de récidive, après quoi vous risquerez de perdre votre abonnement. Le système, qui s'inspire directement du permis automobile à points, n'est donc pas directement répressif : on ne risquera pas la prison pour téléchargement illicite.

Seule ombre au programme de Monsieur Olivennes, mais de taille : il ne faut pas confondre piratage et téléchargement. Le téléchargement est pratique, mais absolument pas nécessaire au piratage. Les gens ont une vie en dehors d'internet. Ils se fréquentent, se déplacent. La prolifération et l'augmentation exponentielle de la capacité de stockage des disques durs externes à des prix toujours plus abordables facilite comme jamais la circulation hors-réseau (off-line), des données, de proche en proche (comptez 150 euros pour un boîtier de 500 Go qui se transporte dans un sac à main, l'équivalent de 500 à 800 films ou de 100 000 chansons). Après des années de piratage massif, les pirates en tous genres, "petits" ou "grands", n'ont plus besoin du réseau pour se fournir en contenus.

A l'aide de programmes assez répandus, un DVD se rippe en quelques heures, un CD s'encode en quelques minutes (l'encodage de CD est une fonction d'Itunes, édité par Apple). Ils deviennent alors des fichiers numériques parfaitement autonomes et mobiles. Il suffit de quelques clients parfaitement légaux au sommet de la hiérarchie, qui montrent patte blanche régulièrement en se fournissant à la Fnac (par exemple), pour animer un réseau particulier susceptible de toucher des milliers de consommateurs qui ne débourseront toujours pas le moindre euro dans un magasin, mais qui continueront à se divertir gratuitement. Une fois internet coupé au piratage, combien de temps va-t-il falloir pour voir se développer le traffic de disques durs ultraportables gavés de contenus piratés, d'une manière ou d'une autre (une pratique déjà bien ancrée chez les ados et jeunes adultes) ? Les pirates, tolérés depuis trop longtemps par l'immobilisme ambiant, ont des années d'avance sur le système. Et je parie qu'ils ont assez de stock pour tenir leur propre boutique virtuelle, même sans internet, contournant ainsi tout contrôle sur le téléchargement.

Autre secteur en difficulté mais rarement mentionné, l'Édition est au cœur d'un problème épineux : un livre de 200 pages au format pdf pèse bien moins lourd qu'un film, favorisant l'échange de produits en passant sous le radar des autorités, qui auraient tendance à traquer les gros fichiers. Cela concerne des secteurs comme l'Industrie du Livre et de la bande dessinée, soumis à des coûts de productions importants.

Monsieur Olivennes a certes accompli un énorme travail et a rempli une partie de sa mission, mais la bataille contre le piratage est loin d'être jouée.

lundi 19 novembre 2007

Weak wiki culture

Le pouvoir au peuple, la liberté de surfer et d'écrire, n'est heureusement pas la base de l'internet. Si vous cherchez la bonne information, faites avant tout confiance aux sites officiels. Mais le principe du wiki, qui permet à n'importe qui de collaborer par sa science à l'encyclopédie en ligne, aux réseaux peer-to-peer ou tout simplement via leur propre site, rend internet dans sa globalité aussi fiable que le témoignage d'un membre amnésique d'Al-Qaeda. Et si tout le monde s'y met, la majorité des informations présentes sur la toile pourraient s'avérer inutiles.

Pire qu'un virus, le quidam mal informé aurait tendance à pourrir le grand réseau de manière sournoise et préoccupante. C'est le malfaiteur idéal : il ne sait même pas ce qu'il fait ! Un vrai casse-tête.

Par exemple, si vous cherchez une vidéo de concours de slam de lycée (basketball), vous risquez de télécharger par mégarde un concours de slam de la NBA (basket pro américain); d'après le titre du fichier, l'image serait accompagnée d'un mix de James Bond par Moby, mais il s'agit en fait d'un titre de la bande originale du film Mission : Impossible (1996), réalisé par Larry Mullen et Adam Clayton, respectivement batteur et bassiste du groupe U2.

D'ailleurs, dès qu'un titre sonne un peu électronique, il est généralement attribué à Moby ou à Fatboy slim, comme s'ils avaient le monopole du genre. Avant de télécharger, il faut livrer sa propre enquête, vérifier par exemple si Enya et Moby ont collaboré à un titre en studio, si l'un s'est jamais servi du titre de l'autre pour en faire un remix, ou si les deux artistes se sont croisés sur scène lors d'un concert ou d'un gala. Une recherche que devrait effectuer chaque utilisateur avant de mettre un fichier à disposition sur son volume personnel partagé. Ce serait tellement plus simple pour tout le monde…

Pourquoi chercher la petite bête, me direz-vous ? C'est pourtant simple : tout le bonheur d'internet, c'est de pouvoir échanger des choses relativement librement, mais sans un minimum de structure et de sérieux, le modèle n'a aucun intérêt pour qui que ce soit. Personne n'a envie de télécharger n'importe quoi. Avant de mettre quelque chose en ligne, il faut se renseigner un peu, intituler les fichiers correctement. Si ce travail vous affole, abtenez-vous ! Laissez internet aux professionnels et aux amateurs éclairés.

Internautes, si vous prétendez informer, faîtes vos devoirs. Sinon, on bascule dans une sous-culture crasseuse où tout le monde s'appelle plus ou moins Moby, appartient plus ou moins à la Starac, on perd alors toute la richesse supposée du monde internet. Autant allumer la télévision et regarder TF1 ou M6.

vendredi 9 novembre 2007

Liberté de l'intox

Curieuse notion que la liberté de la presse.

Un peu comme la liberté d'expression.

Une belle illusion…

Selon le pays, c'est avant tout la liberté de se faire casser la gueule.

Personne n'est libre !

Sans aller jusqu'aux jeux de pouvoir, les fameuses pressions politiques, ni même le politiquement correct.

Tout le monde a une famille, des amis, une communauté. Un mot de travers, et c'est la polémique. Les discussions sans fin.

De nos jours, il faut même faire particulièrement attention pour ne pas écrire une sottise; faire des efforts considérables pour arriver au bout d'un article sans fâcher quiconque.

Rien qu'une faute de frappe ou une grosse coquille, c'est devenu inadmissible, passible de raillerie ou pire, d'indignation…

Comment est-ce possible ?? L'erreur, humaine ?

Aujourd'hui, un auteur de roman peut se retrouver au tribunal pour les propos d'un de ses personnages, jugés scandaleux. Pas coupable, finalement relaxé sans suite, mais au moins un après-midi de perdu, une inquiétude durant la procédure, sans doute longtemps après, le visage d'un plaignant indigné par le classement de son affaire, promettant de ne pas en rester là…

C'est à se demander comment on trouve encore, aujourd'hui, des gens pour écrire !

jeudi 18 octobre 2007

L'extase de l'or

L'extase de l'or, c'est un titre d'Ennio Morricone.

C'est aussi la musique d'intro de chaque concert de Metallica depuis une bonne dizaine (ooops, vingtaine, je me fais vieux !) d'années.

Dans le film dont elle est tirée, elle accompagne la course de Tuco (le truand), une petite ruée vers l'or toute personnelle, sous le regard attentif des deux autres personnages principaux interprétés par Lee Van Cleef (la brute) et Clint Eastwood (le bon). La scène se passe dans un cimetière, puisque le trésor se trouve dans une tombe. Une séquence typique du western spaghetti.

Cette chasse au trésor, cette soif d'or, l'impression que tout va se régler si la quête atteint son but, et qui provoque cette euphorie quand le but se rapproche, tout cela se retrouve dans la musique d'Ennio Morricone, traversant les âges.

Aujourd'hui, rien n'a changé.

L'or est toujours là, précieux et improbable trésor. Il attise toujours la convoitise, facilite la duperie, et rend certainement plus malheureux encore la majorité d'éternels perdants qu'il tient en dépendance.

L'or n'est pas dans une tombe, mais inscrit sur un ticket de lotterie, sur une carte à gratter.

C'est une carte de baseball d'Honus Wagner, vendue 2,8 millions de dollars en février dernier.

C'est un panier de basket marqué des 3/4 du terrain par un jeune noir lors d'un concours à Chicago, qui rapporte 1 million de dollars.

C'est une balle de baseball frappée par Barry Bonds à San Francisco devant 43154 personnes, attrappée par un jeune fan, revendue 752,467.20 dollars en 31 enchères.

L'extase de l'or, c'est l'ivresse de la découverte, le soulagement de la quête aboutie, l'illusion que tout problème est enfin résolu. Mais l'or n'est pas une fin en soi. Ce n'est pas le jugement dernier. Ce n'est qu'un moyen d'accéder à autre chose. L'extase ne dure qu'un instant, c'est toute sa valeur.

Imaginez l'heureux gagnant de l'Euromillion, après une nuit de fête, finissant par revenir à la réalité, avec son butin et une existence à poursuivre, se demandant bêtement : "Que faire, maintenant ?"