Quidamned !

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mardi 15 avril 2008

99 francs : à voir 99 fois

Ce n'est pas tous les jours qu'on regarde un divx qui vous donne envie d'acheter le DVD.

Un divx, le plus souvent c'est un fichier pirate. Le principe, contrairement à la loi, c'est de le faire tourner entre copains pour éviter de payer. Et ça nuit clairement à la création artistique. Par définition.

Jan Kounen avait abordé le sujet au moment de la sortir de Blueberry, en mettant en avant un point assez juste, déclinable à l'envi : pourquoi regarder un film d'une qualité extraordinaire sur un écran 15" avec une compression sauvage ?

Aujourd'hui, avec les écrans 24 à 30", les cartes graphiques grand public avancées et les codecs de compression aboutis, la qualité des fichiers piratés est excellente. Mais le problème se pose toujours. Un film à la maison, c'est bien, mais ça n'a rien à voir avec un écran de 30 mètres de large et de 10 mètres de haut. Réagir tout seul dans son salon ou au milieu d'une foule, c'est très différent. C'est bien aussi. Mais pas nécessairement pour découvrir un film. Nécessairement pas, devrais-je dire.

99 francs, il fallait le voir en salles. Enfant de la pub, partie prenante du système, employé dune boîte de com, je n'ai pas souhaité me replonger dans cet univers si familier en dehors de mes heures de travail.

Et j'ai eu tort.

Parce que c'est Kounen. Ce n'est pas du cinéma américain, dont il emprunte quelques codes. Ce n'est pas du cinéma français. C'est un monde à part. De la mise en scène juste, extrêment juste. Pointilleuse. On n'imagine pas la tension sur le tournage, parce qu'on oublie que tout ça a été tourné; mais en y réfléchissant après coup, on se dit que M. Kounen, il doit vraiment emmerder ses acteurs entre deux claps. Pour les pousser à l'excellence. Regardez bien : tous sont justes. Pas une seconde de relâchement. Pas de faute. Nickel.

Parce que Jean Dujardin ne fait pas du OSS117 ou du Jean Dujardin. Il est Octave Parango, il n'est pas vraiment Beigbeider, il est quelque chose d'autre. Il est authentique, sans être caricatural.

Même le point qui me fache encore un peu, que le réalisateur explique très bien, et qui doit agacer tout le monde par sa longueur (j'essaie de ne pas en dire trop), je crois que je vais finir par l'apprécier. Un auteur, ça se respecte. Surtout quand il sort le grand jeu, dans un exercice pas évident, qui consiste à s'approprier l'œuvre d'un autre, et à en faire son propre chef d'œuvre.

99 francs : à voir absolument, à revoir passionnément, à faire des pauses, des retours, à consommer sans modération.

Actuellement en prix vert à la Fnac. J'y cours.

jeudi 27 décembre 2007

Sagesse avérée des professionnels de la Prévoyance

Il y a des lectures qui amusent, qui saisissent ou qui divertissent. Il y a aussi certaines lectures qui émeuvent, qui consternent ou qui bouleversent. La lecture attentive et constructiviste d'un contrat d'assurance englobe tout cela, et va même plus loin.

On dira ce qu'on voudra des professionnels de l'assurance (les assureurs et leurs collaborateurs), il y a deux choses qu'on ne peut pas leur retirer, que vous soyez sinistré en attente prolongée de dédommagement ou grand veinard à qui il n'arrive jamais rien : ils ont le sens du détail et de la formule, double compétence qui n'est pas donnée à tout le monde.

Un paragraphe suffit à poser les bonnes questions, à définir les limites de l'inconnu et peut-être à faire trembler le cosmos.

Il s'agit des exclusions communes à toutes les garanties.

En langage courant, ce sont les cas où vous n'avez aucune chance de vous faire rembourser, quel que soit votre contrat d'assurance. Même dans un pays développé assez stable politiquement comme la France, vous allez voir que ce n'est guère rassurant. Pour qui possède, on comprend mieux pourquoi il faut à tout prix éviter les conflits en tous genres - et inversement, pour qui ne possède pas, pourquoi le recours au conflit ne pose pas de problème a priori.

Deux cas assez pratiques montrent à quel point la tâche d'assureur est délicate. D'une part, vous avez les conséquences de la guerre civile ou étrangère ou d'insurrection ou de confiscation par les autorités. En clair, si ça chauffe, votre matériel n'est pas assuré. D'autre part, les conséquences de la désintégration du noyau de l'atome. En cas de problème lié au nucléaire, on pense notamment à l'explosion d'une bombe atomique entrainant un dysfonctionnement de votre matériel (la fameuse impulsion électro-magnétique, par exemple), celui-ci ne sera pas couvert. L'assurance, dûment payée et enregistrée, ne donne pas droit à un quelconque remboursement. Sécurité zéro.

En tant que citoyen, on s'imagine mal être confronté aux conséquences de la désintégration du noyau de l'atome. Et pour reprendre l'expression de Jerry Seinfeld, en cas de conflit, si votre foyer se trouve dans le rayon d'une explosion nucléaire, l'assurance de vote baladeur MP3 n'est sans doute pas votre principal problème. Vous venez de prendre une bombe sur la figure, votre maison est en ruines, le quartier est dévasté, vous respirez des gaz hautement nocifs, votre vie ne tient qu'à un fil, et votre assureur refuse de couvrir les frais de réparation de votre console ! Quel juriste est à l'origine de ce point précis ? Qui donc prévoit, en cas de conflit armé induisant une attaque atomique, de ne pas assumer le coût de réparation de votre console de jeu portable ? Il suffisait de prévoir un cas aussi improbable, d'écrire noir sur blanc que c'était éliminatoire, et le tour est joué. Un pied délivre l'autre, comme à chat perché.

Dans un pays où l'électricité est en partie assurée par des réacteurs nucléaires, que se passe-t-il en cas de sur-tension fatale ? N'est-ce pas là, au bout du compte, une conséquence (franchement indirecte) de la désintégration du noyau de l'atome ?

Allons un peu plus loin. Attardons-nous une minute sur le sort du soldat, de faction dans une zone de conflit a priori sous contrôle quelque part au Moyen-Orient, après des mois de surveillance sans la moindre coup de fusil. Pour tuer l'ennui, il réussit à se procurer une petite console portable, et souscrit une assurance vol-casse. Si son camp finit par essuyer une attaque, en plus du risque pour sa vie, sait-il que son matériel ne sera pas couvert ? Qui est le mieux couvert, d'ailleurs ? Lui ou sa console ? Est-ce que cela risque d'influencer ses décisions ?

Une chose est sûre, l'assureur ne se soucie pas de Dieu. Nulle mention sur les conséquences d'une intervention divine. Oubli de juriste ? Preuve ultime de l'absence de Dieu ? Bien sur que non ! Cela rejoint tout simplement un autre point, la Perte par suite d'un événement de force majeure (Perte provoquée par un événement irrésistible, imprévisible, extérieur, empêchant la récupération physique de l'Appareil garanti). Si, un jour, la colère de Dieu détériorait votre console portable, il vous faudrait récupérer l'objet pour montrer les dégâts, prouver que Dieu existe, et que c'est lui qui a détérioré votre matériel.

L'assurance, au fond, c'est une question de bon sens et de précision.

jeudi 6 décembre 2007

Pouvoir d'aphone

Comment va votre pouvoir d'achat en ce moment ?

Noël approche, les sapins sont de sortie, et la grande question, c'est… combien ? Combien allez-vous pouvoir dépenser ?

Attention, ce chiffre vous définit en tant que personne.

Vous connaissez le score de l'année dernière, il va falloir faire encore mieux cette année.

Combien, la diagonale de votre future télé Full HD, qui ne se chiffre plus en centimètres, mais en pouces ? Combien de chevaux, la prochaine voiture ? Combien de watts, les enceintes ? Combien de millions de pixels, l'appareil photo-téléphone-lecteur MP3-video ?

Le pouvoir d'achat, au cœur des débats un peu partout en France, vous n'y échappez pas, vous êtes concerné, puisque vous n'arrêtez pas de dépenser. Le pouvoir d'achat, vous l'avez, vous vous êtes bien débrouillé, encore, cette année.

Evidemment, tout augmente. Le prix, proportionnel à votre désir, n'arrête pas de grimper.

Fight Club, c'est démodé. Les objets que vous possédez vous possèdent depuis bien longtemps.

Votre prochain téléphone mobile ne sera pas le dernier : il est déjà dépassé à son arrivée en rayon.

Votre forfait de téléphone mobile, c'est un loyer dont vous devez vous acquitter pour être habité par une cartouche qui sonne et qui vibre, qui vous sauve la vie plusieurs fois par jour et qui vous réveille même la nuit.

Il y a le forfait, et le hors-forfait. Une minute de trop et c'est l'amende. Tolérance zéro. Dépendance totale.

Quand vous discutez au téléphone, est-ce que vous pesez davantage vos mots quand vous êtes hors-forfait ? Est-ce que vous stressez quand vous arrivez dans la dernière minute ? Est-ce que vous entendez tomber les euros de votre poche quand la conversation s'éternise ? Vous arrive-t-il de soupçonner vos amis de toucher une commission sur vos minutes de dépassement ?

En cas de grand dépassement, pourrait-on négocier avec son opérateur une remise de peine pour bonne conduite, une liberté d'appeler à condition de donner les noms de ses complices, échanger des renseignements sur leurs habitudes de consommation contre quelques minutes de plus ?

Il y a toujours une vie au-delà du forfait, une vie surtaxée.

C'est sans doute un réflexe de consommateur : le bonheur est dans le prix.

On vous vend le téléphone fixe illimité, vous consommez du portable toujours trop limité. Vous préférez la discussion de couloir, dans la rue ou dans une brasserie au beau milieu du déjeuner à la tranquille conversation du soir dans un fauteuil. On vous vend internet haut débit illimité à prix fixe sur des écrans 24 pouces, mails à volonté, vous voulez envoyer des SMS payants en toute liberté, du surf rationné sur un écran minuscule que vous tapotez en y laissant l'empreinte de doigts tous gras. On vous donne un portable correct avec votre forfait, il vous faut le tout petit trop petit très cher qui prend de la vidéo, dessiné par un spécialiste de la voiture de sport, qui fait des photos approximatives de vous joue contre joue avec une amie dans une boîte parisienne une vodka-orange à la main. Vous avez MSN gratuit au bureau et à la maison, vous allez trouver le moyen de payer une petite fortune pour l'avoir aussi dans le métro !

Et vous êtes tellement utile à l'activité économique de votre pays qu'au bord du déficit, d'aucuns négocient actuellement pour vous permettre de continuer à consommer.

Vous avez demandé le pouvoir ? Ne quittez pas…

dimanche 25 novembre 2007

Ne pas confondre piratage et téléchargement

Très bonne nouvelle dans Le Monde daté du samedi 24 novembre, en ce qui concerne la Culture et internet.

Incroyable page de bon sens, de logique et de choses accomplies par Denis Olivennes, par ailleurs PDG de la FNAC (dont je suis, comme beaucoup, heureux client, mais cela n'a rien à voir). Après des années de politique de l'autruche côté fournisseurs d'accès, d'abus démesuré de la part des internautes, et de coups d'anti-pub regrettables de la part des autorités et des acteurs des différentes industries contrariées (disque, cinéma…), voici enfin une initiative utile et salvatrice pour régler le problème du téléchargement illicte sur internet.

Le problème était simple : c'est comme si une faille dans la système de distribution avait permis à tout le monde de pomper l'électricité d'EDF sans payer de facture, ou à consommer de l'eau sans payer. Beaucoup de gens ont vu dans leur abonnement à internet un moyen très avantageux de s'offrir en toute impunité, en toute gratuité et par milliers chansons et films, du plus ancien au plus récent, immortalisant sur disque dur certains films avant même leur sortie en salles !

Le succès de l'internet haut débit en France était un signe fort : persone n'a besoin de plus de 512k pour consulter ses mails ou surfer. Le nerf de la guerre, c'était le gain de temps des téléchargements, devenus presque instantannés pour les modestes fichiers musicaux, plus raisonnables pour les contenus plus longs comme les séries ou même les films (de quelques jours en risquant une coupure, à quelques heures en toute fiaiblité aujourd'hui pour un film de 2 heures). Le téléchargement devenait aussi instantanné que l'achat, plus pratique, décourageant l'internaute de toute consommation payante. Aujourd'hui, on trouve même des jeux Wii sur le réseau, les subtilités consistant dans la gravure du produit sur DVD et dans la pose d'une puce sur la console.

En accord avec les différentes parties concernées, Monsieur Olivennes serait parvenu en proposant 3 mesures à tordre le cou du téléchargement illicite, source caractérisée de piratage, véritable menace pesant sur les modèles économiques des secteurs culturels. Les fournisseurs d'accès sont renvoyés à leur responsabilité première : ils contrôlent votre débit, savent ce qui se passe sur la ligne, ils peuvent distinguer un téléchargement illicite d'un téléchargement normal. Bientôt, si vous utilisez votre abonnement pour télécharger des données de manière illicite, vous aurez droit à un avertissement, puis un second en cas de récidive, après quoi vous risquerez de perdre votre abonnement. Le système, qui s'inspire directement du permis automobile à points, n'est donc pas directement répressif : on ne risquera pas la prison pour téléchargement illicite.

Seule ombre au programme de Monsieur Olivennes, mais de taille : il ne faut pas confondre piratage et téléchargement. Le téléchargement est pratique, mais absolument pas nécessaire au piratage. Les gens ont une vie en dehors d'internet. Ils se fréquentent, se déplacent. La prolifération et l'augmentation exponentielle de la capacité de stockage des disques durs externes à des prix toujours plus abordables facilite comme jamais la circulation hors-réseau (off-line), des données, de proche en proche (comptez 150 euros pour un boîtier de 500 Go qui se transporte dans un sac à main, l'équivalent de 500 à 800 films ou de 100 000 chansons). Après des années de piratage massif, les pirates en tous genres, "petits" ou "grands", n'ont plus besoin du réseau pour se fournir en contenus.

A l'aide de programmes assez répandus, un DVD se rippe en quelques heures, un CD s'encode en quelques minutes (l'encodage de CD est une fonction d'Itunes, édité par Apple). Ils deviennent alors des fichiers numériques parfaitement autonomes et mobiles. Il suffit de quelques clients parfaitement légaux au sommet de la hiérarchie, qui montrent patte blanche régulièrement en se fournissant à la Fnac (par exemple), pour animer un réseau particulier susceptible de toucher des milliers de consommateurs qui ne débourseront toujours pas le moindre euro dans un magasin, mais qui continueront à se divertir gratuitement. Une fois internet coupé au piratage, combien de temps va-t-il falloir pour voir se développer le traffic de disques durs ultraportables gavés de contenus piratés, d'une manière ou d'une autre (une pratique déjà bien ancrée chez les ados et jeunes adultes) ? Les pirates, tolérés depuis trop longtemps par l'immobilisme ambiant, ont des années d'avance sur le système. Et je parie qu'ils ont assez de stock pour tenir leur propre boutique virtuelle, même sans internet, contournant ainsi tout contrôle sur le téléchargement.

Autre secteur en difficulté mais rarement mentionné, l'Édition est au cœur d'un problème épineux : un livre de 200 pages au format pdf pèse bien moins lourd qu'un film, favorisant l'échange de produits en passant sous le radar des autorités, qui auraient tendance à traquer les gros fichiers. Cela concerne des secteurs comme l'Industrie du Livre et de la bande dessinée, soumis à des coûts de productions importants.

Monsieur Olivennes a certes accompli un énorme travail et a rempli une partie de sa mission, mais la bataille contre le piratage est loin d'être jouée.

lundi 19 novembre 2007

Weak wiki culture

Le pouvoir au peuple, la liberté de surfer et d'écrire, n'est heureusement pas la base de l'internet. Si vous cherchez la bonne information, faites avant tout confiance aux sites officiels. Mais le principe du wiki, qui permet à n'importe qui de collaborer par sa science à l'encyclopédie en ligne, aux réseaux peer-to-peer ou tout simplement via leur propre site, rend internet dans sa globalité aussi fiable que le témoignage d'un membre amnésique d'Al-Qaeda. Et si tout le monde s'y met, la majorité des informations présentes sur la toile pourraient s'avérer inutiles.

Pire qu'un virus, le quidam mal informé aurait tendance à pourrir le grand réseau de manière sournoise et préoccupante. C'est le malfaiteur idéal : il ne sait même pas ce qu'il fait ! Un vrai casse-tête.

Par exemple, si vous cherchez une vidéo de concours de slam de lycée (basketball), vous risquez de télécharger par mégarde un concours de slam de la NBA (basket pro américain); d'après le titre du fichier, l'image serait accompagnée d'un mix de James Bond par Moby, mais il s'agit en fait d'un titre de la bande originale du film Mission : Impossible (1996), réalisé par Larry Mullen et Adam Clayton, respectivement batteur et bassiste du groupe U2.

D'ailleurs, dès qu'un titre sonne un peu électronique, il est généralement attribué à Moby ou à Fatboy slim, comme s'ils avaient le monopole du genre. Avant de télécharger, il faut livrer sa propre enquête, vérifier par exemple si Enya et Moby ont collaboré à un titre en studio, si l'un s'est jamais servi du titre de l'autre pour en faire un remix, ou si les deux artistes se sont croisés sur scène lors d'un concert ou d'un gala. Une recherche que devrait effectuer chaque utilisateur avant de mettre un fichier à disposition sur son volume personnel partagé. Ce serait tellement plus simple pour tout le monde…

Pourquoi chercher la petite bête, me direz-vous ? C'est pourtant simple : tout le bonheur d'internet, c'est de pouvoir échanger des choses relativement librement, mais sans un minimum de structure et de sérieux, le modèle n'a aucun intérêt pour qui que ce soit. Personne n'a envie de télécharger n'importe quoi. Avant de mettre quelque chose en ligne, il faut se renseigner un peu, intituler les fichiers correctement. Si ce travail vous affole, abtenez-vous ! Laissez internet aux professionnels et aux amateurs éclairés.

Internautes, si vous prétendez informer, faîtes vos devoirs. Sinon, on bascule dans une sous-culture crasseuse où tout le monde s'appelle plus ou moins Moby, appartient plus ou moins à la Starac, on perd alors toute la richesse supposée du monde internet. Autant allumer la télévision et regarder TF1 ou M6.

dimanche 11 novembre 2007

Une expérience humaine grâce à l'informatique

Je viens de lire un commentaire d'un lecteur et ami (dans le désordre), dans ma boîte mail, daté d'une petite heure environ.

C'est toujours fascinant de se dire qu'il y a une heure, cette personne était comme moi, devant un oridnateur, chez elle ou dans un web café, en France ou peut-être en voyage dans n'importe quel pays, peut-être qu'il y faisait jour.

Il y a une heure, cette personne était donc debout, et j'étais moi-même en train de bouiner (s'adonner à une activité quelconque) sans faire attention à ma boîte mail. J'aurais pu lire ce courriel instantanément, y répondre, peut-être avoir une réponse dans la minute suivante. Si j'étais branché MSN, on aurait même pu avoir une conversation. Il se trouve que le format courrier était meilleur, car on écrit plus facilement qu'on ne dit certaines choses.

After hours, passé 22h, on n'appelle pas les gens. C'est l'usage. On estime qu'ils dorment, qu'ils ont envie d'être tranquilles, on ne veut pas déranger.

Mais grâce à la technologie, on peut faire passer ses idées en temps réel, au moment où elles viennent, sans avoir à attendre que la personne soit disponible, et sans délai de livraison.

C'est de la communication instantannée, dans le respect des usages et des personnes.

C'est surtout un moyen de garantir la circulation des idées. Sans ces moyens, cette personne aurait sans doute oublié de m'appeler, je n'aurais probablement pas songé à la recontacter, et nous nous serions perdus de vue, alors que nous avons tant de choses à nous dire. Quelle honte ! (Sans cette technologie, je serais déjà couché depuis deux bonnes heures, et ma maman ne serait pas consternée par mes cernes, il faut bien le reconnaitre…)

Au bout du compte, la technologie rapproche les gens, à moindres frais et sans efforts. Ne vivons-nous pas une époque formidable ?

dimanche 28 octobre 2007

Petite histoire de l'art

Vous avez peut-être raté une émission de Bernard Pivot au cours de laquelle Guy Béart tenta de faire admettre à Serge Gainsbourg que la variété était un art majeur. En vain bien entendu, déjà que Gainsbourg n'était pas commode sur un plateau de télé, mais essayer de comparer "Le petit pont de bois" d'Yves Duteil à une symphonie de Mozart, ça reste une belle bavure ! Rien n'arrête un artiste qui défend son fond de commerce.

Le bon point de Béart, c'est la mélodie. Il y a forcément du génie dans la composition d'une bonne mélodie, que ce soit à la guitare ou au tuba. Mine de rien, Duteil et Béart ont vécu de leur guitare, il y a forcément quelque chose de magique.

Le vice, en revanche, c'est de franchir le gouffre entre une mélodie de guitare accompagnée d'un chant et une symphonie. Le même gouffre qui sépare les frères Bogdanov d'Einstein.

Imaginez le compositeur qui écrit une symphonie sur une portée, transcrivant sur papier tout l'orchestre qui joue dans sa tête. On parle de génie; de capacités cérébrales hors normes. Un sens inné de la composition. Reste encore à convoquer un orchestre pour savoir ce que ça donne, affiner, retravailler, mais en somme, tout est déjà écrit.

Ce génie-là, c'est ce qui fait toute la différence entre un art majeur et un art mineur.

Voilà qui est dit.

Mais cet art majeur est-il réservé pour autant aux génies ?

Aujourd'hui, la technologie permet de répondre à cette question.

Prenons l'exemple de Garage Band, le logiciel de composition musicale signé Apple.

Les instruments sont là, la timeline vous attend. Au lieu de tout arranger dans sa tête à grands renforts de mescaline, on peut tenter d'approcher le génie en créant, petit à petit, de clic en clic à la souris, de véritables symphonies. Cela peut prendre des heures, des mois, des années, il faut simplement penser à sauvegarder. Le principe est de pouvoir travailler à l'envi, avec autant de pistes et d'instruments que nécessaire, un morceau d'une durée virtuellement illimitée dans le temps. On peut multiplier les variations d'un même morceau, faire une pause d'un mois, reprendre où on en était.

Pensez à Dr Dre, qui reste des nuits entières dans un studio à retravailler un beat. Un studio qui coûte les yeux de la tête !

On peut exporter une version intermédiaire du morceau vers Itunes, puis vers un ipod, et le réécouter en boucle. S'éloigner de la machine pour retrouver le plaisir de l'écoute, devenir simple auditeur, prendre du recul.

La composition à portée de quidam.

Bien évidemment, sans talent, on ne va pas bien loin. On peut s'amuser, jouer les copistes, proposer des remixs de morceaux connus, et c'est déjà ça.

Mais le réel progrès, à la fois technologique et social, c'est l'opportunité de révéler son talent. Plus besoin d'instrument, d'inscription au conservatoire, d'accès privilégié à la musique. Il faut avoir accès à un ordinateur, cela reste une sélection en soi, mais dans une moindre mesure. Les ados peuvent laisser de côté MSN et se mettre à l'œuvre, essayer de composer eux-mêmes leur morceau de techno pour un prochain anniversaire. On peut tester en quelques clics son aptitude musicale - sens du rythme, oreille, sens de l'harmonie…

Avec un peu de travail, le petit génie en herbe peut faire partager son art naissant à ses copains, par mail ou via des sites tels que myspace. Une fois convaincu de son envie et de son talent, il peut jeter son dévolu sur un instrument réel et enrichir son approche de la musique.

Et avec un outil comme Garage Band (Apple), à talent égal, on a certainement plus de chances d'approcher l'art majeur que Guy Béart avec sa guitare.

vendredi 26 octobre 2007

Tout ça pour un téléphone…

Comment séduire, intriguer et divertir le consommateur aujourd'hui ?

Demandez à Steve Jobs, c'est son dada. Le destin de l'Iphone, c'est comme un épisode de Columbo. On connait déjà la fin, mais on reste jusqu'au bout !

Pas besoin de boule de crystal (un marché auquel ne s'intéresse pas encore la firme de Cupertino), on sait déjà que le dernier né frappé d'une pomme croquée va faire un carton à l'occasion des fêtes de fin d'année.

Il aurait été trop simpliste de l'annoncer lors de la toute récente Apple Expo. Trop attendu, le produit ne pouvait que satisfaire. Avec un peu de suspens (sortira, sortira pas ?), l'ombre des géants qui négocient l'avenir de la téléphonie, les théories les plus folles ont envahi le net, éclaboussé la presse traditionnelle, générant le buzz si recherché, celui qui fait pâlir d'envie Bill Gates.

Le phone selon Apple sera sans doute le produit de l'année. Révolutionnaire, ergonomique, beau. Mais pas économique. Un pur produit Apple.

Alors, quel sera votre Iphone ? Désimlocké, importé, envoyé par un ami qui vit dans un pays où tout est permis ? Sobre, vous allez adopter à la fois Apple et Orange, signature de contrat en bonne et due forme, garanti sur facture ?

Tout ce tintamare dans un marché saturé ? La convergence entre informatique informaticienne et grand public en un seul objet ? Plus fort que l'ipod ?

Apple, ou l'art de vendre.

mercredi 19 septembre 2007

Ecrire une lettre en 2007

Dans un article de milieu de page du journal Le Monde, loin de la une, sur une petite colonne, on apprend que la plupart des professeurs n'ont pas reçu la fameuse lettre de Nicolas Sarkozy. C'est parfaitement normal : ce document de 35 pages, rendu officiel le 4 septembre dernier, a été édité et distribué aux médias et à certaines personnalités, mais la plupart des exemplaires destinés aux éducateurs ne seront imprimés qu'à partir du 21 ou 22 septembre. Les destinataires annoncés ne recevront donc le courrier Présidentiel que 3 semaines après son annonce initiale.

En 2007, ce n'est pas le moyen le plus direct de faire passer un message, si tel est bien votre but.

Le texte, disponible sur internet, a d'ores et déjà été lu par bon nombre de professeurs. L'information circule bien plus vite sur les "autoroutes" dédiés que par routage "réel". Par conséquent, sur un million d'exemplaires prévus, combien iront directement à la poubelle ?

La mécanique de l'opération suggère que c'est le geste qui compte, le fait que le Président de la République s'adresse, par des moyens archaïques, à ceux qui pratiquent, en France, l'éducation. S'adresser aux éducateurs, certes. La démarche en elle-même fait débat, les éducateurs n'étant que la moitié de l'équation éducative, l'autre moitié étant les élèves. Mais le faire de manière si publique, que la lettre est entre les mains des média 3 bonnes semaines avant ses "véritables" destinataires ?

Du reste, le message du Président n'est pas tout à fait juste. Début septembre, il ne fallait pas dire : "Je m'adresse aux éducateurs", mais "Je m'adresse aujourd'hui aux médias et à quelques personnalités pour annoncer que j'ai écrit une lettre de 35 pages à l'attention des éducateurs, que je la ferai imprimer dans 3 semaines, ils finiront bien par la recevoir dans le mois qui vient."

Et comment justifier une telle débauche de moyens désuets, l'édition d'1 million d'exemplaires papier, le routage, dans un pays où le taux d'équipement en accès internet haut débit est l'un des meilleurs d'Europe, où tout professeur peut avoir accès, d'une manière ou d'une autre, à ce genre d'informations ? Quelques pages sur un site du gouvernement, et l'affaire était classée !

S'il s'agit d'un souci d'équité, tout le monde n'étant pas égal devant l'outil informatique, les solutions ne manquent pas : pourquoi ne pas faire circuler un fichier pdf à l'attention des chefs d'établissements scolaires, avec pour consigne d'en éditer au moins un exemplaire, consultable par l'ensemble du corps enseignant dans la salle des professeurs, à la bibliothèque ou ailleurs ?

Quelle conclusion ?

Le goût du symbôle, au prix d'une méthode lourde, maladroite et coûteuse ? Le luxe du papier imprimé par la volonté Présidentielle ? Le sens du spectacle, peut-être…

vendredi 7 septembre 2007

Apple écrase les prix… mais doit s'excuser

Pas facile d'être cool sur le marché du téléphone portable, quand on vient de l'informatique.

Apple semble honnête dans sa démarche, offrant le meilleur de la technologie au prix le plus juste. C'est un peu cher, mais beau et tellement pratique.

Le client Apple doit se faire une raison : s'il veut profiter du bond technologique bi-annuel de la marque (et de l'industrie en général), il doit composer avec le fait que tout matériel acheté devient automatiquement obsolète tous les six mois, parfois même plus rapidement; son prix aussi ! Si on calcule mal sa date d'achat, trop près d'une Apple expo par exemple, on s'expose à une grosse déception.

Cela tient au culte du secret de la marque la plus innovante du marché de l'informatique, composant primordial de sa stratégie, savant mélange de technologie et de marketing. Dans un contexte extrêmement concurrenciel, Apple ne peut pas se permettre de laisser filtrer la moindre information, perdant nécessairement au passage les consommateurs les moins aguéris.

Les acheteurs d'Iphone de la première heure ont fait une douloureuse expérience : ils n'ont pas voulu attendre, ils ont payé le prix fort. Deux mois après sa sortie, Steve Jobs a en effet annoncé une baisse de 200 dollars, une baisse aussi spectaculaire que soudaine. Une aubaine pour le futur acheteur, une "arnaque" pour celui qui a acheté le produit plus de deux semaines auparavant.

Le client Apple le sait bien : il ne faut jamais acheter une première génération de produits.

Apple teste son produit en le mettant sur le marché : c'est le seul moyen de le connaître vraiment, en situation réelle, dans les mains du client acheteur (paying customer), ses réactions étant plus révélatrices que celles d'un béta-testeur qui n'a pas dépensé un sou ou d'un employé de la firme californienne.

Au bout de quelques semaines de ventes, on connait généralement mieux le produit : son design définitif, ses capacités réelles, ses petits défauts, et du même coup l'intérêt réel de l'investissement. En quelque sorte, les premiers acheteurs décident du succès d'un produit Apple.

Tout en poursuivant ses recherches, la firme californienne attend elle aussi les réactions du public pour préparer son deuxième essai, qui peut intervenir sous la forme d'une mise à jour au bout de six mois, ou bien d'un changement radical un an après.

Dans la cas de l'Iphone, premier pas d'Apple sur le marché de la téléphonie mobile, un changement brutal de stratégie vient d'intervenir à peine 2 mois après le lancement des ventes, mais 8 mois après la toute première présentation du produit au public, selon une stratégie clairement agressive. Comme lors de la sortie de l'ipod shuffle, un baladeur mp3 caché dans une clé USB2 à un prix deux fois moindre que ceux de la concurrence, Apple a saisi l'opportunité de tuer le marché. Le but avoué est de toucher le grand public d'ici Noël.

Seulement voilà, un client, ça se respecte. Steve Jobs a dû présenter ses excuses au possesseurs d'iPhone, et la firme a logiquement offert de compenser une partie de la perte engendrée par cette baisse de prix sous forme d'avoir… sur un prochain achat Apple ! Si si, c'est un geste, ce n'est pas une démarche purement marketing… D'aucuns prétendent déjà qu'il ne s'agit pas d'une baisse de prix audacieuse, mais la révision d'un prix de départ sciemment gonflé afin de mieux profiter de l'enthousiasme du lancement de l'Iphone.

Cette expérience témoigne de la difficulté à sortir des bons produits, au bon moment, au bon prix. Apple innove, étonne, ravit… mais la recette de son succès peut aussi bien causer sa perte !

jeudi 30 août 2007

Kéké numérique

Intemporel, indécrottable, sublime, le kéké est toujours là où on ne l'attend pas.

Kéké sport, kéké glisse, kéké pro.

Le virage technologique, le bug de l'an 2000, les catastrophes naturelles, rien ne l'arrête.

Dans votre bus, oui, votre bus, il est au téléphone pendant tout le trajet, déjà au travail, il parle vite et fort, comme dans son salon. Il optimise, vous comprenez ?

Quand il arrivera au travail, il commencera par une pause café, il prendra son temps, mais dans le bus, pas de temps à perdre !

Il n'a pas d'éducation, mais une formation professionnelle, vous comprenez ?

Il vit son travail à fond, c'est un killer, il n'a pas le temps pour le reste.

Enfin, si, mais pas officiellement…

Il cultive sa vie privée, toujours des bons plans, qu'il échange sur MSN, ce scandale toléré bien bêtement sur le lieu de travail, qui repousse les réunions, déconcentre en permanence, ponctue la journée comme aucun dossier.

Le kéké, c'est une culture du déplacé en évolution permanente.

Il travaille mal, vit mal, mange mal. Mais il est libre, vous comprenez ?

Libre.

Au boulot, tout est vital.

Le dossier doit partir ce soir. On envoie un coursier, deux coursiers, on refait tout, on fait travailler les autres, surtout. C'est une question de vie ou de mort.

Alors c'est pas pour ces cons du bus qu'il va se gêner, vous comprenez ? C'est vital, on vous dit ! Cela passe avant tout !

Il envoie tous ses mails en "priorité la plus haute".

Ecoute bonhomme, je me fous de ce que tu fais en ce moment, il me faut mon dossier ASAP. Azappe. Me zappe pas. Asse Soune Asse Possibole.

Tout est urgent. Ou parfois méga-urgent. Ultra-urgent. Stratégique. Politique.

Tout est important.

Sauf l'humain.

Dans l'entreprise aujourd'hui, ce n'est même plus le patronnat qui opresse les employés, car il y a des lois, des syndicats, des recours en justice.

Le vrai danger, c'est le kéké.

Nuisible, et pas que dans son entreprise. Nuisible partout, 24h sur 24, 7 jours sur 7.

Infatigable, inévitable, incroyable kéké.

Actuellement, tapant un SMS méga-important dans un cinéma près de chez vous.