Quidamned !

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vendredi 21 décembre 2007

Que voyez-vous quand vous regardez Amy Winehouse ?

Curieux public qui s'affaire autour d'une si petite personne avec une si grande voix.

Elle n'est pas top-modèle, elle en est consciente, et elle boit en partie à cause de ça : tout le monde la regarde, mais elle ne se trouve pas belle.

Elle vient chanter ses chansons, on vient l'écouter, la voir en os plus qu'en chair, la voir boire et tituber, la voir peut-être un jour faire scandale.

Qui dans la foule qui se déplace à ses concerts ou feuillette un magazine dont elle fait la couverture, aime sincèrement sa musique ?

Qui parmi son public trouve dans ce personnage controversable à loisir un écho, un modèle, une excuse pour son propre comportement discutable, inavouable, honteux ?

Qui parmi nous aurait bien besoin d'une cure, mais préfère dire "non, non, non" en se sentant désormais à la mode ?

Pour combien d'entre nous, fans plus ou moins déclarés, Amy Winehouse représente-t-elle un danger, la tentation de la drogue, de l'alcool, de l'excès en toute impunité ?

A quel moment l'artiste devient-elle symbole de débauche ?

Est-ce d'ailleurs son message, ou est-elle exploitée contre son gré pour défendre les causes les moins défendables, pire encore qu'un artiste qui vend son image pour un produit quelconque, un véritable porte-malheur ? Une caution pour tous les alcooliques, toxicomanes de tous niveaux, filles et garçons de mauvaise vie, mauvaise hygiène et parfois aussi mauvaise haleine ?

Et vous, que voyez-vous quand vous regardez Amy Winehouse ?

Ses tatouages ? Ses yeux ? Son corps ? Les traces de poudre sous ses narines ? Les marques laissées par une seringue dans le creux de ses bras ?

Qui voit encore, sous cette couche de pub, à travers la brume de tabloïd, derrière la façade marketing, une jeune artiste talentueuse qui prend une place de choix sur la scène internationale ? Qui voit encore une chanteuse, et non une "diva", "people" ou encore une alcoolique ?

Pour redécouvrir cette artiste, il suffit peut-être tout simplement de se procurer un de ses albums, de faire le vide et de laisser place à la musique, rien qu'à la musique. Pas de clip, pas de journal, pas de web, rien que l'artiste, son talent, son art. Coupons un instant la news-machine et admirons le temps d'un album une artiste étonnante.

Et dites-moi alors ce que vous voyez…

dimanche 25 novembre 2007

Ne pas confondre piratage et téléchargement

Très bonne nouvelle dans Le Monde daté du samedi 24 novembre, en ce qui concerne la Culture et internet.

Incroyable page de bon sens, de logique et de choses accomplies par Denis Olivennes, par ailleurs PDG de la FNAC (dont je suis, comme beaucoup, heureux client, mais cela n'a rien à voir). Après des années de politique de l'autruche côté fournisseurs d'accès, d'abus démesuré de la part des internautes, et de coups d'anti-pub regrettables de la part des autorités et des acteurs des différentes industries contrariées (disque, cinéma…), voici enfin une initiative utile et salvatrice pour régler le problème du téléchargement illicte sur internet.

Le problème était simple : c'est comme si une faille dans la système de distribution avait permis à tout le monde de pomper l'électricité d'EDF sans payer de facture, ou à consommer de l'eau sans payer. Beaucoup de gens ont vu dans leur abonnement à internet un moyen très avantageux de s'offrir en toute impunité, en toute gratuité et par milliers chansons et films, du plus ancien au plus récent, immortalisant sur disque dur certains films avant même leur sortie en salles !

Le succès de l'internet haut débit en France était un signe fort : persone n'a besoin de plus de 512k pour consulter ses mails ou surfer. Le nerf de la guerre, c'était le gain de temps des téléchargements, devenus presque instantannés pour les modestes fichiers musicaux, plus raisonnables pour les contenus plus longs comme les séries ou même les films (de quelques jours en risquant une coupure, à quelques heures en toute fiaiblité aujourd'hui pour un film de 2 heures). Le téléchargement devenait aussi instantanné que l'achat, plus pratique, décourageant l'internaute de toute consommation payante. Aujourd'hui, on trouve même des jeux Wii sur le réseau, les subtilités consistant dans la gravure du produit sur DVD et dans la pose d'une puce sur la console.

En accord avec les différentes parties concernées, Monsieur Olivennes serait parvenu en proposant 3 mesures à tordre le cou du téléchargement illicite, source caractérisée de piratage, véritable menace pesant sur les modèles économiques des secteurs culturels. Les fournisseurs d'accès sont renvoyés à leur responsabilité première : ils contrôlent votre débit, savent ce qui se passe sur la ligne, ils peuvent distinguer un téléchargement illicite d'un téléchargement normal. Bientôt, si vous utilisez votre abonnement pour télécharger des données de manière illicite, vous aurez droit à un avertissement, puis un second en cas de récidive, après quoi vous risquerez de perdre votre abonnement. Le système, qui s'inspire directement du permis automobile à points, n'est donc pas directement répressif : on ne risquera pas la prison pour téléchargement illicite.

Seule ombre au programme de Monsieur Olivennes, mais de taille : il ne faut pas confondre piratage et téléchargement. Le téléchargement est pratique, mais absolument pas nécessaire au piratage. Les gens ont une vie en dehors d'internet. Ils se fréquentent, se déplacent. La prolifération et l'augmentation exponentielle de la capacité de stockage des disques durs externes à des prix toujours plus abordables facilite comme jamais la circulation hors-réseau (off-line), des données, de proche en proche (comptez 150 euros pour un boîtier de 500 Go qui se transporte dans un sac à main, l'équivalent de 500 à 800 films ou de 100 000 chansons). Après des années de piratage massif, les pirates en tous genres, "petits" ou "grands", n'ont plus besoin du réseau pour se fournir en contenus.

A l'aide de programmes assez répandus, un DVD se rippe en quelques heures, un CD s'encode en quelques minutes (l'encodage de CD est une fonction d'Itunes, édité par Apple). Ils deviennent alors des fichiers numériques parfaitement autonomes et mobiles. Il suffit de quelques clients parfaitement légaux au sommet de la hiérarchie, qui montrent patte blanche régulièrement en se fournissant à la Fnac (par exemple), pour animer un réseau particulier susceptible de toucher des milliers de consommateurs qui ne débourseront toujours pas le moindre euro dans un magasin, mais qui continueront à se divertir gratuitement. Une fois internet coupé au piratage, combien de temps va-t-il falloir pour voir se développer le traffic de disques durs ultraportables gavés de contenus piratés, d'une manière ou d'une autre (une pratique déjà bien ancrée chez les ados et jeunes adultes) ? Les pirates, tolérés depuis trop longtemps par l'immobilisme ambiant, ont des années d'avance sur le système. Et je parie qu'ils ont assez de stock pour tenir leur propre boutique virtuelle, même sans internet, contournant ainsi tout contrôle sur le téléchargement.

Autre secteur en difficulté mais rarement mentionné, l'Édition est au cœur d'un problème épineux : un livre de 200 pages au format pdf pèse bien moins lourd qu'un film, favorisant l'échange de produits en passant sous le radar des autorités, qui auraient tendance à traquer les gros fichiers. Cela concerne des secteurs comme l'Industrie du Livre et de la bande dessinée, soumis à des coûts de productions importants.

Monsieur Olivennes a certes accompli un énorme travail et a rempli une partie de sa mission, mais la bataille contre le piratage est loin d'être jouée.

lundi 19 novembre 2007

Weak wiki culture

Le pouvoir au peuple, la liberté de surfer et d'écrire, n'est heureusement pas la base de l'internet. Si vous cherchez la bonne information, faites avant tout confiance aux sites officiels. Mais le principe du wiki, qui permet à n'importe qui de collaborer par sa science à l'encyclopédie en ligne, aux réseaux peer-to-peer ou tout simplement via leur propre site, rend internet dans sa globalité aussi fiable que le témoignage d'un membre amnésique d'Al-Qaeda. Et si tout le monde s'y met, la majorité des informations présentes sur la toile pourraient s'avérer inutiles.

Pire qu'un virus, le quidam mal informé aurait tendance à pourrir le grand réseau de manière sournoise et préoccupante. C'est le malfaiteur idéal : il ne sait même pas ce qu'il fait ! Un vrai casse-tête.

Par exemple, si vous cherchez une vidéo de concours de slam de lycée (basketball), vous risquez de télécharger par mégarde un concours de slam de la NBA (basket pro américain); d'après le titre du fichier, l'image serait accompagnée d'un mix de James Bond par Moby, mais il s'agit en fait d'un titre de la bande originale du film Mission : Impossible (1996), réalisé par Larry Mullen et Adam Clayton, respectivement batteur et bassiste du groupe U2.

D'ailleurs, dès qu'un titre sonne un peu électronique, il est généralement attribué à Moby ou à Fatboy slim, comme s'ils avaient le monopole du genre. Avant de télécharger, il faut livrer sa propre enquête, vérifier par exemple si Enya et Moby ont collaboré à un titre en studio, si l'un s'est jamais servi du titre de l'autre pour en faire un remix, ou si les deux artistes se sont croisés sur scène lors d'un concert ou d'un gala. Une recherche que devrait effectuer chaque utilisateur avant de mettre un fichier à disposition sur son volume personnel partagé. Ce serait tellement plus simple pour tout le monde…

Pourquoi chercher la petite bête, me direz-vous ? C'est pourtant simple : tout le bonheur d'internet, c'est de pouvoir échanger des choses relativement librement, mais sans un minimum de structure et de sérieux, le modèle n'a aucun intérêt pour qui que ce soit. Personne n'a envie de télécharger n'importe quoi. Avant de mettre quelque chose en ligne, il faut se renseigner un peu, intituler les fichiers correctement. Si ce travail vous affole, abtenez-vous ! Laissez internet aux professionnels et aux amateurs éclairés.

Internautes, si vous prétendez informer, faîtes vos devoirs. Sinon, on bascule dans une sous-culture crasseuse où tout le monde s'appelle plus ou moins Moby, appartient plus ou moins à la Starac, on perd alors toute la richesse supposée du monde internet. Autant allumer la télévision et regarder TF1 ou M6.

mardi 30 octobre 2007

Les légendes vieillissent mal

Pour apprécier une œuvre d'art à sa juste valeur, il faut une solide culture. Cela permet de situer le travail de l'artiste par rapport à une époque, à des moyens, à ses contemporains, et éventuellement à ce qui se fait de mieux en la matière, toutes époques confondues. Un véritable travail en soi. Mais cela n'empêche pas n'importe qui d'avoir sa propre sensibilité, et peut-être de ressentir quelque chose pour un artiste raté du XXème siècle. C'est l'émotion qui compte.

Faut-il aimer les classiques ?

Que se passe-t-il si, alors que vous faîtes l'effort de connaître ce qu'il faut connaître, les monstres sacrés, vous ne ressentez pas le même élan que vos aînés ?

Etes-vous irrécupérable si vous n'êtes pas sensible au regard subtil de la Joconde ? Etes-vous inculte si vous avez du mal à écouter un album entier de Led Zeppelin ?

Nombreux sont ceux qui écoutent toujours Led Zeppelin, avec la même ferveur… que les gens de l'époque. Il s'agit de gens qui ont grandi après Led Zep, à qui on a appris que c'était une grand groupe de rock, un précurseur, un incontournable qu'il fallait savoir apprécier.

Mais est-ce que ces nouveaux adeptes apprécient réellement cette musique, ou bien s'ys sentent-ils obligés ?

Il y a eu du progrès depuis, une évolution technique et culturelle indéniable, et le fait d'écouter la même chose qu'il y a 30 ans, avec un esprit de culte, c'est quand même particulier. Pour avoir résisté au mouvement, j'ai pu me rendre compte de l'aspect cultiste d'une telle démarche - il a fallu convaincre que je n'aimais pas, et ça a déplu. Je suis alors sorti du cercle des "puristes". Je me suis exclu du mouvement, et j'ai perdu une forme de respect de la part des véritables amateurs. Il fallait aimer Led Zep ! Se forcer, au besoin…

Elvis Presley a inventé le rock, mais le rock n'est pas resté figé à l'époque d'Elvis. S'il était vivant aujourd'hui, Elvis lui-même se régalerait peut-être avec un home studio, et préterait peut-être sa voix à une collaboration type Gorillaz, laissant à de jeunes talents le soin de mettre en musique sa voix unique. Il signerait probablement un contrat de partenariat avec Slim Fast, ses photos de scène avec 30 kilos de trop servant à vanter les bienfaits des régimes à vocation amincissante.

Fan de Jimi Hendrix, ayant lu plusieurs biographies, possédant tous ses albums studio, je suis incapable d'écouter un seul album d'une traite. Il y a du bon et du moins bon, du purement expérimental que l'artiste considérait peut-être raté, vu qu'il amorçait une profonde évolution de son propre style peu avant de mourir. Hendrix, de son vivant, se disait médusé de voir ses fans, guitaristes en herbe, se casser la tête à reproduire ses erreurs - montrant le problème posé par l'approche de sa musique sans recul, comme un culte.

Et que dire du live ? Quelle déception quand, à la faveur d'une édition en DVD du légendaire concert de l'Isle de Wight, je me suis rendu compte avec horreur de la mauvaise qualité sonore ! Je suis d'accord pour faire mon pélerinage, mais pas en marchant sur des cendres. D'autant que les fameuses Fender du maître ne tenaient pas aussi bien l'accord qu'aujourd'hui, et comme il brutalisait son instrument (avant d'y mettre le feu, rien qu'en tirant sur les cordes pour sortir ses sons inoubliables), il devait réaccorder parfois en plein morceau ! Ce DVD n'a pas bougé de son étagère depuis sa da te d'achat, à mon grand regret. En revanche, le fameux hymne national américain revisité par Jimi, présent sur la compilation "the ultimate experience", bénéficie d'une excellente qualité d'enregistrement, je l'écoute régulièrment avec le même plaisir, même si j'ai pu constater auprès de mes proches que j'étais bien seul dans mon bonheur. Pour beaucoup de gens, la prouesse d'Hendrix est plutôt désagréable.

Nous vivons une époque extraordinaire d'un point de vue technologique, les sounds system des salles, le soin apporté à la préparation des événements et la qualité des enregistrements donnant un produit qui n'a rien à envier aux légendes des 60's ou des 70's. Et musicalement, bon nombre de groupes ont repris le flambeau, et amenant plus loin, et avecc une plus grande maîtrise de tous les aspects de leur musique, un art devenu mature.

Souvenez-vous qu'Hendrix pompait allègrement des classiques de blues pour organiser ses propres morceaux, s'inspirait de lectures discutables pour écrire ses paroles et manquait singulièrement de répertoire personnel au plus fort de sa légende. Quelques-uns de ses titres cultes portent sa griffe, mais ont été composés par Bob Dylan (All along the watchtower, Like a rolling stone). Et très franchement, en tant que chanteur, c'était assez approximatif techniquement.

Si Guns'n'Roses est devenu un groupe de renommée planétaire en quelques années, c'est pour avoir sublimé ce qui restait du rock, amenant le genre à un sommet technique et musical rarement atteint. Le talent de Slash à la guitare, qui continue à vivre bien longtemps après la chute du groupe, n'a rien à envier ni à Hendrix, ni a Jimmy Page, même s'il leur doit probablement une partie de son inspiration. On parle ici d'influence.

C'est, du reste, tout l'intérêt des "bonnes" reprises. La version live de Knockin' on heaven's door, telle que jouée par Guns'n'Roses lors du concert à la mémoire de Freddie Mercury à Wembley en 1992, est un classique, une version particulièrement aboutie du morceau de Bob Dylan. On atteint un sommet sonore, particulièrement harmonieux et intense, le symbole de ce qu'a représenté un des plus grands groupes de rock de tous les temps, mélant métal, rock et blues. Ce n'est pas un hasard si ce titre a été un grand succès commercial (se distinguant du concert lui-même, moins apprécié), largement diffusé sur MTV (toujours dans le bons coups), rencontrant l'approbation d'un public particulièrement large et eclectique : c'est une interprétation qui a transcendé les barrières culturelles. Le "freedom" de Robbie Williams, en revanche, est considéré comme une régression par rapport à la version originale, signée George Michael.

Et c'est bien Puff Daddy qui a remis Cashmere au goût du jour, s'appropriant par sample juste ce qu'il fallait du morceau original pour faire son tube, "Come with me" (bande originale du film Godzilla). Nombreux sont ceux qui préfèrent son style viril à la voix cassée de Robert Plant, son rythme bien carré et intense à la version un peu molle de ses illustres précédesseurs.

Il faut connaître ses classiques, conserver la mémoire, perpétuer les mythes. Ces gens-là ont leur place dans un musée, dans un coin de ma discothèque virtuelle, mais pas sur ma table de chevet et, au bout du compte, pas sur mon ipod.

dimanche 28 octobre 2007

Petite histoire de l'art

Vous avez peut-être raté une émission de Bernard Pivot au cours de laquelle Guy Béart tenta de faire admettre à Serge Gainsbourg que la variété était un art majeur. En vain bien entendu, déjà que Gainsbourg n'était pas commode sur un plateau de télé, mais essayer de comparer "Le petit pont de bois" d'Yves Duteil à une symphonie de Mozart, ça reste une belle bavure ! Rien n'arrête un artiste qui défend son fond de commerce.

Le bon point de Béart, c'est la mélodie. Il y a forcément du génie dans la composition d'une bonne mélodie, que ce soit à la guitare ou au tuba. Mine de rien, Duteil et Béart ont vécu de leur guitare, il y a forcément quelque chose de magique.

Le vice, en revanche, c'est de franchir le gouffre entre une mélodie de guitare accompagnée d'un chant et une symphonie. Le même gouffre qui sépare les frères Bogdanov d'Einstein.

Imaginez le compositeur qui écrit une symphonie sur une portée, transcrivant sur papier tout l'orchestre qui joue dans sa tête. On parle de génie; de capacités cérébrales hors normes. Un sens inné de la composition. Reste encore à convoquer un orchestre pour savoir ce que ça donne, affiner, retravailler, mais en somme, tout est déjà écrit.

Ce génie-là, c'est ce qui fait toute la différence entre un art majeur et un art mineur.

Voilà qui est dit.

Mais cet art majeur est-il réservé pour autant aux génies ?

Aujourd'hui, la technologie permet de répondre à cette question.

Prenons l'exemple de Garage Band, le logiciel de composition musicale signé Apple.

Les instruments sont là, la timeline vous attend. Au lieu de tout arranger dans sa tête à grands renforts de mescaline, on peut tenter d'approcher le génie en créant, petit à petit, de clic en clic à la souris, de véritables symphonies. Cela peut prendre des heures, des mois, des années, il faut simplement penser à sauvegarder. Le principe est de pouvoir travailler à l'envi, avec autant de pistes et d'instruments que nécessaire, un morceau d'une durée virtuellement illimitée dans le temps. On peut multiplier les variations d'un même morceau, faire une pause d'un mois, reprendre où on en était.

Pensez à Dr Dre, qui reste des nuits entières dans un studio à retravailler un beat. Un studio qui coûte les yeux de la tête !

On peut exporter une version intermédiaire du morceau vers Itunes, puis vers un ipod, et le réécouter en boucle. S'éloigner de la machine pour retrouver le plaisir de l'écoute, devenir simple auditeur, prendre du recul.

La composition à portée de quidam.

Bien évidemment, sans talent, on ne va pas bien loin. On peut s'amuser, jouer les copistes, proposer des remixs de morceaux connus, et c'est déjà ça.

Mais le réel progrès, à la fois technologique et social, c'est l'opportunité de révéler son talent. Plus besoin d'instrument, d'inscription au conservatoire, d'accès privilégié à la musique. Il faut avoir accès à un ordinateur, cela reste une sélection en soi, mais dans une moindre mesure. Les ados peuvent laisser de côté MSN et se mettre à l'œuvre, essayer de composer eux-mêmes leur morceau de techno pour un prochain anniversaire. On peut tester en quelques clics son aptitude musicale - sens du rythme, oreille, sens de l'harmonie…

Avec un peu de travail, le petit génie en herbe peut faire partager son art naissant à ses copains, par mail ou via des sites tels que myspace. Une fois convaincu de son envie et de son talent, il peut jeter son dévolu sur un instrument réel et enrichir son approche de la musique.

Et avec un outil comme Garage Band (Apple), à talent égal, on a certainement plus de chances d'approcher l'art majeur que Guy Béart avec sa guitare.

jeudi 18 octobre 2007

L'extase de l'or

L'extase de l'or, c'est un titre d'Ennio Morricone.

C'est aussi la musique d'intro de chaque concert de Metallica depuis une bonne dizaine (ooops, vingtaine, je me fais vieux !) d'années.

Dans le film dont elle est tirée, elle accompagne la course de Tuco (le truand), une petite ruée vers l'or toute personnelle, sous le regard attentif des deux autres personnages principaux interprétés par Lee Van Cleef (la brute) et Clint Eastwood (le bon). La scène se passe dans un cimetière, puisque le trésor se trouve dans une tombe. Une séquence typique du western spaghetti.

Cette chasse au trésor, cette soif d'or, l'impression que tout va se régler si la quête atteint son but, et qui provoque cette euphorie quand le but se rapproche, tout cela se retrouve dans la musique d'Ennio Morricone, traversant les âges.

Aujourd'hui, rien n'a changé.

L'or est toujours là, précieux et improbable trésor. Il attise toujours la convoitise, facilite la duperie, et rend certainement plus malheureux encore la majorité d'éternels perdants qu'il tient en dépendance.

L'or n'est pas dans une tombe, mais inscrit sur un ticket de lotterie, sur une carte à gratter.

C'est une carte de baseball d'Honus Wagner, vendue 2,8 millions de dollars en février dernier.

C'est un panier de basket marqué des 3/4 du terrain par un jeune noir lors d'un concours à Chicago, qui rapporte 1 million de dollars.

C'est une balle de baseball frappée par Barry Bonds à San Francisco devant 43154 personnes, attrappée par un jeune fan, revendue 752,467.20 dollars en 31 enchères.

L'extase de l'or, c'est l'ivresse de la découverte, le soulagement de la quête aboutie, l'illusion que tout problème est enfin résolu. Mais l'or n'est pas une fin en soi. Ce n'est pas le jugement dernier. Ce n'est qu'un moyen d'accéder à autre chose. L'extase ne dure qu'un instant, c'est toute sa valeur.

Imaginez l'heureux gagnant de l'Euromillion, après une nuit de fête, finissant par revenir à la réalité, avec son butin et une existence à poursuivre, se demandant bêtement : "Que faire, maintenant ?"