Quidamned !

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jeudi 3 janvier 2008

Quand le patron fait peur

Que feriez-vous si vous étiez chef d'entreprise ?

Seriez-vous capable de prendre les bonnes décisions, celles qui assurent la survie ou la prospérité de votre société ?

À l'heure des comptes, par exemple, seriez-vous capable de précipiter un départ, d'influencer une femme enceinte pour faire commencer son arrêt maladie assez tôt pour économiser une partie de sa paye, aux frais de l'assurance maladie ? De retenir un employé en lui promettant une augmentation, mais de retarder l'échéance, de laisser filer les semaines, d'attendre qu'il vous relance et, s'il finit par s'agacer du délai, de le sermonner en lui expliquant que les temps sont durs pour tout le monde ?

Seriez-vous capable de demander à un cadre à qui vous avez accordé une prime confortable de signer une reconnaissance de dette du montant acquis, de manière à faire passer la somme comme un prêt fictif, pour ne régulariser la transaction qu'au cours de l'année suivante ? La manipulation permet à votre employé de toucher la somme convenue sur le champ (il l'attend depuis des mois), mais elle n'apparaît pas dans les comptes de l'année en cours : l'employé ne paie pas d'impôts pendant un an, et la somme n'apparaît sur les registres que l'année d'après.

Pas très légal, tout ça…

Mais alors, seriez-vous un patron légal ? Un bon payeur ? Un patron honnête et dévoué pour vos employés ?

Ou bien, pour gagner quelques milliers d'euros, vous montreriez-vous capable de faire pression sur des gens plus faibles, influençables ?

Une entreprise peut-elle bien fonctionner avec un gentil patron ?

Combien de patrons, dans l'ensemble, sont complètement irréprochables et efficaces à la fois ? La question se pose, car il est toujours plus facile d'identifier un patron douteux que de prouver la totale transparence d'un patron parfaitement honnête.

Au bout du compte, entre les scandales financiers de très grandes entreprises comme Enron, et les témoignages des employés d'une PME parisienne, le nombre d'affaires douteuses est tel qu'on finit par se demander qui est irréphochable, et qui est à deux doigts de se faire coincer.

Car le pire, dans tout cela, c'est qu'il ne s'agit pas fatalement de gangsters à part entière; certains sont juste un peu filous (ce qui n'excuse rien). Il suffit, au fond, de quelques subtilités d'écriture pour faire le pas fatidique.

Alors, finalement, est-ce vous avez vraiment la trempe d'un patron ?

vendredi 30 novembre 2007

Rien ne va plus à Cap Canaveral

Vous avez déjà vu plusieurs fois les images du lancement d'une fusée, réussi ou non.

Compte à rebours. Décollage. Scène de joie incroyable dans la salle de contrôle.

Curieusement, je n'y avais jamais réfléchi. Comme souvent à la télé, on prend ce qu'on nous donne sans discuter, ça passe ou ça casse, pas le temps de réfléchir qu'on se retrouve dans le Vaucluse pour l'ouverture du Beaujolais. Pas le temps de voir que l'ombre de Buzz Aldrine déconne complètement lors de son premier pas sur la Lune.

Cette joie dans la salle de contrôle, les tapes dans tous les sens, les gens qui s'embrassent, à chaque lancement réussi chez des professionnels du lancement de fusée, c'est quand même lourd de sens. On imagine la pression ressentie par chaque collaborateur, qui sait très bien que le bâtiment a des chances de ne jamais arriver à destination, équipage avec. Quand on revient sur les causes d'accident dans ce secteur, on comprend que bien peu de choses peuvent tout faire rater, coûter des vies, des millions de dollars et d'heures de travail; c'est un projet de plusieurs années qui peut partir en fumée en quelques secondes sous le nez de centaines de milliers de téléspectateurs. On ne se cure pas le nez le jour du lancement, à Cap Canaveral, sous peine de finir au Zapping.

On parle de pression.

Quel rapport entre Cap Canaveral et la communication ?

Tout. Sauf la fusée.

Le lancement, la pression de résultat, les délais de malade, l'impression que toute la planète vous regarde et que c'est le drame à la moindre erreur. Dans la communication, on ne lance pas des fusées (mais ça ne saurait tarder, elles seront rouges et jaunes, on sait tout faire dans la com, on n'a peur de rien). On lance des opérations promotionnelles, des campagnes publicitaires, à tire-larigo, et on brasse des budgets colossaux.

Bon, j'exagère. Il y a bien des petites différences.

Le chef de projet, à la NASA, ne retarde pas un lancement pour grossir le logo sur la fusée à la dernière minute. Claire Chazal et CNN attendent !

Il ne viendrait pas à l'idée du pilote, même en proie à une forme de fatigue mélée de dépression, d'expédier la fusée dans un champ de patates uniquement parce qu'il en a plein le dos.

Le préposé au contrôle de pression des turbines ne se permettrait pas, par peur de tout faire foirer, de ne pas dire qu'il y a un gros voyant rouge qui clignote alors que le lancement se prépare.

"Je m'en fous, c'est pas ma fusée !", ça n'existe pas à Cap Canaveral.

Quand on participe à un lancement avec des vies en jeu, on est toujours lucides et responsables.

Enfin, j'espère…

lundi 12 novembre 2007

Phone culture

Qu'est-ce qui rythme votre journée ?

Il faut se lever le matin pour aller travailler, beaucoup trop tôt.

Vers midi, il faudra déjeuner.

En fin d'après-midi, on finit bien par quitter le travail, faire quelques courses, on s'efforce d'arriver à temps pour ne pas rater une émission de télé, on se prépare un plateau pour regarder les informations à 20h, le film du soir ou bien un DVD.

Toute cette mécanique est bien rôdée, 5 jours par semaine, le weekend est un peu plus aléatoire.

Enfin, c'était avant l'émergence du téléphone mobile.

Quel stress !

Chaque minute, quelqu'un peut appeler pour proposer un déjeuner, annuler un rendez-vous, précipiter le cours des événements.

En général, c'est la famille ou des amis.

Si vous avez un poste à responsabilités, c'est votre supérieur (le fameux n+1, comme on dit quand on est branché) qui appelle pour vous rappeler la réunion du lendemain - en fait, un petit coup de pression pour se rassurer, puisqu'il vous a vu noter le rendez-vous sur votre PDA.

Ou alors, c'est un n-1 plus prompt à décrocher son téléphone qu'à résoudre ses propres problèmes, tellement dépendant de vous, qui appelle au secours, vous permettant une nouvelle fois de sauver la planète et de montrer à quel point vous êtes important…

Si vous êtes encore néophite, vous recevez régulièrement des alertes promotionnelles de votre fournisseur, mais vous ne le savez pas tout de suite, votre esprit cherche pendant quelques secondes, en panique, qui peut bien vous solliciter. Votre grand-mère toujours un peu souffrante ? La Française des Jeux qui vous cherche partout pour toucher enfin votre super-cagnotte ?

Est-ce que c'est ce rush qui vous pousse à rester joignable toute la journée, 16 heures sur 24 ?

Est-ce que c'est l'imprévu, l'attente du coup de fil qui chamboule tout, qui vous fait décrocher si vite ?

Cette activité supplémentaire, écouter ses messages, envoyer des SMS, réengregistrer son message d'accueil, choisir sa sonnerie, changer son fond d'écran, est-ce absolument nécessaire, ou bien est-ce parce que c'est totalement superflu, précisément, que c'est amusant ?

Evidemment, le téléphone mobile est un progrès indéniable, un outil de communication devenu essentiel dans la vie de tous les jours. Il permet sans doute de sauver des vies, ou bien tout simplement de prévenir quand vous êtes en retard, et c'est déjà pas mal.

Mais est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Un forfait entre 20 et 50 euros par mois, c'est-à-dire 240 à 600 euros par an hors dépassements, un terminal entre 100 et 300 euros, un ou plusieurs chargeurs prêts à fonctionner à la maison et au bureau, les contacts à mettre à jour, qu'on perd quand on change de téléphone, tout un style de vie modifié pour intégrer ce petit morceau de technologie qui fait des photos toutes petites ?

vendredi 12 octobre 2007

Si ce n'est pas cassé, c'est que ça marche encore

Voilà une belle leçon à retenir après quelques années passées en PME : tant que ça passe, tout va bien. Le jour où ça cassera, on avisera.

L'essentiel, c'est qu'aujourd'hui, il n'y a pas de problème. On est vendredi, on a encore passé une semaine sans que ça ne gueule trop, on verra bien la semaine prochaine.

Cette règle est valable aussi bien pour le matériel que pour l'humain.

Tant que les gens ne sont pas cassés complètement, juste usés, on peut continuer à s'appuyer dessus. Mettre la pression.

Ils finiront bien par casser, on les remplacera par les suivants, plus jeunes, plus robustes, moins gourmands en salaire.

En attendant, qu'est-ce qu'ils résistent ! On aurait tort de se priver…

Si les gens ne sont pas épuisés et au bord de la crise de nerf le jeudi soir, c'est qu'on a raté quelque chose. En serrant un peu la vis, on aurait pu leur faire faire plus, pour le même tarif. Intolérable manque à gagner !

Une bonne entreprise, c'est avant tout des bons principes.

jeudi 30 août 2007

Kéké numérique

Intemporel, indécrottable, sublime, le kéké est toujours là où on ne l'attend pas.

Kéké sport, kéké glisse, kéké pro.

Le virage technologique, le bug de l'an 2000, les catastrophes naturelles, rien ne l'arrête.

Dans votre bus, oui, votre bus, il est au téléphone pendant tout le trajet, déjà au travail, il parle vite et fort, comme dans son salon. Il optimise, vous comprenez ?

Quand il arrivera au travail, il commencera par une pause café, il prendra son temps, mais dans le bus, pas de temps à perdre !

Il n'a pas d'éducation, mais une formation professionnelle, vous comprenez ?

Il vit son travail à fond, c'est un killer, il n'a pas le temps pour le reste.

Enfin, si, mais pas officiellement…

Il cultive sa vie privée, toujours des bons plans, qu'il échange sur MSN, ce scandale toléré bien bêtement sur le lieu de travail, qui repousse les réunions, déconcentre en permanence, ponctue la journée comme aucun dossier.

Le kéké, c'est une culture du déplacé en évolution permanente.

Il travaille mal, vit mal, mange mal. Mais il est libre, vous comprenez ?

Libre.

Au boulot, tout est vital.

Le dossier doit partir ce soir. On envoie un coursier, deux coursiers, on refait tout, on fait travailler les autres, surtout. C'est une question de vie ou de mort.

Alors c'est pas pour ces cons du bus qu'il va se gêner, vous comprenez ? C'est vital, on vous dit ! Cela passe avant tout !

Il envoie tous ses mails en "priorité la plus haute".

Ecoute bonhomme, je me fous de ce que tu fais en ce moment, il me faut mon dossier ASAP. Azappe. Me zappe pas. Asse Soune Asse Possibole.

Tout est urgent. Ou parfois méga-urgent. Ultra-urgent. Stratégique. Politique.

Tout est important.

Sauf l'humain.

Dans l'entreprise aujourd'hui, ce n'est même plus le patronnat qui opresse les employés, car il y a des lois, des syndicats, des recours en justice.

Le vrai danger, c'est le kéké.

Nuisible, et pas que dans son entreprise. Nuisible partout, 24h sur 24, 7 jours sur 7.

Infatigable, inévitable, incroyable kéké.

Actuellement, tapant un SMS méga-important dans un cinéma près de chez vous.