Il y a des lectures qui amusent, qui saisissent ou qui divertissent. Il y a
aussi certaines lectures qui émeuvent, qui consternent ou qui bouleversent. La
lecture attentive et constructiviste d'un contrat d'assurance englobe tout
cela, et va même plus loin.
On dira ce qu'on voudra des professionnels de l'assurance (les assureurs et
leurs collaborateurs), il y a deux choses qu'on ne peut pas leur retirer, que
vous soyez sinistré en attente prolongée de dédommagement ou grand veinard à
qui il n'arrive jamais rien : ils ont le sens du détail et de la formule,
double compétence qui n'est pas donnée à tout le monde.
Un paragraphe suffit à poser les bonnes questions, à définir les limites de
l'inconnu et peut-être à faire trembler le cosmos.
Il s'agit des exclusions communes à toutes les garanties.
En langage courant, ce sont les cas où vous n'avez aucune chance de vous
faire rembourser, quel que soit votre contrat d'assurance. Même dans un pays
développé assez stable politiquement comme la France, vous allez voir que ce
n'est guère rassurant. Pour qui possède, on comprend mieux pourquoi il faut à
tout prix éviter les conflits en tous genres - et inversement, pour qui ne
possède pas, pourquoi le recours au conflit ne pose pas de problème a
priori.
Deux cas assez pratiques montrent à quel point la tâche d'assureur est
délicate. D'une part, vous avez les conséquences de la guerre civile ou
étrangère ou d'insurrection ou de confiscation par les autorités. En clair, si
ça chauffe, votre matériel n'est pas assuré. D'autre part, les conséquences de
la désintégration du noyau de l'atome. En cas de problème lié au nucléaire, on
pense notamment à l'explosion d'une bombe atomique entrainant un
dysfonctionnement de votre matériel (la fameuse impulsion électro-magnétique,
par exemple), celui-ci ne sera pas couvert. L'assurance, dûment payée et
enregistrée, ne donne pas droit à un quelconque remboursement. Sécurité
zéro.
En tant que citoyen, on s'imagine mal être confronté aux conséquences de la
désintégration du noyau de l'atome. Et pour reprendre l'expression de Jerry
Seinfeld, en cas de conflit, si votre foyer se trouve dans le rayon d'une
explosion nucléaire, l'assurance de vote baladeur MP3 n'est sans doute pas
votre principal problème. Vous venez de prendre une bombe sur la figure, votre
maison est en ruines, le quartier est dévasté, vous respirez des gaz hautement
nocifs, votre vie ne tient qu'à un fil, et votre assureur refuse de couvrir les
frais de réparation de votre console ! Quel juriste est à l'origine de ce
point précis ? Qui donc prévoit, en cas de conflit armé induisant une
attaque atomique, de ne pas assumer le coût de réparation de votre console de
jeu portable ? Il suffisait de prévoir un cas aussi improbable, d'écrire
noir sur blanc que c'était éliminatoire, et le tour est joué. Un pied délivre
l'autre, comme à chat perché.
Dans un pays où l'électricité est en partie assurée par des réacteurs
nucléaires, que se passe-t-il en cas de sur-tension fatale ? N'est-ce pas
là, au bout du compte, une conséquence (franchement indirecte) de la
désintégration du noyau de l'atome ?
Allons un peu plus loin. Attardons-nous une minute sur le sort du soldat, de
faction dans une zone de conflit a priori sous contrôle quelque part au
Moyen-Orient, après des mois de surveillance sans la moindre coup de fusil.
Pour tuer l'ennui, il réussit à se procurer une petite console portable, et
souscrit une assurance vol-casse. Si son camp finit par essuyer une attaque, en
plus du risque pour sa vie, sait-il que son matériel ne sera pas couvert ?
Qui est le mieux couvert, d'ailleurs ? Lui ou sa console ? Est-ce que
cela risque d'influencer ses décisions ?
Une chose est sûre, l'assureur ne se soucie pas de Dieu. Nulle mention sur
les conséquences d'une intervention divine. Oubli de juriste ? Preuve
ultime de l'absence de Dieu ? Bien sur que non ! Cela rejoint tout
simplement un autre point, la Perte par suite d'un événement de force majeure
(Perte provoquée par un événement irrésistible, imprévisible, extérieur,
empêchant la récupération physique de l'Appareil garanti). Si, un jour, la
colère de Dieu détériorait votre console portable, il vous faudrait récupérer
l'objet pour montrer les dégâts, prouver que Dieu existe, et que c'est lui qui
a détérioré votre matériel.
L'assurance, au fond, c'est une question de bon sens et de précision.